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Neila Charchour : « Les femmes avancent, les hommes reculent »

13. August 2026 um 15:21

Fêter la Journée nationale de la femme tunisienne, chaque année, c’est aussi l’occasion de se demander ce qui a été conservé et ce qui ne l’est pas. Même si le Code du statut personnel (CSP) préserve intégralement les acquis des femmes, le combat est loin d’être terminé. Et ce n’est pas seulement la femme tunisienne qu’il faut invoquer, mais bien la société tunisienne dans son ensemble.

Dans sa majorité, celle-ci considère ces acquis comme faisant désormais partie intégrante de son ADN. Seule une minorité élève la voix pour un retour en arrière, soixante-dix ans après l’adoption du CSP. Comme le faux débat d’un soi-disant retour de la polygamie, un fantasme de certains hommes, à vrai dire.

Neila Charchour, actrice de la société civile, souligne : « Depuis quelques jours, comme à chaque veille de la fête de la femme, on entend des voix s’élever par-ci par-là contre le CSP. Cela me fait sourire, parce que moi, en tant que femme, cela fait longtemps déjà que j’ai fait de Sayyida Khadija, la mère des croyants, mon idole. En effet, le Prophète, lorsqu’il était son époux, n’a jamais pensé à avoir une seconde épouse. Ce n’est qu’après son décès qu’il en a eu plusieurs. Je ne peux m’empêcher de faire un lien avec son indépendance financière. »

Elle ajoute, dans une formule qui résume bien le paradoxe tunisien : “Les femmes avancent et les hommes reculent.”

Cette phrase, lapidaire mais lourde de sens, traduit une réalité complexe. D’un côté, les femmes tunisiennes ont investi des espaces autrefois réservés aux hommes : universités, entreprises, instances de décision, société civile, médias, justice, politique. Elles sont devenues des actrices incontournables du débat public, des cheffes d’entreprise, des magistrates, des élues, des figures de la résistance citoyenne. Leur présence n’est plus une exception, mais une norme en construction.

De l’autre, une partie des hommes peine à se reconnaître dans cette nouvelle carte sociale. Certains y voient une perte de privilèges, une remise en question de rôles traditionnels, voire une menace identitaire. D’où, régulièrement, ces sursauts conservateurs, ces appels à « revenir aux sources », ces tentatives de rouvrir des dossiers clos comme la polygamie, ou ces discours qui assimilent l’émancipation des femmes à une  « occidentalisation » dangereuse.

Mais ce recul n’est pas seulement symbolique. Il est aussi économique et social : chômage masculin plus visible dans certaines régions, difficulté à assumer le rôle de « chef de famille » tel que défini par les anciens modèles, sentiment d’être déclassé dans un marché du travail de plus en plus exigeant en qualifications. Face à cela, la femme, souvent plus diplômée, plus mobile, plus adaptable, apparaît comme celle qui « réussit là où l’homme échoue ». 

Le résultat ? Une tension latente, parfois explosive, entre une féminité qui s’affirme et une masculinité en quête de redéfinition. La solution ne réside pas dans un retour en arrière, mais dans une refonte des rôles sociaux, où hommes et femmes construisent ensemble un nouveau contrat de citoyenneté, fondé sur l’égalité, la complémentarité et le respect mutuel.

Car si les femmes avancent, ce n’est pas contre les hommes, mais pour toute la société. Et si certains hommes reculent, ce n’est pas à cause des femmes, mais à cause de modèles dépassés qui ne correspondent plus aux réalités du XXIe siècle.

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Thameur Saad : « La Tunisie ne fera pas marche arrière »

13. August 2026 um 14:50

À l’occasion de la Journée nationale de la femme tunisienne, Thameur Saad, membre du bureau politique du PDL défend les acquis du Code du statut personnel et rejette toute remise en cause de l’égalité entre les femmes et les hommes. Dans cet entretien, il revient également sur les coupures d’électricité, la situation économique du pays et la nécessité pour la Tunisie de retrouver sa place en Méditerranée. Interview.

L’Economiste Maghrébin : En cette journée nationale de la femme tunisienne, certaines voix évoquent la polygamie, qui représente aujourd’hui une menace, avez-vous le sentiment d’assister à un retour en arrière ?

Thameur Saad : Bien sûr, il y a toujours des forces rétrogrades. En 1956, Habib Bourguiba lui-même a dû faire face à ces forces. Pensez-vous qu’il a eu toutes les facilités pour faire adopter le Code du statut personnel ? Non. Il a rencontré des difficultés et a dû les affronter. Il a notamment bénéficié du soutien de cheikh El Fadhel Ben Achour, qui l’a aidé à faire adopter cette loi. Ce n’est jamais facile. Les esprits qui sont en avance sur leur temps rencontrent toujours de grandes difficultés pour faire avancer les choses.

Depuis 2011, ces forces rétrogrades ont cru qu’elles avaient mis la main sur le pays. Je dis bien : elles l’ont cru. Mais elles ont oublié une force qu’elles n’avaient pas mesurée : celle des femmes libérées par Bourguiba.

Elles pensaient qu’il serait facile de les soumettre, pardonnez-moi l’expression, mais cela ne peut pas fonctionner. Ni la polygamie, ni la bigamie, ni aucune autre mesure de ce genre ne peuvent s’imposer. Et cela ne concerne pas uniquement les femmes : les hommes eux-mêmes ne l’acceptent pas.
Ils ne peuvent pas accepter que de telles pratiques soient instaurées, car ils pensent à l’ensemble de la société et à leurs filles. Nous avons des filles et nous ne voulons pas qu’elles soient les premières ou les secondes épouses. Nous voulons qu’elles soient les seules. Lorsqu’on dit « première », cela signifie qu’il y en aura une deuxième. Et lorsque l’on dit « deuxième », je préfère ne même pas en parler. Il n’est pas question que le pays fasse marche arrière.

L’avenir sera-t-il féminin ?

Vous vous souvenez du vers d’Aragon qui dit : « La femme est l’avenir de l’homme. » Certaines personnes ne l’acceptent pas, mais moi, j’y crois. Indépendamment de mon appartenance politique, je pense que la femme est l’avenir de l’homme. En réalité, elle ne le sera pas : elle l’est déjà.
On voit des hommes réussir grâce à leur mère, parfois et même souvent grâce à leur sœur, puis, lorsqu’ils grandissent et se marient, grâce à leur épouse. Il en va de même pour les femmes, qui réussissent aussi grâce au soutien de leur mère. Je dis cela pour l’ensemble de la société.
Je crois fermement à l’égalité entre les hommes et les femmes dans tous les domaines. Pour moi, il n’existe aucun domaine dans lequel cette égalité ne soit impossible. L’avenir est déjà là ; il n’est pas ailleurs.

La libération de prisonniers politiques, parmi lesquels Abir Moussi, présidente du PDL, est-elle envisageable prochainement ?

Nous le souhaitons. Nous espérons que la raison prendra le dessus et que les autorités reviendront sur cette condamnation. De toute façon, le fait qu’elle soit en prison ne constitue pas une solution.

Cela vaut pour elle comme pour les autres prisonniers politiques, prisonniers d’opinion ou journalistes emprisonnés. Ce n’est pas l’image de la Tunisie du XXIᵉ siècle. Notre pays est en avance sur l’ensemble des pays arabes, qu’on le veuille ou non. Ils ne l’ont jamais reconnu, mais ils le reconnaissent aujourd’hui parce qu’ils ne peuvent plus faire autrement.

Tous ont peur de la Tunisie. Pourquoi ? Parce qu’elle représente, à leurs yeux, un foyer de rébellion. Et cet esprit de rébellion, c’est l’esprit bourguibien. Ce ne sont pas ces personnes qui l’ont créé : il est profondément lié à l’héritage bourguibien. Lorsqu’une situation atteint un certain niveau, une rupture finit par se produire. C’est ce que l’on appelle, dans la nature, les phénomènes de discontinuité. Il en va de même pour la nature humaine : on supporte, on supporte encore, puis, à un certain moment, on finit par réagir. Pour cela, il faut avoir une véritable force spirituelle. Sans cette force, on devient les esclaves de ses propres idées, de ses opinions et de sa volonté.

Revenons à la situation générale du pays, notamment aux coupures récurrentes d’eau et d’électricité, vous avez certainement une opinion bien précise sur la situation.

Il convient de rappeler qu’il y a quelques années, nous avions élaboré plusieurs programmes, notamment dans le domaine de l’énergie. Malheureusement, la Tunisie ne dispose pas de ressources naturelles suffisantes. Elle dépend donc des importations et ce qui se passe dans le monde a un impact direct sur notre pays. Nous n’avons pas les moyens de supporter la hausse des prix du pétrole.

Par ailleurs, la production nationale de pétrole a diminué. Nous avons atteint un certain seuil et, lorsque nous le dépassons, nous risquons de subir des coupures généralisées.

Cela ne signifie pas qu’il faut justifier ces coupures. Pour ma part, je ne suis pas d’accord avec cette situation. Nous aurions pu l’anticiper et prendre les mesures nécessaires bien plus tôt. La responsabilité d’un responsable politique ne se limite pas aux aspects techniques. Elle est avant tout politique. Un responsable politique doit prévoir, anticiper et agir afin d’éviter que de telles crises ne se produisent.
Malheureusement, cela est arrivé et les conséquences ont été très néfastes pour l’économie tunisienne. Les coupures ont affecté tous ceux qui utilisent des réfrigérateurs, les hôtels, les restaurants et les ménages , ainsi que les hôpitaux.

Ces derniers ont dû recourir à des groupes électrogènes. La situation semble s’être quelque peu améliorée, mais il faut maintenant que les choses se rétablissent rapidement afin d’éviter une catastrophe économique majeure. Les coupures ont un impact direct sur l’économie nationale. C’est là tout le problème.

Sur le plan diplomatique et les relations internationales, vous avez également évoqué les relations de la Tunisie avec l’étranger. Quelles sont, selon vous, les priorités dans ce domaine ?

Nous avons beaucoup de travail à accomplir sur le plan des relations internationales, surtout dans la conjoncture actuelle. Nos contacts avec le reste du monde sont devenus plus difficiles et il faudra revoir cette situation afin de redonner à la Tunisie sa véritable place en Méditerranée.
La Méditerranée est notre espace naturel, notre zone de proximité. Au-delà, il y a le Moyen-Orient, le Maghreb, l’Afrique, l’Europe et l’ensemble du monde. En Libye, la situation n’est pas encore stabilisée. Il faut que la stabilité soit rétablie pour que nous puissions construire des projets communs.

Nous avons pourtant connu cette stabilité par le passé. Malheureusement, elle appartient à une autre époque. J’espère que nous la retrouverons bientôt.

Vous êtes donc optimiste ?

J’ai toujours été optimiste et je ne peux que l’être. Sinon, nous perdons espoir. Il faut être optimiste dans la vie. Si nous ne le sommes pas, nous avons déjà perdu.

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Le PDL annonce la tenue de son congrès national les 3 et 4 octobre 2026

13. August 2026 um 13:30

Le Parti destourien libre (PDL) a organisé, ce jeudi 13 août 2026, une conférence de presse au siège du parti. Et ce, afin d’annoncer la tenue de son prochain congrès national, prévu les 3 et 4 octobre 2026.

À cette occasion, Thameur Saad, membre du bureau politique du PDL, a rappelé que le précédent congrès s’était tenu les 13 et 14 août 2021. Il a souligné qu’il était donc nécessaire d’annoncer officiellement la tenue du prochain congrès, conformément aux statuts du parti.

« Nous avons voulu rester fidèles à la date du 13 août et informer nos militants ainsi que l’opinion publique de la prochaine étape », a-t-il expliqué.

Thameur Saad a indiqué que le parti avait organisé, en amont, plusieurs congrès régionaux et locaux. Des structures ont ainsi été mises en place dans les différentes régions du pays, à l’exception du Grand Tunis, qui bénéficie d’une organisation spécifique.

Il a également précisé que des élections avaient été organisées au niveau des circonscriptions, puis au sein des structures régionales. Certaines élections au sein des structures universitaires ont toutefois été reportées à l’issue du congrès national, faute de préparation suffisante.
La journée du 3 octobre sera donc consacrée à l’ouverture des travaux du congrès. Les congressistes examineront ensuite les différentes motions et les rapports du parti, notamment le rapport général, le rapport moral ainsi que les textes relatifs aux questions économiques.

Le choix du 3 octobre

Interrogé sur la symbolique de la date d’ouverture du congrès, Thameur Saad a rappelé qu’elle coïncidait avec l’arrestation d’Abir Moussi, présidente du PDL, le 3 octobre 2023.

Une direction élue lors du congrès

Le prochain congrès aura également pour mission d’élire la direction du parti. Thameur Saad a expliqué que les élections régionales et locales avaient précisément pour objectif de mettre en place des structures légitimes, appelées à participer à l’élection de la direction nationale.

Une éventuelle participation aux prochaines élections

Concernant une éventuelle participation du parti aux prochaines échéances électorales, Thameur Saad a estimé que cette question pourrait être débattue lors du congrès national.

Il a rappelé que le PDL avait précédemment choisi de boycotter certains scrutins pour des raisons qu’il a qualifiées d’objectives. « Nous avons exprimé une position différente et mené notre opposition dans le respect de la loi », a-t-il déclaré.

Il a enfin assuré que l’action du parti resterait encadrée par la législation en vigueur et les procédures légales, quelles que soient les décisions qui seront prises lors du prochain congrès.

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Sana Ghenima : « À chaque fois qu’il y a une crise, ce sont les femmes qui sont pénalisées »

13. August 2026 um 10:43

En ce 13 août 2026, à l’occasion de la Journée nationale de la femme, les Tunisiennes s’affirment au fil des ans. D’ailleurs, au-delà de quelques avancées statistiques, cette affirmation se vérifie dans la réalité des carrières, dans la composition des conseils d’administration, dans l’accès aux postes les plus influents et dans la capacité des femmes à exercer pleinement leur autorité. Même si le combat est donc loin d’être terminé : il faut lutter contre les discriminations et amener la société à rompre avec les réflexes qui associent encore trop souvent le pouvoir à la figure masculine.

Mais au-delà de voir tout en rose, il y a des zones grises. Il ne s’agit pas réellement de célébrer les acquis des femmes ou d’évoquer leur amélioration. Le véritable enjeu, c’est avant tout de préserver ce qui existe déjà et, surtout, de mettre fin à la polémique qui resurgit chaque année à cette date, en plein été, autour des menaces supposées d’un retour à la polygamie, sous divers prétextes, nous rappelle Sana Ghenima, présidente de l’Association Femmes et Leadership.

Elle souligne à cet effet que cette menace n’a pas de réalité tangible. « Nous savons pertinemment que le Code du statut personnel (CSP) préserve intégralement les acquis des femmes. Et ce n’est pas seulement la femme tunisienne qu’il faut invoquer, mais bien la société tunisienne dans son ensemble. Dans sa majorité, celle-ci considère ces acquis comme faisant désormais partie intégrante de son ADN. Seule une minorité élève la voix pour un retour en arrière, soixante-dix ans après l’adoption du CSP. »

Lire aussi: 8 août 1956 – 8 août 2026 : qu’est-ce qui a vraiment changé pour la femme tunisienne ?

À ses yeux, il s’agit donc d’un pseudo-débat, d’une menace fantasmée qui sert à détourner l’attention de l’essentiel. « Et cet essentiel, je le résumerais ainsi : il ne concerne pas uniquement les acquis des femmes, mais bien ceux de toute la société tunisienne et de chaque citoyen, en matière de droits fondamentaux, de démocratie et de citoyenneté. C’est cela qui est aujourd’hui menacé, pour tous, hommes comme femmes. »

La priorité, insiste Sana Ghenima, est la libération des prisonniers d’opinion et des prisonniers politiques : Abir Moussi, Chaima Aissa, Saadiya Masbah et bien d’autres… « Jamais, dans l’histoire de la Tunisie, le nombre de femmes incarcérées pour des motifs politiques n’a atteint un tel niveau. Cela démontre clairement que la femme tunisienne ne se définit plus par son statut social ou marital, mais bien en tant que citoyenne à part entière. C’est pourquoi elle est activiste dans la société civile, engagée dans le champ politique; malgré toutes les contraintes et toutes les répressions que subissent les militants. »

Elle précise dans ce contexte : « La liberté pour ces prisonnières que nous connaissons bien est un enjeu majeur. Ces femmes sont des icônes du militantisme. On peut être d’accord ou non avec leurs idéologies, mais ce sont des activistes des droits économiques, politiques et civiques au sens large. »

Dès lors, la priorité n’est pas de distinguer hommes et femmes, ni de concentrer le débat uniquement sur les droits sociaux et économiques. « Certes, il est facile de parler des femmes en milieu rural et de retomber dans les mêmes discours récurrents. Ce n’est pas que cela ne soit pas important, mais c’est qu’il y a, pour le moment, des enjeux plus urgents, qui affectent toute la société, hommes et femmes. »

« Ce qui compte avant tout, c’est de rendre aux femmes tunisiennes, et plus largement à tous les citoyens, leur plein droit d’exercer leurs libertés, d’être protégées, de réviser ou d’abolir une constitution qui ne rime à rien et de revenir au consensus établi par la société tunisienne, avec tous ses courants idéologiques, politiques, économiques, etc.  »
« Il faut revenir aux fondamentaux : garantir les droits, garantir la liberté d’action dans l’espace politique et public. Ensuite seulement, on pourra revenir sur les détails de ce qui est menacé spécifiquement pour les femmes ou pour les hommes. »
 » Ce que je vois, c’est la misère qui s’installe dans le pays, la dégradation des droits fondamentaux les plus élémentaires, comme l’accès aux services publics. On ne parle donc pas de problèmes spécifiques aux femmes, mais bien de ceux qui touchent toute la société tunisienne. »

Elle terminera, comme toujours, par cette phrase de Simone de Beauvoir :  » À chaque fois qu’il y a une crise, ce sont les femmes qui sont pénalisées en premier. » Or, comme nous conjuguons aujourd’hui plusieurs types de crises, ce sont les femmes qui subissent, à la puissance N, l’impact de ces crises.
« Revenons donc aux fondamentaux : instaurer un État de droit tel qu’il se doit, une démocratie telle qu’elle se doit, une liberté telle qu’elle se doit. Ensuite, nous pourrons discuter des spécificités liées aux catégories socioprofessionnelles : femmes, jeunes, personnes handicapées, etc. Mais tant que le socle commun n’existe pas, il est chimérique, selon moi, de parler d’avancée des droits des femmes », conclut-elle.

En somme, tout cela nous amène à dire que l’avenir ne sera véritablement juste que lorsque les femmes n’auront plus à se battre deux fois plus pour prouver qu’elles méritent leur place. Et cet avenir, tôt ou tard, sera féminin.

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13 Août – Néjia Gharbi: « Les femmes doivent continuer à s’affirmer pour être mieux représentées dans les postes de decision »

13. August 2026 um 06:00

La Tunisie demeure, dans le monde arabe et musulman, l’un des pays les plus avancés en matière de droits des femmes et d’égalité entre les sexes. Depuis l’indépendance, les Tunisiennes ont conquis des droits essentiels dans les domaines de la santé, de l’éducation, de l’emploi et de la participation à la vie publique. Pourtant, derrière ces acquis, une réalité persiste : dans les sphères du pouvoir et de la décision, le chemin vers l’égalité reste encore long.

Briser le plafond de verre demeure un défi, aussi bien dans le secteur public que dans le secteur privé. Les femmes sont présentes, compétentes et engagées, mais elles restent encore trop peu nombreuses là où se prennent les décisions les plus importantes.

Dans les conseils d’administration, notamment, l’égalité est encore loin d’être atteinte. La progression existe, mais elle demeure lente. Selon les dernières données annoncées par la Bourse de Tunis lors de l’édition locale de l’initiative internationale Ring the Bell for Gender Equality, organisée à l’occasion de la Journée internationale des femmes, le 8 mars, la part des femmes dans les conseils d’administration des entreprises tunisiennes s’élève désormais à 19%, contre 17% l’année précédente.

Lire aussi : 13 Août – Fête de la femme : Voici pourquoi le CSP a tenu bon

Cette évolution témoigne de l’engagement croissant des institutions financières et de leurs partenaires en faveur d’une meilleure représentation des femmes. Mais elle révèle également l’ampleur du chemin qui reste à parcourir. Car derrière chaque pourcentage se trouvent des carrières interrompues, des compétences ignorées et des femmes parfois écartées de postes qu’elles auraient pleinement mérités.

 Néjia Gharbi: “Nous méritons beaucoup mieux”

La question demeure donc entière : quelle est aujourd’hui la place de la femme tunisienne dans les postes de décision ?

Néjia Gharbi, directrice générale de la Caisse des dépôts et consignations, porte sur cette réalité un regard lucide et sans concession. Selon elle, la Tunisie est encore loin de répondre aux aspirations des femmes.

“ Nous ne sommes pas encore parvenus à une situation qui réponde réellement aux aspirations et aux attentes des femmes. Nous manquons encore de femmes dans les postes de décision, nous sommes très peu représentées dans les conseils d’administration ainsi que dans les fonctions importantes et influentes. Ce constat est parfois inquiétant notamment par rapport au nombre important de femmes très compétences dans tous les domaines . Je le ressens et j’en suis convaincue : la femme tunisienne mérite une meilleure représentativité ”, affirme-t-elle.

Pour la Directrice générale de la CDC, il est indispensable d’offrir davantage de possibilités aux femmes et de leur permettre d’exercer pleinement leur capacité à décider et à diriger.

“Il faut donner davantage de chances aux femmes d’accéder aux postes de décision et d’être plus représentées dans les conseils d’administration et ça était prouvé que sa participation à la prise de décision améliore énormément l’efficacité des conseils ” , souligne-t-elle.

Cette exigence ne relève ni d’un privilège ni d’une faveur. Elle repose sur un principe simple : les femmes qui disposent des compétences, de l’expérience et de la légitimité nécessaires doivent pouvoir accéder aux responsabilités qui leur reviennent. Le combat de la confiance en soi Néjia Gharbi estime toutefois que l’accès des femmes aux postes de responsabilité ne dépend pas uniquement des institutions. Il exige également une mobilisation individuelle et collective.

« La femme tunisienne n’a pas encore atteint l’objectif ni même le niveau auquel elle aspirons. Cela nécessite beaucoup d’efforts, notamment d’avoir confiance en soi, de se présenter lorsqu’il le faut et de défendre sa position », explique-t-elle. Elle évoque une réalité encore trop fréquente : des femmes parfaitement qualifiées sont parfois écartées ou remplacées par des hommes dont les compétences sont moindres. « Certaines femmes qui méritent d’être nommées à des postes importants se retrouvent parfois écartées pour des raisons qui n’ont rien à voir avec les compétences »,  insiste-t-elle.

Ces mots résonnent comme un appel à ne plus accepter d’être écarté sans raison . À ne plus se contenter d’être présentes sans être entendues. À ne plus s’arrêter au niveau des postes inférieurs et persévérer pour pouvoir accéder aux premiers postes de décider.

Néjia Gharbi: « être fière d’être une femme, fière d’être une femme tunisienne »

Les femmes tunisiennes ont pourtant démontré, dans de nombreux domaines, leur capacité à exceller. Dans les parcours universitaires , la recherche, mais cette excellence n’est pas aussi visible dans la vie professionnelle, pourtant elle a accumulé les réussites et fait preuve d’une remarquable persévérance.  » Les femmes tunisiennes ont brillé dans leur parcours académique et de la recherche et les résultats universitaires le prouvent . Nous souhaitons qu’elles puissent continuer sur cette même voie dans la vie professionnelle . Il ne faut pas baisser les bras : il faut se battre, persévérer, avoir confiance en soi et être fière d’être une femme, fière d’être une femme tunisienne »,  rappelle Néjia Gharbi.

Son message est à la fois simple et puissant : continuer à avancer, à s’affirmer et à refuser les limites imposées. Car la réussite ne repose pas uniquement sur le talent. Elle exige aussi de la confiance en soi, de la résilience et la capacité de se relever chaque fois que l’on tente de fermer une porte. « Les femmes doivent continuer à briller et à s’affirmer afin d’obtenir ce qu’elles méritent. Grâce à un effort collectif et généralisé, nous pourrons parvenir à une meilleure représentation des femmes et leur permettre d’occuper la place qui leur revient, tant dans leur parcours professionnel que dans la vie civile », conclut-elle.

Le combat est donc loin d’être terminé. Il appartient aux institutions de garantir des chances équitables, aux entreprises d’éviter les discriminations et à la société de rompre avec les réflexes qui associent encore trop souvent le pouvoir à la figure masculine.

Quant aux femmes, le message est clair : croire en soi, persévérer, faire preuve de résilience, ne pas baisser les bras car le chemin est encore long .

 

 

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