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Une réponse contrainte à un choc externe : la BCT choisit le ciblage du crédit pour endiguer l’inflation importée

28. März 2026 um 12:07

La circulaire de la Banque centrale de Tunisie (BCT) n°2026-4, publiée le 26 mars 2026, impose aux importateurs de produits non prioritaires de financer la totalité de leurs achats sur fonds propres, sans recours aux concours bancaires.

 

Cette décision intervient dans un contexte où la BCT ne dispose pas réellement d’une grande marge de manœuvre. Certes, mettre des entraves aux flux normaux de commerce n’est pas la meilleure option, mais l’équation macroéconomique actuelle peut expliquer une telle mesure.

 

Ciblage du crédit

À notre avis, cette mesure est l’équivalent d’un communiqué dans lequel le taux directeur est stabilisé. C’est important pour ne pas pénaliser davantage l’investissement privé et la consommation des ménages dans un climat économique déjà fragile.

Il paraît que malgré les tensions sur les marchés internationaux de l’énergie, l’État n’aurait pas l’intention de répercuter la hausse des cours sur les prix à la pompe, limitant ainsi l’inflation. Toutefois, la pression sur les réserves en devises est concrète, ce qui a poussé le régulateur à se montrer proactif afin de les protéger.

Face à cette double contrainte, préserver la demande intérieure tout en maîtrisant l’inflation est la ligne directrice de l’action de la BCT. Elle a donc opté pour une mesure administrative de ciblage du crédit, qui agit directement sur le canal du commerce extérieur.

 

Freinage de l’inflation importée

La liste des produits concernés est éloquente : boissons alcoolisées, eaux gazeuses sucrées, produits cosmétiques, parfums, sacs à main, pneus pour motos et vélos, articles de papeterie, vaisselle en plastique, etc. Il s’agit majoritairement de biens de consommation non essentiels, dont la demande est élastique et pour lesquels l’importation pèse sur la facture commerciale sans contribuer à la capacité productive nationale.

En rendant leur financement bancaire impossible, la BCT vise trois objectifs. Le premier est la réduction de la demande de devises pour ces produits, soulageant ainsi les réserves.

Le deuxième est le freinage de la transmission de l’inflation externe. En limitant les importations de biens dont les prix internationaux ont fortement augmenté, la BCT réduit l’impact des chocs des prix mondiaux sur l’indice des prix à la consommation.

Le troisième est l’orientation du crédit vers des secteurs prioritaires, comme les entreprises industrielles et les marchés publics, ce qui protège l’outil productif.

Mais au-delà de ces objectifs immédiats, la circulaire s’inscrit dans une logique plus profonde de substitution entre financement externe et mobilisation de l’épargne intérieure. En imposant aux importateurs de mobiliser leurs fonds propres, donc des ressources déjà disponibles dans le circuit financier local, la BCT opère un transfert forcé de la charge de financement. Là où auparavant les importations de produits non prioritaires étaient souvent couvertes par des crédits documentaires adossés à des lignes de financement en devises ou à des concours bancaires alimentés par la liquidité du système, elles doivent désormais être préfinancées par l’épargne nationale préexistante.

 

L’économie de devises et la réduction de l’endettement extérieur pour répondre à la crise

Cette circulaire s’inscrit également dans une stratégie de préservation des réserves de change, face à un environnement international marqué par la persistance de tensions géopolitiques, la volatilité des prix des matières premières et un durcissement des conditions de financement extérieur pour les pays émergents.

En imposant un dépôt préalable en dinars pour l’intégralité de la valeur importée, la BCT décourage structurellement les importations de produits non essentiels, sans avoir à recourir à une dévaluation compétitive qui nourrirait l’inflation. Elle renforce aussi la position de liquidité des banques, en captant une partie des dépôts pour financer des opérations d’importation désormais autofinancées.

La BCT envoie aussi un signal aux opérateurs économiques : la priorité est donnée à la soutenabilité externe, au détriment de la liberté de financement des importations de confort.

Mais surtout, cette mesure traduit une volonté explicite de poursuivre la politique de compter sur ses propres ressources et de rompre avec la logique d’endettement extérieur qui a longtemps prévalu. Traditionnellement, une partie significative du financement du commerce extérieur tunisien reposait sur des crédits documentaires en devises, des lignes de financement accordées par des correspondants étrangers, ou encore sur des emprunts bancaires indexés sur les devises.

En substituant à ces mécanismes une mobilisation de fonds propres en dinars, la BCT réduit mécaniquement le recours à l’endettement en devises des importateurs et, par ricochet, des banques elles-mêmes. Elle maîtrise de la sorte l’accumulation de la dette extérieure privée, qui constitue une source de vulnérabilité en cas de retournement des marchés financiers internationaux.

Cette orientation s’inscrit dans une stratégie plus large de désendettement extérieur par le haut. Plutôt que de chercher à attirer des capitaux étrangers pour financer des importations de biens non essentiels, la BCT impose aux acteurs économiques de mobiliser leurs propres ressources ou de renoncer à l’importation. C’est une inversion du modèle de financement, en passant d’une logique où « l’importation crée la dette » à celle où « l’épargne préalable conditionne l’importation ».

 

Mesure positive ou négative ?

Du côté positif, cette circulaire constitue un ciblage assez efficace puisque la majorité absolue des produits identifiés n’est pas effectivement prioritaire. Les exemptions protectrices pour l’industrie locale et les secteurs stratégiques sont également un élément positif.

En revanche, le risque de contournement est concret. Certains importateurs pourraient tenter de contourner la mesure en recourant à des circuits informels ou à des pays voisins, ce qui priverait l’économie nationale de recettes fiscales et douanières. Les PME seront sous pression, car l’obligation de mobiliser 100 % des fonds propres peut exclure du marché les petits opérateurs, qui ne disposent pas de l’épargne préalable nécessaire.

De plus, il y a un effet inflationniste indirect. La raréfaction de certains produits importés pourrait entraîner une hausse des prix sur le marché local, si l’offre domestique ne peut les remplacer.

La vraie question est celle de savoir si cette mesure est temporaire ou durable ? Le caractère administratif du dispositif laisse planer une incertitude sur sa pérennité, ce qui complique la visibilité pour les importateurs.

Cette circulaire illustre une forme de politique macroprudentielle asymétrique. Elle protège les réserves de change et tente de casser la spirale de l’inflation importée, mais au prix d’une rigidité administrative accrue.

Pour les entreprises et les investisseurs, cette décision confirme que la gestion des devises reste le principal point d’ancrage de la politique monétaire tunisienne, et que les instruments non conventionnels (encadrement du crédit, listes négatives) sont désormais pleinement intégrés dans la boîte à outils de la BCT face aux chocs externes.

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