Dette intérieure tunisienne : un fardeau qui étouffe l’économie ?

Une dette intérieure élevée peut poser des risques pour les économies des États si elle n’est pas utilisée de manière stratégique pour stimuler la croissance et si elle n’est pas soutenable. Est-ce le cas de la Tunisie ?
En 2024, la dette intérieure s’élevait à 72,6 milliards de dinars, représentant 53,8 % de l’ensemble de l’endettement total de la Tunisie. Par conséquent, la dette extérieure constitue le reliquat, soit 46,2 %, ce qui correspond à 62,343 milliards de dinars. En 2025, la part de la dette intérieure augmentera légèrement, passant de 53,8 % à 58,3 %, soit 85,984 milliards de dinars.
Quant à la dette extérieure, elle reculera à 41,7 %, soit 61,418 milliards de dinars. L’absence d’accord avec le FMI complique le recours au marché financier international, même avec des bailleurs de fonds “amis” comme la BAD. Du coup, emprunter sur les marchés financiers internationaux, devient quasiment impossible et le recours aux autres bailleurs non institutionnels se traduirait par des prêts à des taux d’intérêts excessifs, nuisibles aux finances publiques.
Les remboursements que l’État tunisien doit effectuer d’ici la fin de l’année s’élèvent à 18 milliards de dinars en principal et 6,4 milliards de dinars en intérêts, soit un total de 24,7 milliards de dinars (environ 7 milliards de dollars US). En 2025, le financement intérieur atteindra 9,8 milliards de dinars en principal et 8,4 milliards de dinars en financement extérieur.
Les intérêts de la dette extérieure ne représenteront que 1,9 milliard de dinars, tandis que ceux de la dette intérieure s’élèveront à 4,5 milliards de dinars, soit près de la moitié du principal. Cela s’explique par le fait que les prêts extérieurs contractés auparavant étaient à des taux raisonnables, contrairement à ceux des dernières années.
De plus, le taux élevé du marché monétaire tunisien justifie les intérêts excessifs que l’État doit payer à ses emprunteurs nationaux. Le cas tunisien illustre bien les effets néfastes d’un endettement excessif à l’échelle nationale. Nous le répétons sans cesse, mais les décideurs publics persistent à ignorer l’urgence de réformes structurelles profondes pour créer de la richesse et de l’emploi, préférant la facilité de l’endettement.
L’effet d’éviction est également manifeste : les emprunts de l’État assèchent le marché intérieur, rendant le crédit plus cher et moins accessible aux entreprises et aux ménages, ce qui freine l’investissement privé. Par ailleurs, l’inflation, bien réelle malgré les discours officiels, touche en priorité les produits de consommation courante et en prime ceux alimentaires.
Parmi les conséquences d’une dette intérieure excessive et des taux d’intérêt élevés la capacité réduite de l’État, acculé au remboursement même avec rééchelonnement, à financer des dépenses essentielles telles que la santé, l’éducation, les subventions et les infrastructures.
Autre conséquence : la perte de confiance des investisseurs nationaux. Certains pourraient geler leurs investissements ou choisir de fuir un environnement devenu hostile à la création de richesses et où ils ne sont pas en odeur de sainteté.
Les décideurs publics accordent-ils encore une place aux investissements productifs dans les infrastructures, l’éducation, l’innovation et les nouvelles industries ? Car pour financer le social, il faut d’abord générer des ressources, et ce n’est pas en accablant les entrepreneurs qu’on y parviendra, c’est une litanie que nous ne cessons de répéter mais qui ne semble pas émouvoir ceux qui détiennent entre leurs mains le destin de la Tunisie. Pendant ce temps, faute de créer des richesses, on s’endette, on emprunte !
Pourquoi l’emprunt public n’a-t-il toujours pas été lancé ?
Pourquoi, jusqu’à la fin du premier trimestre 2025, l’emprunt national prévu dans la loi de finances n’a-t-il pas vu le jour ? Celui-ci devrait s’élever à 4,8 milliards de dinars avec un taux d’intérêt de plus de 9%
Trop cher ? Peut-être. Mais le fait est que les finances publiques ne sont pas au mieux de leur forme. Ce qui expliquerait que certaines recettes fiscales ont demandé à certaines entreprises d’anticiper le dépôt de leurs déclarations, signe de tensions sur la trésorerie nationale.
La question est : si l’État renonce à cet emprunt, comment trouvera-t-il les ressources prévues dans la loi de finances ? Forcera-t-on de nouveau la Banque centrale à financer le budget ?
Une telle décision, si prise, serait catastrophique pour le pays, d’autant plus que la BCT a déjà injecté des montants faramineux dans le budget de l’État ces dernières années.
Si un emprunt national permet d’éviter une création monétaire excessive, dans le cas de la Tunisie, ne peut pas contracter des prêts sur le marché intérieur ou à l’international signifierait inévitablement un recours à l’impression monétaire.
Or, une telle politique entraînerait des conséquences désastreuses sur une économie en récession, aggravant l’inflation et affaiblissant encore le dinar, ce qui renchérirait les importations.
La capacité productive de la Tunisie correspond-elle au volume de monnaie en circulation et à la richesse produite ?
Dans des pays comme le Zimbabwe ou le Venezuela, l’inflation galopante a conduit à des situations extrêmes où la monnaie a perdu toute valeur.
Il faut oser espérer, dans notre cas, que la BCT assure son rôle de gardienne des équilibres monétaires du pays et pourra freiner les dérives car les solutions existent !
Tous les observateurs avisés, perspicaces et intelligents de la scène économique nationale savent qu’il y a des solutions. Encore faut-il reconnaître et admettre les vrais problèmes économiques du pays, plutôt que de se focaliser sur des de fausses problématiques très accessoires et des débats stériles relayés par des médias peu avertis des réalités économiques. Pour affronter les défis de la Tunisie, il faut de la vision, du savoir, de l’expertise, de l’humilité, la négation de soi et, plus que tout, un amour indéfectible pour la patrie.
Est-ce trop demander ? Il semble bien que ce soit le cas !
Amel Belhadj Ali
EN BREF
- Dette intérieure de la Tunisie (2024) : 72,6 milliards de dinars (53,8 % de l’endettement total).
- Prévisions pour 2025 : Dette intérieure à 85,98 milliards de dinars (58,3 %), dette extérieure à 61,42 milliards de dinars (41,7 %).
- Remboursements 2024 : 24,7 milliards de dinars (7 milliards USD).
- Problématique : Taux d’intérêt élevés nuisent à la croissance, freinant l’investissement privé.
- Impact sur les finances publiques : Réduite capacité à financer la santé, l’éducation, et les infrastructures.
- Question clé : Pourquoi l’emprunt national prévu à 4,8 milliards de dinars n’a-t-il pas été lancé ?
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