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Les revenus de propriété, une source de la résilience des ménages

09. September 2026 um 09:42

Certes, pour affronter la cherté de la vie, les ménages ne peuvent pas compter exclusivement sur les salaires et les pensions de retraite. Les revenus de la propriété jouent un rôle important. Ils englobent les sommes perçues sur les dépôts bancaires ou postaux, les bons du Trésor, les obligations corporate et les créances diverses. Nous y trouvons également les dividendes et autres revenus distribués des sociétés, et les loyers des terrains. À noter que les revenus de la propriété ne comprennent pas les loyers des logements bâtis.

En 2025, les ménages tunisiens ont perçu 8 787,9 MDT de revenus de propriété, ce qui n’est pas rien. Ce montant représente 15% des salaires bruts reçus de la même année. Ces chiffres rappellent qu’il existe un mouvement de liquidités, parfaitement légales et bancarisées, qui transite des bilans d’entreprises et du secteur financier directement vers le compte des particuliers. Ils apportent un élément de réponse macroéconomique au paradoxe récurrent qui anime les débats à chaque fête génératrice de dépenses: d’où provient l’argent qui continue d’irriguer la consommation malgré l’inflation?

Contrairement aux salaires, qui se diffusent à l’ensemble de la population active, ces milliards de dinars ne profitent pas à tous de manière homogène. Ils bénéficient avant tout à ceux détenant un patrimoine financier ou foncier. Ce sont précisément ces tranches de revenus qui soutiennent la demande de biens durables, les loisirs, l’automobile et la consommation haut de gamme.

Mais est-ce que cela justifie l’imposition de la fortune? Les arguments dans les deux sens sont valables, mais il ne faut pas pousser les gens vers l’informel. Trouver le juste équilibre est bien une mission ardue.

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Entre 2020 et 2024, près de 160 000 entreprises ont fermé

09. September 2026 um 09:31

La crise sanitaire déclenchée en 2020 a laissé une empreinte profonde et durable sur l’économie tunisienne. Entre le déclenchement de la pandémie et l’année 2024, ce sont 159 304 entreprises privées qui ont définitivement fermé leurs portes.

 

Loin de s’être cantonné à la seule période de confinement sanitaire, ce choc s’est mué en une crise d’usure économique. Les données révèlent la fragilité d’un tissu entrepreneurial dominé par des structures individuelles sans amortisseur financier, balayées au fur et à mesure que les mesures d’urgence s’estompaient et que la crise macroéconomique s’installait.

Au plus fort des restrictions sanitaires en 2020, le nombre de radiations est resté artificiellement contenu à 20 714 unités, un niveau historiquement bas favorisé par le ralentissement de l’appareil judiciaire, les délais administratifs et les moratoires bancaires. L’effet de rattrapage ne s’est pas fait attendre. Après une remontée à 29 481 fermetures en 2021, l’année 2022 a connu un point de rupture absolu avec 59 430 cessations d’activité recensées. Ce pic s’explique par l’épuisement des liquidités des entreprises à la fin des aides exceptionnelles et la forte poussée inflationniste post-conflit ukrainien. Si le rythme a décéléré en 2023 (34 751) et en 2024 (14 928), le coût global pour le tissu productif formel demeure considérable.

 

L’hémorragie des travailleurs indépendants

Le profil des entreprises qui ont mis la clé sous la porte montre qu’il ne s’agit pas d’un démantèlement de grandes industries, mais de l’anéantissement massif du micro-entrepreneuriat. Les exploitants individuels sous statut de *personne physique représentent 91,2 % des radiations (145 357 fermetures). Ce déséquilibre se reflète encore plus nettement dans les effectifs déclarés. 96,6 % des entreprises disparues (153 921 structures) n’employaient aucun salarié. À l’inverse, les PME employant 10 salariés et plus ne comptent que pour 250 cas au total sur les cinq années, illustrant la résistance relative du capital structuré face à l’extrême vulnérabilité des petits commerçants et artisans isolés.

 

Le commerce et les services de proximité en première ligne

La structure sectorielle des fermetures met en avant les activités dépendantes des flux quotidiens de consommation et du pouvoir d’achat des ménages. Le secteur du commerce et de la réparation automobile et motocycles concentre, à lui seul, 75 135 sorties, soit 47,2 % du total, dont plus de 61 500 dans le seul commerce de détail. En deuxième position, la branche transports et entreposage totalise 20 612 disparitions (12,9 %). L’industrie manufacturière arrive en troisième position (15 330 sorties, soit 9,6 %), suivie de l’hôtellerie et de la restauration (10 201 fermetures, 6,4 %) et du BTP (8 159 sorties, 5,1 %).

Le régime onshore et les promoteurs tunisiens concentrent respectivement 98,2 % et 99,1 % des cessations d’activité. Les entités offshore ont traversé la tempête sans vague majeure de liquidations. Le fait d’avoir un marché extérieur qui affiche une demande est un garant de continuité d’activité, contrairement au marché local fortement impacté par un pouvoir d’achat effrité.

 

Les grands pôles au cœur de la tourmente

La répartition géographique des fermetures montre que le Nord-Est polarise plus de 42,4 % des sorties d’entreprises (67 660), tiré par le gouvernorat de Tunis qui compte à lui seul 21 754 cessations d’activité, suivi par Nabeul (11 012), Ben Arous (9 598) et l’Ariana (9 508). Le Centre-Est regroupe quant à lui 22,3 % des fermetures (35 457 fermetures), réparties entre Sfax (13 446), Sousse (9 905) et Monastir (7 392). Les régions de l’intérieur et du Sud, bien que moins pourvues en unités formelles, enregistrent des pertes importantes dans leurs centres urbains tels que Médenine (8 769 sorties) et Kairouan (5 993 sorties).

 

Les statistiques de la période 2020 – 2024 montrent que le choc pandémique et les tensions inflationnistes n’ont pas seulement suspendu l’activité économique. C’est vrai que sur la même période, 213 997 entreprises ont vu le jour, mais ce n’est pas nécessairement dans les mêmes domaines et qui demandent une main d’œuvre ayant les mêmes compétences. In fine, cette situation a poussé des dizaines de milliers de petits indépendants hors du circuit officiel, alimentant la précarisation du travail et le repli vers le secteur informel.

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La dangereuse inflation sous-jacente

09. September 2026 um 09:18

Parmi les chiffres les plus marquants de ces derniers jours, mais qui semblent passer inaperçus, nous trouvons l’inflation sous-jacente, celle hors produits alimentaires et énergie. Elle est à 4,9%, soit le même niveau de décembre 2025.

Ce problème est préoccupant, car une inflation sous-jacente qui persiste indique que la hausse des prix n’est plus causée par des chocs ponctuels ou volatils, mais qu’elle s’est diffusée et enracinée au cœur de l’économie. La flambée initiale des intrants ou des importations s’est transmise aux prix des services (loyers, santé, transport, restauration) et des produits industriels. Ce n’est plus une flambée saisonnière ou internationale temporaire, mais une révision continue des barèmes tarifaires domestiques.

Ce que nous allons observer, et c’est déjà le cas, ce sont les effets de second tour prix-salaires/coûts. Les entreprises répercutent leurs hausses de coûts d’exploitation et de financement pour préserver leurs marges, tandis que les salariés cherchent à compenser leur perte de pouvoir d’achat. Ces ajustements successifs de coûts de revient vont maintenir une pression haussière. Et lorsque les agents économiques s’habituent à une inflation durable, ils intègrent préventivement de futures hausses de prix dans leurs contrats, leurs devis et leurs négociations commerciales, ce qui auto-entretient la dynamique.

Pour la Banque centrale, la rigidité des prix à la baisse la contraint à conserver un taux directeur élevé, empêchant un assouplissement des conditions de crédit. Des taux d’intérêt durablement élevés, combinés à l’incertitude sur les coûts futurs, découragent l’emprunt bancaire des entreprises, réduisent l’investissement matériel et limitent le potentiel de croissance à moyen terme.

Tout cela conduit à la réduction du revenu disponible réel des ménages, pesant sur la consommation privée, le moteur de la croissance qui fonctionne encore. C’est le piège d’une spirale auto-entretenue dont l’économie peine aujourd’hui à s’extraire.

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