Le chef des Druzes syriens appelle à faire sécession !
La grande mode par les temps qui courent est à la sécession. Au Soudan déjà partagé qui a perdu sa partie sud, voilà que les Forces de soutien rapide (FSR) de Hemedti Dagalo veulent créer leur propre État dans le Darfour. La Somalie fait face aux velléités sécessionistes de la province du Somaliland dans le nord du pays qui vient d’être reconnue comme État par Israël. Dans le sud du Yémen, des tentatives de recréer la république du sud du Yémen ont attisé une crise aiguë entre l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. Et voilà maintenant que le chef de la communauté druze syrienne Cheikh Hikmat Salman Al-Hijri (photo) vient d’annoncer la création d’une force armée druze et appelle à l’indépendance de la province de Soueïda affirmant n’avoir plus rien à partager avec le pouvoir central.
Imed Bahri *
«La Syrie se dirige vers la partition et la création de régions autonomes. C’est la seule voie pour garantir l’avenir des minorités et la stabilité du Moyen-Orient, et Israël est le seul acteur qualifié et garant pour tout accord futur dans la région», c’est ce qu’a déclaré Hikmat Al-Hijri, chef spirituel de la communauté druze syrienne à Soueïda, à la journaliste Einav Halabi qui l’a rencontré pour le compte du site d’information israélien Ynet -affilié au journal de droite Yediot Aharonot– pour aborder la situation politique à Soueïda et de ses relations avec Israël. Concernant cette province où réside un demi-million de Druzes, il va plus loin et appelle à une indépendance totale.
Al-Hijri a affirmé que le combat de la communauté druze n’est plus seulement un différend politique avec le régime mais une lutte existentielle contre «une approche barbare» ciblant les minorités. Il a décrit les affrontements de juillet 2025 entre les Druzes et tribus bédouines comme une «guerre d’extermination» dont seul Israël a sauvé les Druzes.
Conflits des Druzes avec les Bédouins
Il a déclaré que le gouvernement syrien était dirigé par une mentalité identique à celle de l’État islamique (Daech) ou d’Al-Qaïda, l’accusant d’avoir adopté ce qu’il a qualifié d’idéologie de Daech. Il a affirmé, sans preuve, que les Druzes avaient été victimes d’exécutions sommaires, de viols et d’incendies de quartiers résidentiels en juillet. Ce qu’il ne dit pas c’est que des Bédouins ont été menacés par les Druzes d’être exécutés s’ils ne quittaient pas Soueïda.
Il a également affirmé que ces violences présumées avaient été perpétrées «sur ordre du régime de Damas» et «en coordination» avec des groupes armés, qualifiant les événements de véritable génocide qui a coûté la vie à 2000 membres de sa communauté.
Il convient de noter que les combats de juillet ont ensuite dégénéré en affrontements ouverts entre les Druzes et l’armée et les forces de sécurité syriennes, qui tentaient de maintenir l’ordre dans la région.
À cette époque, l’armée israélienne a mené des frappes contre des positions de l’armée syrienne dans la ville de Soueïda, en soutien aux factions druzes locales. Les bombardements se sont ensuite étendus au quartier général de l’état-major au cœur de Damas.
Les militants fidèles à Al-Hijri ont également violé l’accord qui a conduit au retrait des forces de sécurité syriennes et de l’armée de Soueïda en juillet, en attaquant des zones tribales bédouines, en les assiégeant et en procédant à des exécutions sommaires et à des massacres, selon Mufleh Sabra, chef de la confédération tribale du sud de la Syrie, qui s’est exprimé auprès d’Al Jazeera.
Al-Hijri n’a pas hésité à louer le rôle d’Israël, déclarant : «Nul n’ignore qu’Israël a été le seul pays au monde à intervenir militairement et à nous sauver du génocide grâce à des frappes aériennes qui ont mis fin au massacre à son apogée».
Il a ajouté que la relation avec Israël est «normale» et fondée sur des liens de sang et des relations familiales élargies, considérant Israël comme un «État de droit fondé sur des institutions», un modèle auquel aspirent les Druzes.
En revanche, Al-Hijri a exprimé sa profonde déception envers le monde arabe, accusant les États arabes de prendre parti pour «le bourreau contre la victime» et critiquant la presse arabe à qui il reproche d’avoir dépeint sa communauté comme «les enfants de Satan».
Al-Hijri estime que la seule solution restante pour les Druzes est «l’indépendance totale». Il a affirmé que les tentatives de construction d’un État civil ont pris fin après l’effondrement des accords en mars 2025, soulignant que l’idéologie dominante à Damas est celle d’Al-Qaïda et les Druzes ne peuvent vivre sous son emprise.
Al-Hijri a révélé la création de la «Garde nationale», une armée druze locale chargée de protéger la province et a confirmé la poursuite de la coordination stratégique avec les Forces démocratiques syriennes (Kurdes) dans le nord de la Syrie.
Il a estimé que les Druzes ne pouvaient plus supporter les souffrances qu’ils enduraient et qu’Israël devait intervenir, soulignant que les Druzes se considèrent comme faisant partie intégrante du système d’existence qu’Israël représente.
Soueïda isolé su reste de la Syrie
La situation à Soueïda est dramatique. Il est impossible d’y entrer ou d’en sortir pour rejoindre le reste de la Syrie. Ceux qui travaillaient hors de la province ne peuvent pas reprendre leur emploi. Les étudiants boudent les universités à travers la Syrie. Les patients se voient refuser des soins dans les hôpitaux situés hors de la province et les malades du cancer en phase terminale sont, de fait, condamnés à mourir faute de service d’oncologie à Soueïda. Selon Ynet, Israël a déjà soigné des centaines de patients et de Druzes blessés dans ses hôpitaux.
Il est à indiquer que Hikmat Al-Hijri, âgé de 60 ans, est né au Venezuela, où son père a émigré avec une importante communauté druze. Aujourd’hui, environ 150 000 Druzes vivent au Venezuela, ce qui en fait la quatrième communauté druze au monde. Il est ensuite retourné en Syrie et a étudié le droit à l’université de Damas.
En 2012, il a succédé à son frère à la tête de la communauté après le décès de ce dernier dans un accident de voiture dont les circonstances n’ont jamais été clairement élucidées et qui a suscité de nombreux soupçons d’implication du régime d’Assad. La direction de la communauté est restée entre les mains de la famille Al-Hijri depuis le XIXe siècle.
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