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Tunisie : l’heure d’une accalmie fragile

09. Februar 2026 um 11:00

Quand le monde ralentit, l’économie tunisienne cherche son souffle.

Il y a des périodes où les chiffres ne crient plus. Ils murmurent. Après deux années de tensions monétaires, de flambée des taux et de pression permanente sur les devises, l’économie tunisienne semble entrer dans une zone plus silencieuse, presque suspendue. Ni crise ouverte, ni véritable rebond. Une accalmie.

Les indicateurs du début février racontent cette respiration retrouvée. Les taux reculent, les réserves en devises se regarnissent, le dinar tient mieux qu’hier. Mais cette embellie ressemble moins à un tournant qu’à une halte. Comme si le pays reprenait son souffle avant la prochaine montée.

Car derrière la stabilisation financière, les fragilités structurelles demeurent intactes. Et dans un monde lui-même en transition, la Tunisie avance prudemment, consciente que la moindre bourrasque extérieure peut encore faire vaciller l’équilibre.

Le vent du large : un monde qui se détend sans vraiment guérir

L’environnement international a changé de tonalité. Les grandes économies ont cessé de lutter contre l’inflation à coups de hausses brutales de taux. Les banques centrales occidentales, après avoir serré la vis monétaire jusqu’à l’extrême, amorcent désormais un desserrement progressif. Les marchés financiers respirent mieux. Le dollar perd un peu de sa superbe. Les capitaux recommencent timidement à s’orienter vers les économies émergentes.

Pour la Tunisie, cette détente agit comme un amortisseur discret. Moins de pression sur le change, moins de tension sur les importations énergétiques, moins de nervosité sur les financements extérieurs. Le dinar retrouve une certaine stabilité face au billet vert, loin des épisodes de glissade qui avaient nourri l’inflation importée.

Mais ce répit mondial n’a rien d’euphorique. L’Europe, principal partenaire commercial du pays, avance au ralenti. Croissance molle, industrie hésitante, consommation prudente. Autrement dit, les risques systémiques se calment, mais la demande étrangère ne décolle pas. La Tunisie bénéficie d’un monde moins dangereux, pas d’un monde plus porteur.

Cette nuance change tout. Elle protège, mais ne stimule pas.

La Banque centrale desserre l’étau

Dans ce climat plus apaisé, la politique monétaire tunisienne ajuste sa posture. Le taux directeur s’établit désormais à 7 %, en recul par rapport aux niveaux d’urgence de l’an dernier. Le taux du marché monétaire suit presque mécaniquement, signe que la transmission des décisions de la Banque centrale fonctionne à nouveau correctement.

C’est un détail technique pour le grand public, mais un signal essentiel pour les professionnels : la machine monétaire retrouve de la fluidité. Les banques se prêtent davantage entre elles, les volumes interbancaires progressent, la dépendance aux injections permanentes de la BCT s’allège progressivement.

Le volume global du refinancement diminue, non parce que la liquidité abonde, mais parce que le système commence à se normaliser. La Banque centrale n’éteint plus un incendie; elle ajuste le thermostat.

Pourtant, cette normalisation reste incomplète. La circulation fiduciaire continue d’augmenter, dépassant 27 milliards de dinars. Le cash domine encore largement les comportements. Cette préférence pour le liquide traduit la persistance de l’informel et la méfiance envers l’intermédiation bancaire. L’économie avance, mais une partie demeure hors du radar.

Des devises qui reviennent, un dinar qui résiste

La véritable éclaircie vient de l’extérieur. Les avoirs nets en devises de la Banque centrale progressent sensiblement, couvrant plus de trois mois d’importations. Dans une économie dépendante de l’étranger pour son énergie, ses céréales et une large part de ses intrants industriels, ce coussin est vital. Il rassure les marchés, apaise les anticipations et soutient la monnaie.

Deux forces soutiennent ce mouvement.

Le tourisme d’abord, qui retrouve des couleurs. Les recettes progressent nettement sur un an, preuve que la destination tunisienne regagne sa place dans les arbitrages des voyageurs européens. Chaque visiteur est une injection directe de devises dans l’économie réelle.

Puis les transferts des Tunisiens résidant à l’étranger, en hausse marquée. Ces flux, plus stables que les investissements financiers, constituent une ancre silencieuse. Ils soutiennent la consommation, irriguent les régions et consolident la balance des paiements.

Mais cette dépendance aux recettes de services et aux remises de la diaspora rappelle aussi une vérité moins confortable : la Tunisie gagne encore trop peu de devises par sa production industrielle et ses exportations à forte valeur ajoutée. La stabilité actuelle repose davantage sur des rentes que sur une transformation productive.

Un Trésor sous discipline, une dette plus longue mais plus lourde

Du côté des finances publiques, la prudence domine. L’État réorganise sa dette plus qu’il ne la réduit. Les bons du Trésor à court terme reculent fortement, remplacés par des émissions plus longues. L’objectif est clair : éviter la pression constante des remboursements immédiats, lisser les échéances, acheter du temps.

Cette stratégie améliore la respiration budgétaire à court terme. Mais elle prolonge la charge dans le temps. La dette devient moins pressante, pas moins pesante.

La Tunisie ne règle pas encore son problème d’endettement ; elle le rend plus gérable. C’est une différence subtile, mais décisive.

Le temps gagné, le temps à ne pas perdre

À court terme, le tableau est indéniablement plus serein qu’il y a un an. Les risques de crise aiguë s’éloignent. La liquidité circule mieux. Les réserves se consolident. La monnaie tient. L’économie respire.

Mais cette respiration ne vaut que si elle est mise à profit.

Car aucune politique monétaire, aussi habile soit-elle, ne peut créer à elle seule de la richesse durable. La croissance viendra de l’investissement productif, de l’exportation, de l’innovation, de la formalisation de l’économie, de la confiance retrouvée entre l’État et les acteurs privés.

Le véritable enjeu des prochains mois n’est donc pas financier. Il est structurel. La Tunisie dispose aujourd’hui d’un luxe rare : un moment de calme relatif. Reste à savoir si ce calme sera un simple répit… ou le point de départ d’une reconstruction.

Les chiffres de février ne promettent pas encore l’élan. Mais ils offrent quelque chose de tout aussi précieux : le temps. Et, parfois, le temps est la première condition du redressement.

 

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Références :

(1) Sources principales consultées pour le contexte international : World Bank MENAAP (06/02/2026), données prix Brent / marché pétrolier (06/022026), minutes Fed / prises de position récentes, analyses Reuters sur la réaction des marchés aux tensions régionales. (Banque Mondiale)

(2) (*) https://www.bct.gov.tn/bct/siteprod/indicateurs.jsp

(**) https://www.ins.tn/

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG)

L’article Tunisie : l’heure d’une accalmie fragile est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

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Quand l’orage gronde au Golfe, l’écho résonne au Maghreb

04. Februar 2026 um 06:00

Entre tensions géopolitiques, vulnérabilités économiques et quête d’autonomie stratégique, la crise USA-Iran agit comme un révélateur silencieux des fragilités et des choix à venir pour l’Afrique du Nord.

Une crise lointaine aux effets très proches

À première vue, la confrontation larvée entre les États-Unis et l’Iran semble se jouer loin du Maghreb, dans les détroits stratégiques du Golfe et les couloirs diplomatiques de Vienne ou de Washington. Pourtant, dans un monde désormais structuré par l’interdépendance et la financiarisation des risques, aucune région n’échappe aux ondes de choc des grandes rivalités. Le Maghreb, déjà éprouvé par des déséquilibres internes persistants, se retrouve exposé à une crise qu’il ne maîtrise pas, mais dont il subit les conséquences économiques, politiques et stratégiques.

La montée des tensions militaires, les menaces sur la sécurité énergétique mondiale et la polarisation accrue des alliances transforment un conflit bilatéral en un facteur systémique. Pour les économies maghrébines, cette crise agit moins comme un événement ponctuel que comme un amplificateur de vulnérabilités structurelles.

L’énergie comme premier canal de transmission

Le principal vecteur de contagion demeure le marché de l’énergie. Toute escalade entre Washington et Téhéran ravive le spectre d’une perturbation des flux pétroliers via le détroit d’Hormuz. Ce qui suffit à faire grimper les prix, même en l’absence de conflit ouvert. Pour les pays du Maghreb importateurs nets d’énergie, cette volatilité se traduit mécaniquement par une pression accrue sur les finances publiques, une détérioration de la balance commerciale et un renchérissement des coûts de production.

Dans des économies déjà confrontées à l’inflation, à la contrainte budgétaire et à la fragilité des réserves en devises, la hausse des prix de l’énergie agit comme une taxe externe, imposée sans négociation. Elle pèse sur le pouvoir d’achat, alimente les tensions sociales et réduit la marge de manœuvre des politiques économiques, notamment en matière de subventions et de soutien à l’activité.

Le Maghreb face au retour brutal de la géopolitique

Au-delà de l’économie, la crise USA-Iran rappelle au Maghreb que la géopolitique n’a jamais disparu, mais qu’elle revient aujourd’hui sous une forme plus brutale et moins prévisible. Les États-Unis cherchent à consolider leurs positions et à contenir toute extension de l’influence iranienne, y compris sur le continent africain. L’Iran, de son côté, s’inscrit dans une logique de contournement des sanctions, multipliant les ouvertures diplomatiques et économiques vers le Sud global.

Dans cet environnement polarisé, les pays maghrébins se retrouvent confrontés à un dilemme délicat : préserver leurs relations avec les partenaires occidentaux tout en explorant de nouvelles coopérations susceptibles de renforcer leur souveraineté économique et diplomatique. Cette tension entre alignement et autonomie devient un exercice d’équilibre permanent, où chaque choix comporte un coût politique implicite.

Diplomatie maghrébine : entre prudence et diversification

La réponse maghrébine à la crise se caractérise moins par des positions tranchées que par une prudence calculée. Loin des logiques d’alignement automatique, la région semble privilégier une diplomatie de diversification, cherchant à élargir son spectre de partenaires sans rompre avec les équilibres existants. Cette approche reflète une prise de conscience : dans un monde multipolaire, la dépendance exclusive à un seul pôle de puissance devient un facteur de vulnérabilité.

Toutefois, cette stratégie n’est pas sans risques. La neutralité apparente peut être perçue comme de l’ambiguïté et la diversification comme une défiance implicite. Dans le contexte de la crise USA-Iran, le Maghreb doit donc composer avec des pressions contradictoires, tout en évitant que son espace régional ne devienne un terrain indirect de rivalités extérieures.

Un révélateur des fragilités structurelles

En filigrane, la crise met en lumière les limites des modèles économiques maghrébins. Dépendance énergétique, faiblesse de l’intégration régionale, exposition aux chocs externes et faible capacité d’absorption des crises internationales : autant de failles que la confrontation américano-iranienne rend plus visibles. Ce conflit agit ainsi comme un test de résilience, révélant l’urgence de réformes structurelles longtemps différées.

La question n’est plus seulement de savoir comment réagir à la crise actuelle, mais comment se préparer aux suivantes. Car dans un ordre mondial instable, les chocs géopolitiques tendent à devenir la norme plutôt que l’exception.

Entre l’ombre des puissances et l’exigence d’une voie propre

Au final, la crise USA-Iran place le Maghreb face à une interrogation centrale : subir la géopolitique ou tenter de la maîtriser. S’il ne peut influencer directement le cours des événements, il peut en revanche renforcer sa capacité d’anticipation, de coordination régionale et de souveraineté économique. L’enjeu dépasse la simple gestion conjoncturelle des prix de l’énergie ou des relations diplomatiques ; il touche à la définition même du rôle du Maghreb dans un monde fragmenté.

 

Lorsque l’orage gronde au Golfe, le Maghreb comprend qu’il ne s’agit pas seulement d’un bruit lointain. C’est un rappel sévère : dans l’économie mondiale comme dans la géopolitique, l’éloignement géographique n’est plus une protection, et l’autonomie stratégique n’est plus un luxe, mais une nécessité.

 

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain D’Economie Financière (IAEF-ONG).

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Indicateurs monétaires et financiers – Finances mondiales : le répit sous surveillance

02. Februar 2026 um 06:09

La fin du mois de janvier 2026 s’inscrit dans un environnement international marqué par une inflexion monétaire prudente, sans véritable retournement de cycle. Après deux années de politiques restrictives, les grandes banques centrales semblent avoir atteint un point d’équilibre fragile entre la lutte contre l’inflation et la préservation de la croissance. La Réserve fédérale américaine, comme la Banque centrale européenne, privilégient désormais une posture d’attentisme, conditionnant toute nouvelle décision à l’évolution des prix et du marché du travail.

Cette accalmie relative se traduit par un repli du dollar et une détente partielle des conditions financières mondiales. Toutefois, cette évolution reste incomplète et inégalement répartie. Les flux de capitaux demeurent sélectifs, favorisant les économies jugées les plus résilientes, tandis que les pays à déséquilibres structurels persistants continuent d’évoluer sous contrainte. Pour la Tunisie, ce contexte offre un répit conjoncturel, mais ne modifie pas fondamentalement les termes de son insertion financière internationale.

 

Une liquidité bancaire en amélioration, reflet d’un équilibre encore artificiel

Les indicateurs monétaires du 30 janvier 2026 confirment une amélioration progressive de la liquidité bancaire. Le solde du compte courant ordinaire des banques s’établit à 711,8 MDT, contre 522,5 MDT la veille, signalant un desserrement des tensions qui avaient caractérisé les mois précédents. Cette évolution traduit à la fois une gestion plus fine de la trésorerie bancaire et une action ciblée de la Banque centrale.

Le recul du volume global du refinancement, désormais limité à 12 297 MDT, illustre cette détente relative. La diminution des opérations de refinancement à long terme et la stabilité des appels d’offres témoignent d’une volonté claire de normalisation progressive, sans provoquer de choc brutal sur le marché monétaire. Néanmoins, cette amélioration reste largement dépendante de l’intervention de la BCT. Ce qui souligne le caractère encore administré de l’équilibre monétaire.

Parallèlement, la hausse continue des billets et monnaies en circulation, qui dépassent 27,2 milliards de dinars, révèle une dynamique plus préoccupante. Elle reflète à la fois la persistance d’une économie informelle importante et une préférence accrue pour la liquidité, symptôme d’un climat de confiance encore fragile.

 

Politique monétaire : un tournant prudent aux effets différés

La réduction du taux directeur à 7 %, alignée sur le taux du marché monétaire, marque une inflexion stratégique majeure. Ce choix traduit la reconnaissance implicite d’un ralentissement de l’activité économique et la nécessité de desserrer l’étau monétaire sans compromettre la stabilité des prix.

Toutefois, l’efficacité de cette baisse reste conditionnée à la transmission du taux vers l’économie réelle. Dans un contexte de frilosité bancaire et de risques élevés, la détente monétaire pourrait se traduire davantage par un allègement des charges financières existantes que par une relance franche du crédit à l’investissement.

L’évolution du marché interbancaire, caractérisée par un glissement des opérations à vue vers les opérations à terme, confirme cette lecture. Les banques gagnent en visibilité, mais restent prudentes, conscientes des fragilités persistantes de l’environnement macroéconomique.

 

Trésorerie de l’État : une amélioration conjoncturelle sous contrainte structurelle

Le solde du compte courant du Trésor, supérieur à 1,8 milliard de dinars, constitue un signal positif à court terme. Il reflète un effort tangible de gestion de trésorerie, appuyé par une mobilisation accrue des ressources internes et un contrôle relatif des dépenses courantes.

Cependant, cette amélioration ne saurait masquer les déséquilibres structurels des finances publiques. La recomposition de la dette intérieure, marquée par un net recul des bons du Trésor à court terme et une forte progression des bons assimilables, réduit les pressions immédiates de refinancement mais reporte le risque dans le temps. L’allongement des maturités s’accompagne mécaniquement d’une charge d’intérêts plus lourde, dans un contexte de marges budgétaires déjà étroites.

 

Le secteur extérieur, pilier central de la stabilisation macroéconomique

Le secteur extérieur demeure l’un des principaux amortisseurs de l’économie tunisienne. Les recettes touristiques cumulées, en hausse significative, confirment la résilience du secteur malgré un environnement régional et international instable. Les revenus du travail en devises poursuivent également leur progression, traduisant l’importance croissante de la diaspora dans l’équilibre macroéconomique national.

Ces flux ont permis de renforcer les avoirs nets en devises de la Banque centrale, portés à plus de 25 milliards de dinars, soit l’équivalent de 106 jours d’importation. Ce niveau, relativement confortable, améliore la capacité du pays à faire face à des chocs externes et renforce la crédibilité financière à court terme.

Néanmoins, la structure du commerce extérieur demeure inchangée, marquée par une faible diversification et une dépendance élevée aux importations énergétiques et alimentaires. Le recul du service de la dette extérieure, bien que bienvenu, reste insuffisant pour inverser durablement la dynamique d’endettement.

 

Une stabilité du dinar sous surveillance permanente

L’évolution des taux de change traduit une stabilité relative du dinar face à l’euro et une appréciation face au dollar. Cette performance est autant le produit d’un affaiblissement du billet vert que d’une gestion active des réserves de change.

Toutefois, cette stabilité reste fragile et largement conditionnée à la continuité des flux extérieurs. En l’absence de gains de compétitivité réels et d’un redémarrage des exportations à forte valeur ajoutée, le dinar demeure exposé à tout retournement de conjoncture internationale.

 

Perspectives : transformer la stabilisation en trajectoire durable

À court terme, les indicateurs du 30 janvier 2026 dessinent un paysage de stabilisation progressive. La détente monétaire, l’amélioration des réserves en devises et la maîtrise relative de la trésorerie publique offrent un espace de respiration à l’économie tunisienne.

À moyen terme, le véritable enjeu réside dans la capacité à convertir cette stabilisation conjoncturelle en dynamique de croissance durable. Sans réformes profondes touchant l’investissement, la productivité, la gouvernance économique et l’inclusion financière, l’économie risque de rester enfermée dans un équilibre de faible croissance et de vulnérabilité persistante.

La Tunisie se trouve ainsi face à un choix stratégique : prolonger une gestion de court terme centrée sur l’équilibre précaire, ou engager une transformation structurelle capable de redonner de la profondeur et de la résilience à son modèle économique.

 

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Références :

(1) Sources principales consultées pour le contexte international : World Bank MENAAP (30/01/2026), données prix Brent / marché pétrolier (30/01/2026), minutes Fed / prises de position récentes, analyses Reuters sur la réaction des marchés aux tensions régionales. (Banque Mondiale)

(2) (*) https://www.bct.gov.tn/bct/siteprod/indicateurs.jsp

(**) https://www.ins.tn/

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG)

L’article Indicateurs monétaires et financiers – Finances mondiales : le répit sous surveillance est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

ECLAIRAGE – L’euro fort, le dollar fragile et la Tunisie face au nouveau cycle monétaire mondial

30. Januar 2026 um 06:01

Quand la monnaie européenne franchit le seuil de 1,20 dollar, ce n’est pas seulement un indicateur de marché qui change, mais une configuration entière du système monétaire international qui se redessine. Derrière ce mouvement apparemment technique se cache une recomposition des rapports de force entre grandes puissances économiques, dont les répercussions s’étendent bien au-delà de l’Europe et des États-Unis.

Pour la Tunisie, économie ouverte, vulnérable et structurellement dépendante de ses partenaires extérieurs, l’appréciation de l’euro constitue un choc exogène aux effets multiples, parfois contradictoires, mais profondément structurants.

 

 

Un signal monétaire au cœur des tensions géopolitiques et budgétaires

La remontée de l’euro face au dollar ne peut être interprétée comme un simple signe de vigueur de l’économie européenne. Elle est d’abord le reflet d’une fragilisation relative du billet vert, nourrie par l’incertitude politique américaine, la pression exercée sur la Réserve fédérale et la perspective d’une nouvelle paralysie budgétaire à Washington. La politique économique américaine, oscillant entre protectionnisme commercial, tensions institutionnelles et pressions monétaires, a contribué à éroder la confiance des investisseurs dans la stabilité du dollar.

Dans ce contexte, l’euro apparaît comme une alternative crédible, sinon dominante, dans le paysage monétaire mondial. Sans supplanter le dollar, il gagne en attractivité, notamment comme instrument de diversification des réserves et des placements internationaux. Cette montée en puissance progressive de l’euro s’accompagne d’une dynamique paradoxale : elle renforce la position financière de l’Europe tout en fragilisant son modèle industriel fondé sur la compétitivité des exportations.

L’Europe entre désinflation importée et perte de compétitivité

L’appréciation de l’euro agit comme un levier de désinflation pour la zone euro. En réduisant le coût des importations libellées en dollars, notamment les matières premières énergétiques, elle soutient le pouvoir d’achat des ménages et atténue les pressions inflationnistes. Cette évolution ouvre la voie à une politique monétaire plus accommodante de la Banque centrale européenne, susceptible de stimuler le crédit et l’investissement.

Mais ce bénéfice monétaire a un revers. Un euro fort pénalise les exportations européennes, en particulier celles des économies industrielles comme l’Allemagne, déjà fragilisées par le ralentissement de la demande mondiale et par les tensions commerciales avec les États-Unis. Le secteur du luxe, symbole de la puissance commerciale européenne, voit également sa compétitivité érodée par la hausse du taux de change et la contraction de la demande internationale.

Cette tension entre désinflation importée et perte de compétitivité révèle une fragilité structurelle du modèle européen : une dépendance excessive à la demande externe, dans un environnement mondial de plus en plus fragmenté et protectionniste.

La Tunisie dans l’orbite de l’euro : dépendance monétaire et vulnérabilité structurelle

Pour la Tunisie, l’évolution du taux de change euro-dollar n’est pas un phénomène exogène lointain. Elle constitue un déterminant central de la dynamique macroéconomique nationale. L’Union européenne demeure le principal partenaire commercial du pays, tant pour les exportations que pour les importations. De plus, une part significative de la dette extérieure tunisienne est libellée en euro. Ce qui confère à la monnaie européenne un rôle quasi structurel dans l’équilibre macroéconomique tunisien.

Dans ce contexte, l’appréciation de l’euro renchérit le coût des importations européennes en dinars, accentuant le déficit commercial et exerçant une pression supplémentaire sur les prix internes. Les secteurs dépendants des intrants européens, notamment l’industrie manufacturière, les infrastructures et les biens d’équipement, voient leurs coûts de production augmenter. Ce qui se traduit par une transmission inflationniste vers les prix finaux.

Cependant, cette pression inflationniste est partiellement compensée par la faiblesse relative du dollar, qui réduit le coût des importations énergétiques et des matières premières. La Tunisie se trouve ainsi confrontée à un choc monétaire asymétrique, où les effets de l’euro fort et du dollar faible se superposent, créant une dynamique complexe et difficile à maîtriser pour la politique économique.

Compétitivité externe : opportunité conjoncturelle ou illusion structurelle ?

Sur le plan des exportations, l’appréciation de l’euro peut offrir à la Tunisie une opportunité relative. Les produits tunisiens destinés au marché européen peuvent bénéficier d’un pouvoir d’achat renforcé des consommateurs européens. Tandis que leur compétitivité relative sur les marchés libellés en dollars peut être améliorée par la faiblesse du billet vert.

Dans les secteurs du textile, des composants automobiles, de l’agroalimentaire et du tourisme, cette évolution pourrait stimuler la demande extérieure. Mais cette opportunité reste largement conditionnée par la capacité de l’économie tunisienne à répondre à la demande, tant en termes de qualité que de volume. Or, la faiblesse de la productivité, la dépendance aux intrants importés et la fragilité financière des entreprises limitent fortement la capacité d’absorption de ce choc positif potentiel.

Ainsi, l’euro fort risque davantage de renforcer la dépendance de la Tunisie aux importations européennes que de stimuler durablement ses exportations.

Dette extérieure et contraintes budgétaires : l’effet pervers de l’euro fort

L’un des effets les plus sensibles de l’appréciation de l’euro concerne la dette extérieure tunisienne. La hausse de la valeur de l’euro alourdit mécaniquement le service de la dette libellée dans cette monnaie, accentuant la pression sur les finances publiques. Dans un contexte de déficit budgétaire persistant et de contraintes de financement accrues, cette évolution réduit encore la marge de manœuvre de l’État tunisien.

Par ailleurs, si l’euro gagne en attractivité comme monnaie de financement international, les États européens pourraient bénéficier d’un coût d’endettement plus faible, accentuant l’écart entre les conditions de financement des économies centrales et celles des économies périphériques. Pour la Tunisie, cette divergence renforce le risque de marginalisation financière et de dépendance accrue à l’égard de sources de financement coûteuses.

Vers une recomposition silencieuse de l’ordre monétaire international

Au-delà des effets conjoncturels, la remontée de l’euro face au dollar s’inscrit dans une transformation plus profonde du système monétaire international. La fragilisation relative du leadership américain, la montée des tensions géopolitiques et la diversification progressive des monnaies de réserve traduisent un mouvement de multipolarisation monétaire.

Dans ce nouvel environnement, la Tunisie se trouve confrontée à un dilemme stratégique. Soit elle subit passivement les fluctuations des grandes monnaies, au prix d’une vulnérabilité macroéconomique accrue. Soit elle engage une réflexion stratégique sur son modèle d’insertion internationale, en diversifiant ses partenaires, en renforçant sa souveraineté productive et en réduisant sa dépendance aux importations.

L’euro fort comme révélateur des fragilités tunisiennes

En définitive, le franchissement du seuil de 1,20 dollar par l’euro n’est pas un simple événement financier. Il agit comme un révélateur des fragilités structurelles de l’économie tunisienne. Il met en lumière la dépendance excessive aux importations européennes, la vulnérabilité de la balance des paiements, la sensibilité de la dette extérieure aux fluctuations de change et la faiblesse de la compétitivité productive.

Mais il révèle aussi, en creux, les potentialités d’une stratégie économique alternative. Dans un monde où les équilibres monétaires se recomposent, la Tunisie ne peut plus se contenter d’une adaptation passive. Elle est appelée à repenser son positionnement dans l’économie mondiale, à transformer la contrainte monétaire en levier de réforme et à faire du choc externe non pas un facteur de fragilisation, mais un catalyseur de souveraineté économique.

 

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain D’Economie Financière (IAEF-ONG)

 

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