Le blé poussera-t-il dans le désert du sud tunisien ?
Des cultures céréalières irriguées expérimentées dans l’extrême sud tunisien, à Dhehiba et Remada (gouvernorat de Tataouine), donnent des résultats jugés prometteurs pour renforcer la souveraineté alimentaire nationale. Après trois campagnes d’essais, les rendements atteignent entre 38 et 40 quintaux à l’hectare, un niveau notable dans un environnement aride.
Initialement menées sur environ 6 hectares, ces cultures ont été étendues cette année à près de 40 hectares. Les autorités régionales et nationales envisagent désormais une extension progressive des superficies irriguées, avec un objectif de 1 000 hectares à court terme et jusqu’à 100 000 hectares à plus long terme.
Ainsi, le projet repose sur un partenariat entre le Commissariat régional au développement agricole (CRDA) de Tataouine, l’Institut national des grandes cultures de Bou Salem et l’Institut de recherche dans les zones arides de Médenine. Outre les céréales, il intègre également des cultures stratégiques irriguées comme les fourrages, les légumineuses et la betterave sucrière.
Dans le périmètre irrigué de Sahl Roumaine à Dhehiba, environ 20 hectares sont actuellement exploités. Les cultures s’appuient sur sept puits profonds équipés de systèmes de pompage alimentés par énergie solaire, permettant de réduire les coûts énergétiques pour les agriculteurs.
Selon le commissaire régional au développement agricole de Tataouine, Mongi Chniter, la superficie totale consacrée aux grandes cultures dans la région dépasse 660 hectares, dont 92 hectares irrigués dédiés notamment au blé dur et à l’orge locale. L’objectif, précise-t-il, n’est pas de concurrencer les régions céréalières du nord, mais de compléter l’offre nationale tout en préservant les semences locales adaptées au climat.
Une réponse partielle à la dépendance céréalière
L’initiative intervient dans un contexte de forte dépendance de la Tunisie aux importations céréalières. En 2024, le pays a importé environ 2,6 millions de tonnes de céréales pour près de 2,3 milliards de dinars, selon l’Office des céréales. Les importations de blé tendre couvrent parfois jusqu’à 80 % des besoins nationaux.
Cette dépendance pèse lourdement sur les finances publiques. Les subventions aux produits céréaliers ont dépassé 3 milliards de dinars en 2022, tandis que le budget de l’État 2025 prévoit près de 3,8 milliards de dinars pour les produits de base, dont 2,67 milliards destinés aux céréales.
Dans ce contexte, les projets agricoles dans les zones arides apparaissent comme une piste pour diversifier les bassins de production face aux aléas climatiques. Toutefois, la viabilité à grande échelle reste à évaluer, notamment en ce qui concerne la pression sur les nappes profondes, la salinisation des sols et la rentabilité à long terme.
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