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Tunisie | Le phare du Galiton, du diesel au solaire

27. August 2026 um 10:39

Le phare de Galiton, une tour de seulement 14 mètres, à 168 mètres au-dessus de la Méditerranée, est une sentinelle solitaire à l’extrémité occidentale de l’archipel volcanique de La Galite, une aire protégée au nord de la Tunisie. C’est l’un des ouvrages de signalisation maritime les plus spectaculaires d’Afrique du Nord.

Galiton est un îlot rocheux situé au sud-ouest de l’île principale de La Galite, à l’extrême nord-ouest de la Tunisie, au large du cap Serrat. Selon les Sailing Directions de la National Geospatial-Intelligence Agency américaine, l’îlot culmine à 158 mètres et la structure du phare s’élève à 14 mètres, tandis que le plan focal du feu se situe à 168 mètres au-dessus du niveau de la mer. Le signal émet quatre éclats blancs toutes les vingt secondes.

L’histoire du phare s’étend sur plus d’un demi-siècle, jalonnée de projets et de difficultés techniques. L’idée d’installer un signal lumineux dans l’archipel remonte à la seconde moitié du XIXe siècle, époque où les puissances maritimes européennes cherchaient à sécuriser les routes longeant les côtes tunisiennes.

Le projet concret a pris forme à la veille de la Première Guerre mondiale et la construction a été réalisée entre 1914 et 1919. Une publication technique française de 1924 indique que le phare était en service depuis mai 1919, alors que les listes internationales actuelles retiennent l’année 1920 pour sa mise en service. Durant des décennies, le simple fait de l’atteindre relevait de l’exploit.

Plusieurs escaliers, orientés différemment, ont été taillés dans la roche de l’îlot afin de permettre aux agents du Service des Phares et Balises de débarquer vivres, équipements et carburant, en choisissant à chaque fois le versant le mieux protégé du vent et de la mer.

La Galite et le Galiton au large de Cap Serrat (Bizerte).

Avant la modernisation de l’installation, l’électricité nécessaire au fonctionnement du phare était produite par des groupes électrogènes au gazole. Le combustible devait être acheminé sur l’îlot puis transporté jusqu’aux bâtiments du phare, dans des conditions pouvant devenir particulièrement difficiles lorsque la mer Méditerranée se déchaînait contre les parois rocheuses du Galiton.

Un tournant technologique s’est opéré au milieu des années 1990 : l’installation a été convertie à l’énergie solaire, grâce à des panneaux photovoltaïques et des batteries conçus pour garantir une longue autonomie, même en l’absence de soleil. Selon un témoignage direct relatif aux opérations de l’époque, une partie du matériel aurait été transportée par hélicoptères militaires, d’abord vers l’île de la Galite, puis vers le Galiton. Cet épisode a marqué la mémoire de ceux qui ont participé aux missions techniques dans l’archipel.

Aujourd’hui, le système tunisien de signalisation maritime relève du Service des Phares et Balises, sous l’égide du ministère de la Défense et de la Marine nationale.

La Tunisie compte vingt phares historiques, construits pour la plupart entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle et considérés comme faisant partie du patrimoine national. Le phare tunisien culminant à la plus haute altitude est celui du cap Serrat, dont le faisceau lumineux s’élève à 199 mètres au-dessus de la mer, tandis que le Galiton conserve la particularité de se dresser au sommet d’un îlot isolé, accessible uniquement par voie maritime.

Plus d’un siècle après sa mise en service, la petite tour continue ainsi de veiller sur les routes maritimes de la Méditerranée occidentale. Une tache noire et blanche incrustée dans la roche, visible par les navigateurs à des dizaines de milles de distance, là où l’histoire de la navigation tunisienne rencontre celle, plus récente, de la transition des bidons de gazole à l’énergie solaire.

I. B.

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La Tunisie ne doit plus se contenter d’avoir du soleil, elle doit en faire une industrie

Von: tmps
21. August 2026 um 09:31

Par Zouhaïr BEN AMOR (Universitaire)

Il existe des richesses que les pays extraient de leur sous-sol et d’autres qu’ils reçoivent chaque matin du ciel. La Tunisie ne possède ni les réserves pétrolières de certains de ses voisins ni les immenses gisements de gaz qui ont façonné la puissance économique d’autres pays. Mais elle possède une ressource abondante, prévisible, gratuite et durable : le soleil. Le véritable enjeu n’est plus seulement d’installer des panneaux sur les toits ou de construire quelques centrales photovoltaïques. Il est de décider que le solaire doit devenir l’un des grands secteurs industriels du pays.

Cette ambition suppose de changer de regard. La question n’est pas seulement : combien de mégawatts allons-nous produire ? Elle est aussi : combien d’usines allons-nous créer, combien d’ingénieurs allons-nous former, combien de technologies allons-nous maîtriser, combien de produits allons-nous exporter ? Une politique énergétique digne de ce nom doit aussi être une politique industrielle. Importer des systèmes complets améliore notre bilan énergétique, mais ne suffit pas à bâtir une puissance économique.

Le soleil ne doit plus être une simple ressource

La Tunisie doit éviter de reproduire avec le solaire une vieille erreur : exploiter une ressource sans maîtriser la chaîne industrielle qui lui donne sa véritable valeur. Nous devons accélérer l’installation de capacités renouvelables, mais chaque projet devrait être pensé en fonction de ce qu’il peut laisser durablement dans le pays.

Structures métalliques, câbles, coffrets électriques, systèmes de fixation, transformateurs, verre spécialisé, logiciels de supervision, électronique de puissance, onduleurs et solutions de stockage : il existe de nombreux segments dans lesquels des entreprises tunisiennes peuvent progressivement se positionner. Tout ne sera pas produit localement dès demain. Mais une stratégie industrielle sérieuse commence par le choix de quelques métiers dans lesquels nous pouvons devenir compétitifs.

La Tunisie dispose déjà d’ingénieurs, de techniciens, d’une tradition industrielle et d’une proximité géographique avec l’Europe. Encore faut-il organiser ces atouts autour d’une vision et éviter que le développement du solaire ne se traduise simplement par une nouvelle vague d’importations.

Une véritable zone industrielle du solaire

Pourquoi ne pas créer une grande zone industrielle et technologique spécialement consacrée au solaire ? Elle pourrait être implantée dans une région combinant disponibilité foncière, accès au réseau électrique, routes, proximité d’un port et besoin de nouveaux emplois. Ce serait un écosystème réunissant industrie, recherche, formation et innovation.

On pourrait y installer des entreprises de fabrication et d’assemblage, des laboratoires de certification, des centres de recherche, des écoles de formation technique, des startups travaillant sur l’intelligence énergétique et le stockage, ainsi que des unités spécialisées dans le recyclage. Les universités et les écoles d’ingénieurs devraient y être directement associées afin que les travaux scientifiques puissent devenir des prototypes, puis des produits commercialisables.

Cette zone pourrait aussi devenir un lieu privilégié pour les partenariats internationaux. La Tunisie gagnerait à coopérer avec des pays très avancés dans le photovoltaïque, le stockage et l’électronique de puissance : Chine, Allemagne, Italie, Espagne, Corée du Sud, Japon et avec des investisseurs du Golfe. L’objectif serait de les inciter à produire chez nous tout en organisant le transfert de compétences, la formation de nos ingénieurs et l’intégration progressive de fournisseurs tunisiens.

Crédits, fiscalité et douane : choisir une priorité

Une ambition nationale ne peut pas rester un discours. Si le solaire devient un secteur prioritaire, cette priorité doit apparaître dans les décisions concrètes. Les entreprises qui investissent dans la fabrication d’équipements solaires devraient bénéficier de lignes de crédit spécifiques, de garanties publiques, de procédures administratives accélérées et d’avantages fiscaux liés à l’investissement productif et à l’exportation.

La politique douanière devrait elle aussi être repensée. Les machines nécessaires à la création d’usines solaires, ainsi que les composants qui ne sont pas encore fabriqués en Tunisie, pourraient bénéficier d’exonérations ou de droits réduits. En revanche, il faudrait éviter une situation où le produit fini importé serait favorisé de la même manière qu’un équipement servant à développer une production locale.

Il s’agit d’utiliser intelligemment les outils de l’État pour encourager l’investissement, l’innovation et l’emploi qualifié.

La commande publique peut aussi jouer un rôle décisif. Écoles, hôpitaux, universités, administrations, stations de pompage et bâtiments publics devront de plus en plus s’équiper en solaire. Une partie de cette demande peut servir de tremplin aux industriels tunisiens, à condition que la qualité et les normes techniques soient rigoureusement respectées.

Produire en Tunisie et vendre au monde

Le marché tunisien ne suffira pas à faire émerger une grande industrie solaire. Dès le départ, la stratégie doit donc être exportatrice. La Tunisie possède pour cela une situation géographique remarquable : africaine, méditerranéenne, proche de l’Europe et ouverte sur plusieurs marchés.

Notre pays devrait chercher à devenir une plateforme de production solaire pour l’Afrique du Nord, l’Afrique subsaharienne et le Sud de l’Europe. Il ne faut pas seulement rêver d’exporter de l’électricité verte. Il faut vouloir exporter les équipements qui permettent de la produire.

Imagine-t-on, dans quinze ans, des onduleurs, des structures, des systèmes électroniques, des logiciels ou des solutions de stockage portant la mention «Made in Tunisia» et installés au Sénégal, en Mauritanie, en Libye, en Italie ou ailleurs ? Ce n’est pas une utopie si une politique cohérente est poursuivie suffisamment longtemps.

La Tunisie a déjà montré, notamment dans les composants automobiles et électriques, qu’un petit pays peut s’insérer dans des chaînes industrielles internationales complexes. Le solaire peut devenir une nouvelle étape de cette évolution. Mais le leadership ne se décrète pas. Il se construit dans les usines, les laboratoires, les centres de formation, les banques, les ports et les administrations.

Ce qui manque le plus n’est peut-être pas le potentiel, mais la continuité. Une stratégie industrielle solaire doit survivre aux changements de gouvernements et aux hésitations administratives. Elle doit être pensée sur quinze ou vingt ans, avec des objectifs mesurables et des filières prioritaires.

Le soleil se lève chaque matin sur la Tunisie sans exiger de devises, sans traverser de gazoduc et sans attendre qu’un navire entre dans un port. Cette énergie tombe gratuitement sur nos villes, nos champs et nos régions du Sud. La ressource est là. Ce qui reste à construire, c’est l’industrie qui saura la transformer en emplois, en technologie, en exportations et en souveraineté.

La Tunisie ne deviendra sans doute jamais une grande puissance pétrolière. Elle peut en revanche choisir de devenir une puissance solaire industrielle. Cela exige une priorité claire dans les investissements, les crédits, la fiscalité et les douanes, une zone industrielle spécialisée, des partenariats internationaux exigeants et une ambition exportatrice assumée. Ce serait plus qu’une politique énergétique, ce serait un véritable projet national.

 

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Électricité : 630 MW de solaire, mais la Tunisie reste dépendante de l’extérieur

17. August 2026 um 10:18

Le photovoltaïque poursuit sa progression en Tunisie. À fin juin 2026, le parc résidentiel et professionnel atteint environ 630 MW, tandis que les énergies renouvelables représentent 9,2% de la production électrique. Mais cette montée en puissance ne suffit pas encore à réduire la dépendance du pays aux achats extérieurs d’électricité, qui couvrent désormais 10% des besoins, principalement grâce aux importations en provenance d’Algérie.

Le solaire gagne du terrain

La transition énergétique tunisienne continue de se matérialiser sur le terrain. Le parc photovoltaïque installé dans les secteurs résidentiel et professionnel atteint désormais environ 630 MW, confirmant l’essor d’une production électrique de plus en plus décentralisée.

Cette progression contribue à renforcer la place des énergies renouvelables dans le mix électrique national. À fin juin, leur part atteint 9,2% de la production, un niveau qui témoigne de la montée en puissance du solaire dans un pays qui cherche à diversifier ses sources d’énergie.

Mais derrière cette évolution positive se dessine un paradoxe.

Les importations d’électricité progressent aussi

Alors que la capacité photovoltaïque augmente, la Tunisie reste confrontée à une forte pression sur son équilibre électrique. Les achats extérieurs couvrent désormais 10% des besoins du pays, contre 9% à fin mai.

Ces importations proviennent principalement de l’Algérie et permettent de soutenir l’approvisionnement du réseau lorsque la production nationale ne suffit pas à répondre à la demande.

Le constat mérite d’être souligné : la progression du solaire ne s’accompagne donc pas encore d’une réduction mécanique de la dépendance électrique extérieure.

Cela ne signifie pas que les 630 MW installés soient sans effet. Ils permettent de produire davantage d’électricité renouvelable et peuvent réduire le recours aux moyens conventionnels pendant les périodes de production solaire. Mais leur contribution reste dépendante du moment où cette électricité est disponible.

Produire de l’électricité ne suffit plus

C’est là que se trouve l’un des principaux défis de la transition énergétique tunisienne. Les panneaux photovoltaïques produisent essentiellement pendant la journée, alors que la demande peut rester élevée, notamment lors des épisodes de forte chaleur et des pics de consommation liés à la climatisation.

Le problème n’est donc plus uniquement de produire davantage d’électricité, mais de pouvoir disposer de cette énergie au moment où le réseau en a besoin.

Le stockage devient, dans ce contexte, un enjeu central. Sans capacités suffisantes pour conserver une partie de l’électricité produite durant les heures d’ensoleillement et la restituer plus tard, l’augmentation du parc solaire ne peut pas, à elle seule, garantir l’équilibre du réseau.

Le véritable défi : transformer les mégawatts en sécurité énergétique

Les chiffres de juin illustrent ainsi les limites actuelles de la transition électrique tunisienne. Le solaire progresse, mais la dépendance extérieure persiste, voire augmente à court terme.

La prochaine étape ne consistera donc pas seulement à multiplier les installations photovoltaïques. Elle devra également porter sur le stockage, la modernisation du réseau et la capacité à mieux faire coïncider production renouvelable et consommation.

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