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Nidhal Ouerfelli : « Il faut redessiner notre stratégie énergétique à la lumière des enjeux géopolitiques »

22. Oktober 2026 um 15:44

La Tunisie doit-elle attirer les grands data centers ? Énergie, eau, souveraineté : ces questions s’imposent désormais avec acuité. Face à un monde en mutation, dont les équilibres énergétiques restent incertains, de quelle marge de manœuvre la Tunisie dispose-t-elle pour diversifier ses solutions énergétiques et préserver son indépendance ? 

À l’occasion de la 9e édition du Forum de l’IACE, consacrée à la géopolitique énergétique, Nidhal Ouerfelli, ancien ministre et expert en transition énergétique au CEA, analyse l’impact des data centers sur la demande mondiale d’électricité et d’eau, ainsi que la position de la Tunisie face à cet enjeu stratégique. Il convient de noter que le sujet des data centers a été évoqué dans le cadre de l’analyse de l’évolution de la demande mondiale d’électricité. Il précise à cet effet que la Tunisie ne dispose pas aujourd’hui des moyens énergétiques nécessaires pour accueillir de grands centres de données, mais peut valoriser sa position géostratégique pour devenir une plateforme énergétique régionale.  

Rencontré en marge de cet événement,  Nidhal Ouerfelli a souligné dans une déclaration à leconomistemaghrebin.com que : « Si la demande mondiale d’énergie progresse en moyenne de 1,3 à 1,5 % par an, celle de l’électricité croît environ deux fois plus vite, à près de 3 % annuellement. » Il estime que cette hausse est tirée par deux principaux vecteurs : le développement des véhicules électriques et l’expansion des data centers, ces infrastructures qui alimentent notamment l’intelligence artificielle, la simulation et le calcul de haute performance.

Nidhal Ouerfelli relève également qu’en 2025, le solaire a, pour la première fois, couvert une part des besoins énergétiques mondiaux supérieure à celle du charbon, du gaz naturel et du pétrole.

Des infrastructures très énergivores

Le marché mondial compte environ 11 400 data centers. Près de 40 % sont situés aux États-Unis. Tandis que le reste se répartit principalement entre la Chine et l’Europe. « Ce sont des infrastructures hyper-énergivores », souligne Nidhal Ouerfelli. D’ailleurs, il constate que l’ensemble des data centers consomme aujourd’hui un peu moins que la consommation annuelle d’électricité de la France. Soit davantage que la consommation de l’Arabie saoudite et environ 20 à 22 fois celle de la Tunisie. Ces centres nécessitent non seulement de grandes quantités d’électricité, mais aussi d’importantes ressources en eau pour le refroidissement. « Ils ont besoin de ce couple énergie-eau », résume-t-il.

Aux États-Unis, une partie de ces infrastructures est alimentée par le nucléaire. « On parle presque d’une centrale nucléaire pour un data center », indique l’expert, qui précise toutefois ne pas disposer du nombre exact de centrales concernées. Sur les quelque 11 400 data centers recensés dans le monde, environ 4 000 à 5 000 se trouvent aux États-Unis, pays qui bénéficie d’une capacité importante de production d’électricité nucléaire.

La Tunisie doit-elle attirer les grands data centers ?

Face à cette croissance de la demande, Nidhal Ouerfelli appelle la Tunisie à choisir ses axes de bataille. « Je ne vois pas véritablement d’opportunité autour de la mise en place de grands data centers en Tunisie, tout simplement parce que nous manquons d’énergie » affirme-t-il. Il souligne que cette contrainte ne concerne pas seulement la Tunisie, mais une partie de la région. 

Installer des infrastructures aussi énergivores dans un contexte de stress hydrique et de déficit énergétique n’apparaît donc pas comme une priorité. Il estime en revanche que le pays doit « oser la rupture » avec sa stratégie énergétique actuelle, en tirant parti de sa position géographique et géostratégique, de ses capacités de formation, de recherche et développement, ainsi que de sa proximité avec l’Europe, particulièrement l’Italie. Il cite également les ressources énergétiques des pays voisins : le gaz naturel algérien et le pétrole libyen.

Énergies renouvelables : une nouvelle dépendance à éviter

Nidhal Ouerfelli met aussi en garde contre une transition énergétique pensée uniquement sous l’angle climatique, sans intégrer la dimension géopolitique. « Le recours aux énergies renouvelables peut nous placer dans une autre forme de dépendance énergétique » prévient-il. Il ne s’agirait plus d’une dépendance aux ressources fossiles, mais aux matériaux stratégiques nécessaires à la fabrication des panneaux solaires, des éoliennes, des batteries et des véhicules électriques.

Or, poursuit-il, la Chine concentre aujourd’hui une part majeure du raffinage et de la transformation de ces matériaux critiques. « Sortir de la dépendance du pétrole et du gaz ne doit pas nous faire tomber dans une dépendance géopolitique aux matériaux critiques » alerte-t-il.

Pour l’expert, l’énergie reste avant tout une question de puissance. Après le pétrole, devenu un instrument géopolitique majeur lors des chocs pétroliers, le gaz s’impose désormais comme un levier d’influence internationale.

Nidhal Ouerfelli : « Si nous ne sommes pas à la table, nous serons au menu »

Concernant la Tunisie, Nidhal Ouerfelli estime que le pays dispose déjà de stratégies et de réflexions, notamment la stratégie énergétique adoptée en 2023. Le premier défi, selon lui, est l’exécution rapide. « Une stratégie se mesure à son taux d’exécution et non seulement à son adoption ou aux lois votées » insiste-t-il.

Le deuxième axe consiste, ajoute-t-il, à dépasser le statut de pays de transit du gaz et éventuellement, à l’avenir, de l’électricité pour devenir un véritable pays plateforme. Cela suppose d’investir dans l’énergie, de conclure des contrats de long terme, de contrôler les flux et de renforcer la souveraineté et l’indépendance énergétiques du pays. La diplomatie doit, dans ce cadre, jouer un rôle central. « Il faut une diplomatie agressive, au service de l’énergie et de l’intérêt national » affirme Nidhal Ouerfelli, citant l’exemple de l’Italie.

Son message final est clair : « Il faut redessiner notre stratégie énergétique à la lumière des enjeux géopolitiques et des risques qui en découlent : risques climatiques, dépendances, émissions de CO2 et nécessité de diversification. L’objectif principal doit rester la création de valeur économique et industrielle. Et si nous ne sommes pas autour de la table pour discuter et négocier, nous serons au menu. »

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Géopolitique énergétique : Nidhal Ouerfelli alerte sur un choc d’offre historique en 2026   

22. Oktober 2026 um 10:17

À l’occasion de la 9e édition du Forum de l’IACE, consacrée à la géopolitique énergétique, Nidhal Ouerfelli, ancien ministre et expert en transition énergétique au CEA, a dressé un tableau alarmant du paysage énergétique mondial. Il a notamment souligné la vulnérabilité des approvisionnements liée à leur concentration autour du détroit d’Ormuz.

L’expert n’a pas manqué de souligner que l’année 2026 est marquée par le plus grand choc d’offre de l’histoire énergétique. Pour en expliquer l’ampleur, il a rappelé qu’un cinquième des flux mondiaux de pétrole et de gaz naturel liquéfié (GNL) transite par le détroit d’Ormuz. Ensuite, il a mis en avant la concentration des capacités de réserve de l’OPEP en Arabie saoudite, aux Émirats arabes unis et au Koweït, soulignant ainsi le poids stratégique de cette région dans l’équilibre énergétique mondial.

Alors quid de l’ énergie dans le bassin méditerranéen à l’horizon 2050 ?

Pour Nidhal Ouerfelli, l’objectif à l’horizon 2050 consiste à tripler la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique de la Méditerranée, avec une progression un peu plus marquée sur la rive sud que sur la rive nord. Et concernant la rive sud, le gaz reste présent dans le mix énergétique. Le stockage devrait jouer un rôle essentiel, car on ne peut pas s’appuyer sur une production électrique intermittente et variable sans disposer de capacités de gaz, de stockage et de pilotabilité en secours. Il faudrait donc une capacité de stockage d’électricité d’environ 10 %. Tout cela nécessite à l’échelle de la Méditerranée, estime-t-il, des investissements très importants. La mise en place de ce scénario (horizon 2050) requiert, selon le scénario plus bas, 3 700 milliards d’euros, tandis que les scénarios de l’Observatoire méditerranéen de l’énergie évoquent jusqu’à 6 800 milliards d’euros d’investissements nécessaires pour atteindre cet objectif. C’est également un défi majeur.
D’ où la question : qu’est-ce qui nous conduit à cette transition énergétique, ou plutôt à cette nécessité de transition ? “Elle nous renvoie à une autre difficulté. L’objectif initial était de sortir du pétrole et du gaz, notamment pour éviter les conflits et les tensions géopolitiques liés à ces énergies. Or, on se retrouve aujourd’hui dans une configuration différente.
Ce schéma de l’AIE, publié en septembre dernier, montre les besoins énergétiques liés au transport et à la production. J’en ai retenu deux exemples. Pour répondre à cet objectif, la construction d’un véhicule électrique nécessite aujourd’hui, en moyenne, environ dix fois plus de ressources critiques et de métaux rares ou nouveaux matériaux ».
Il poursuit l’explication: « De même, en ce qui concerne les besoins en matières premières, exprimés en kilogrammes par mégawatt de capacité : pour une centrale à gaz, on se situe autour d’une centaine de kilos ; pour le pétrole et le nucléaire, un peu plus. Tandis que pour construire un parc éolien, il faut environ 5 000 kilos, soit 5 tonnes par mégawatt. Pour l’éolien, les besoins en matières premières sont donc environ quatre à six fois supérieurs, notamment en lithium, en manganèse, en cuivre, en cobalt et autres métaux”.
Cette réflexion sur la transition énergétique, avec la sortie progressive du pétrole, du charbon et du gaz au profit des énergies renouvelables et bas carbone, fait apparaître un autre constat : les ressources existent à l’échelle mondiale, mais les capacités de raffinage de ces minerais et matériaux critiques se concentrent essentiellement dans un seul pays, la Chine. Et d’ajouter : “Nous passons donc d’une dépendance géopolitique liée à la production et au transport des énergies fossiles à une nouvelle forme de dépendance, celle liée cette fois aux capacités de raffinage des matériaux indispensables à la production d’énergie et d’électricité. Il y a ainsi une nouvelle centralisation, de nature différente, autour d’un pays qui domine aujourd’hui le raffinage de ces matériaux critiques”.

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