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Bien communiquer… ou périr

22. Juli 2026 um 12:52

Pendant plus d’une semaine, notre pays a vécu, une tension inédite, provoquée par un tsunami de fake-news, certainement dirigées par des plateformes situées à l’étranger, tournant autour de la santé du Président de la République. Elles ont donné lieu aux rumeurs les plus folles, allant jusqu’à prétendre qu’il y avait une vacance du pouvoir.

Les gens avertis et surtout les professionnels des médias tunisiens, ont dès le déclenchement de la vague d’intox, compris, qu’il s’agissait d’une campagne d’intox, visant à déstabiliser le pouvoir politique. Sauf que du côté des instances officielles, on a gardé un silence absolu. Même les porte-paroles auto-proclamés se sont subitement tus, rompant avec leurs bavardages quotidiens sur les chaînes tv et radios. Ce qui a eu pour conséquence de considérer ce silence comme une preuve de la crédibilité des informations qui circulaient. Était-ce une nouvelle stratégie de communication du côté du gouvernement, qui consisterait à laisser monter la tension politico-médiatique, avant qu’une apparition, même furtive, du président de la République ne vienne mettre fin à toutes ces rumeurs insensées et tournerait en ridicule l’adversaire invisible ?

Certaines voix dans l’opposition ont crié au piège même pour décrédibiliser l’opposition. Ou alors une faute de communication institutionnelle, dont on ne connait pas le responsable du côté du gouvernement ?

 

Aucune explication convaincante n’est venue répondre à cette question. Et ce, d’autant plus que ni la présidence ni le premier ministère n’ont de porte-parole officiel, ce qui est un choix politique. On ne peut donc que se perdre en conjectures, face à cette situation.

 

Aucune explication convaincante n’est venue répondre à cette question. Et ce, d’autant plus que ni la présidence ni le premier ministère n’ont de porte-parole officiel, ce qui est un choix politique. On ne peut donc que se perdre en conjectures, face à cette situation.

« Intoxiquez, intoxiquez … Il en restera toujours quelque chose ! »

La formule est de Goebbels, chef de la propagande nazie, à propos du mensonge. Formule, qu’on peut utiliser pour décrire la guerre d’intox actuellement en cours, utilisée particulièrement par l’opposition islamiste et qui consiste, à fabriquer un gros mensonge et se livrer à un vrai matraquage de l’opinion, via des réseaux sociaux, pour le faire passer pour une vérité absolue.

Cette fois-ci, bien que des dirigeants nahdhaouis établis à l’étranger se soient saisis de « cette aubaine » pour mener leur campagne contre le pouvoir et particulièrement contre le président de la République, l’intox a été fabriquée en Italie, un pays voisin, par une obscure officine. Celle-ci a commencé tout d’un coup à s’intéresser à notre sort, nous pauvres citoyens tunisiens. Elle propose même des candidats à la succession à la tête de l’Etat. C’est tellement invraisemblable, mais c’est pourtant vrai.

Les choses auraient pu en rester là, car qui en Italie ou ailleurs croirait à cette feuille de choux ? Sauf que cette information en quelques minutes devint virale, et circula à une vitesse incroyable, reprise systématiquement, par des pseudo-politiciens, pseudo-journalistes, et s’imposa comme vérité absolue, alors qu’il ne s’agit que d’une pure intox.

 

Si l’on a atteint ce stade, c’est parce que le système de communication du gouvernement est totalement dépassé et est devenu inadéquat. A tel point qu’un pur mensonge, qu’on aurait pu tuer dans l’œuf, est devenu une réalité politique.

 

A notre avis, si l’on a atteint ce stade, c’est parce que le système de communication du gouvernement est totalement dépassé et est devenu inadéquat. A tel point qu’un pur mensonge, qu’on aurait pu tuer dans l’œuf, est devenu une réalité politique.

On a eu déjà affaire au même genre d’intox, à propos d’un pseudo accord militaire avec notre voisin de l’Ouest. Intox qui avait valu une sortie médiatique du Président de la République de ce pays, car c’étaient de suspectes pages Facebook qui avaient été à l’origine et que certains médias français mal intentionnés avaient repris. Cela sentait à plein nez une manipulation de services, pour nuire aux relations entre nos deux pays. A Tunis on y a opposé le silence des institutions officielles concernées. Comme cette fois-ci.

L’absence de communication sur la santé du président de la République n’est pas, à notre avis, la cause principale. Car durant de décennies, pour les différents présidents de la République tunisienne, la non communication sur la santé physique ou mentale du premier magistrat, était toujours la règle. Rappelons-nous la maladie de Bourguiba et son long séjour en Suisse au début des années soixante-dix, que le secret a longtemps enveloppé ! Même qu’un grand psychiatre suisse, qui avait écrit un célèbre bouquin, appelé « Ces malades qui nous gouvernent », avait cité Bourguiba comme patient, qu’il avait classé dans la catégorie des « maniaco-dépressifs ». L’on ne sait toujours rien à ce propos.

Rappelons aussi le cancer de la prostate de Zine Al-Abidine Ben Ali, qui a été un sujet tabou, à tel point qu’un ministre et une ambassadrice avaient été limogés pour avoir laissé passer des fuites ! Rappelons-nous le cas de Béji Caïd Essebsi et son hospitalisation à l’hôpital militaire, qui avait provoqué une tentative de putsch, conduit par Ennahda et Y. El Chahed, avant que la situation ne soit retournée par la vigilance de Mohammed El Naceur, alors président de l’assemblée nationale. Le cas Moncef Marzougui, lui-même qui avait caché son hospitalisation pour des raisons de santé mentale, lorsqu’il était dans l’opposition, à l’époque de Ben Ali. Bref, la maladie des hommes politiques a toujours été un tabou, comme celle d’un dirigeant d’un parti atteint d’Alzheimer, nommé ministre, et même successeur provisoire du premier ministre, alors que tout le monde savait qu’il était gravement atteint.

 

Bref, la maladie des hommes politiques a toujours été un tabou, comme celle d’un dirigeant d’un parti atteint d’Alzheimer, nommé ministre, et même successeur provisoire du premier ministre, alors que tout le monde savait qu’il était gravement atteint.

 

Ce qui pousse à dire que la maladie d’un homme politique en Tunisie est un sujet tellement tabou, qu’on finit par ne jamais y croire. Sauf que cette fois-ci on ne s’est pas contenté d’évoquer la maladie, mais on a fabriqué un scénario virtuel, validé par un chiffon rital, derrière lequel se cache une nébuleuse para-mafieuse, et qui a réussi son coup de déstabiliser l’establishment politique tunisien. Avant que l’apparition du Président de la République lors d’une visite « surprise » au siège de la SONEDE, ne mette fin à ce lugubre présage.

Mais malgré tout, les effets pervers des opérations d’intox de cette ampleur, ne se révèlent que longtemps après. Car pour l’intox, il en restera toujours quelque chose, exactement comme pour un empoisonnement.

L’opposition islamiste décrédibilisée

En surfant sur les réseaux sociaux, on peut s’apercevoir que les pages et autres médias liés aux islamistes d’Ennahdha, se sont livrés à corps perdus dans la bataille médiatique. Car ils auraient fini vraisemblablement par prendre cette intox, délivrée par l’officine italienne, pour une information confirmée. Ce qui en dit long sur la qualité de leurs dirigeants, notamment en exil, où le fantasme de voir se reproduire un second 14 janvier, est devenu une obsession absolue. Ils se sont jetés donc à corps perdu dans cette bataille virtuelle, croyant leur heure arrivée. Cela ne semble pas le cas des autres oppositions notamment destourienne, qui ne confondent pas discours politique et discours d’intox.

 

Il en découle que les islamistes d’Ennahdha semblent avoir reçu une baffe monumentale, lorsque Kaïes Saïed, en chair et en os, a déambulé du côté de la Manouba et de Kalaat el Andalous. Une douche froide semble avoir noyé les supporters de l’islamisme.

 

Il en découle que les islamistes d’Ennahdha semblent avoir reçu une baffe monumentale, lorsque Kaïes Saïed, en chair et en os, a déambulé du côté de la Manouba et de Kalaat el Andalous. Une douche froide semble avoir noyé les supporters de l’islamisme.

Ainsi la guerre médiatique menée à force d’intox s’est retournée contre ses auteurs. L’épisode de la prison de Messadine qui serait partie en fumée, tuant les prisonniers et qui a fait plutôt des dégâts du côté des familles des détenus, n’est qu’une tentative de provoquer l’anarchie, comme au 14 Janvier 2011. La réaction des autorités a été plus sévère, puisque des dizaines d’internautes ont, selon certaines sources, été interpelés et risquent de lourdes peines.

Cet épisode de la guerre politico-médiatique entre le pouvoir et ses détracteurs s’est déroulé sur fond d’une autre crise plus sérieuse, celle du « délestage » électrique de la STEG. Toutes les régions, villes, villages, quartiers, tous les citoyens, riches ou pauvres, vieux ou jeunes, hommes ou femmes ont subit démocratiquement et dans un sens égalitaire, les conséquences parfois très graves, des coupures de courant. Plusieurs facteurs expliquent cette incapacité de la société nationale à assurer la sécurité énergétique. Et ce, à un moment où les grands changements climatiques ont provoqué une élévation exceptionnelle de la température.

 

La Tunisie a mal d’abord dans sa communication institutionnelle ! Depuis toujours ! Commençons par là avant de disserter sur la liberté d’expression. Car un Etat qui communique mal est un Etat qui ne pourra plus jamais gérer les grands moments de crise.

 

Cette fois, cette situation qu’on peut qualifier de catastrophe naturelle, a aussi fait l’objet de manipulations politico-médiatiques visant à prouver l’incapacité du gouvernement à gérer une situation que tout le monde prévoyait. Tout le monde veut la tête du PDG et des responsables, comme si couper des têtes peut résoudre le problème. Mais n’avons-nous pas tous besoin de bouc émissaire ?

Encore une fois l’absence d’une vraie communication professionnelle dans cette entreprise qui était le fleuron de notre industrie, est patent. Cela ne fait que confirmer que le problème numéro un de l’Etat tunisien est son incapacité à communiquer et sa tendance à la rétention de l’information comme première règle qui régit tous les échelons de la bureaucratie.

La Tunisie a mal d’abord dans sa communication institutionnelle ! Depuis toujours ! Commençons par là avant de disserter sur la liberté d’expression. Car un Etat qui communique mal est un Etat qui ne pourra plus jamais gérer les grands moments de crise.

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Eau, patrimoine et gouvernance publique :  vers une lecture stratégique de l’action de l’État 

Von: tmps
22. Juli 2026 um 08:26

Par Mondher AFI

Le 18 juillet 2026, le Président de la République, Kaïs Saïed, s’est rendu au complexe hydraulique de Ghedir El Golla, relevant de la Société nationale d’exploitation et de distribution des eaux (SONEDE), avant de poursuivre sa visite dans la région de Qantara Bizerte, au sein de la délégation de Kalaat El Andalous. Cette visite s’inscrit dans un contexte marqué par l’intensification des enjeux liés à la sécurité hydrique, à la préservation des infrastructures stratégiques et à la gestion durable des ressources naturelles.

Au-delà de sa portée institutionnelle, elle met en lumière les défis structurels auxquels la Tunisie demeure confrontée en matière de mobilisation, de sécurisation et de gouvernance de l’eau, de protection du patrimoine hydraulique national et de modernisation des équipements indispensables à la continuité du service public. Elle renvoie également aux impératifs de résilience face aux effets du changement climatique, à l’accroissement des pressions sur les ressources disponibles et à la nécessité d’une planification intégrée conciliant sécurité hydrique, développement territorial et souveraineté nationale.

L’eau ne constitue plus uniquement une ressource naturelle indispensable à la satisfaction des besoins fondamentaux des populations. Elle est devenue un déterminant majeur de la souveraineté des États, de la sécurité nationale, de la compétitivité économique, de la cohésion territoriale et de la stabilité sociale. Dans un contexte international marqué par l’intensification des effets du changement climatique, la croissance démographique, l’urbanisation accélérée et l’augmentation continue des besoins agricoles, industriels et énergétiques, la maîtrise des ressources hydriques s’impose désormais comme une composante essentielle des politiques publiques et de la planification stratégique. La capacité d’un État à sécuriser durablement ses ressources en eau conditionne de plus en plus son autonomie de décision, sa résilience face aux crises et la pérennité de son modèle de développement.

Pour les pays soumis à un stress hydrique structurel, la gestion de l’eau ne peut plus être réduite à une succession de mesures destinées à répondre aux situations de pénurie. Elle suppose une gouvernance anticipative fondée sur une vision de long terme intégrant les dimensions environnementales, économiques, sociales, technologiques et institutionnelles. Cette approche implique une meilleure connaissance des ressources disponibles, une planification rigoureuse des investissements, une modernisation permanente des infrastructures, une rationalisation des usages, une diversification des sources d’approvisionnement ainsi qu’une mobilisation des innovations scientifiques permettant d’améliorer l’efficacité de la gestion hydraulique.

En Tunisie, les tensions observées depuis plusieurs années autour de la disponibilité de l’eau dépassent largement les seules conséquences des épisodes de sécheresse ou de l’élévation des températures. Si la diminution des précipitations, la succession des années déficitaires, l’augmentation de l’évaporation et l’irrégularité croissante des régimes pluviométriques exercent une pression réelle sur les ressources disponibles, ces facteurs naturels ne suffisent pas, à eux seuls, à expliquer l’ampleur des difficultés auxquelles le pays est confronté.

 

L’eau, un enjeu stratégique

De nombreux travaux soulignent que la crise actuelle résulte également de facteurs structurels accumulés sur plusieurs décennies. Les choix d’aménagement du territoire, l’orientation de certaines politiques agricoles vers des productions fortement consommatrices d’eau, l’exploitation croissante des nappes souterraines, le vieillissement des réseaux de transport et de distribution, les pertes importantes enregistrées au sein des infrastructures hydrauliques, les retards dans les opérations de maintenance, l’envasement progressif de plusieurs barrages ainsi que l’insuffisance des investissements consacrés aux nouvelles technologies de mobilisation et de valorisation des ressources non conventionnelles ont progressivement réduit les marges de sécurité hydraulique du pays.

À ces contraintes s’ajoutent des défis institutionnels liés à la fragmentation des responsabilités, à la complexité des mécanismes de coordination entre les différents acteurs publics, à la faiblesse des systèmes de suivi et d’évaluation ainsi qu’à l’absence d’une gouvernance intégrée permettant d’articuler efficacement les politiques de l’eau, de l’agriculture, de l’environnement, de l’aménagement du territoire et du développement régional. Dans ces conditions, la gestion de l’eau tend à s’inscrire davantage dans une logique de réaction face aux urgences que dans une stratégie fondée sur l’anticipation, la prévention et la résilience.

Les interruptions récurrentes de l’approvisionnement, les difficultés rencontrées dans plusieurs régions ainsi que les tensions croissantes entre les différents usages de l’eau ne constituent donc pas uniquement des dysfonctionnements techniques ou des conséquences conjoncturelles des aléas climatiques. Elles révèlent les limites d’un modèle de gouvernance confronté à des transformations profondes de son environnement naturel, économique et démographique. La crise hydrique apparaît ainsi comme le symptôme d’un déséquilibre plus global entre les ressources disponibles, les modes de consommation, les capacités d’investissement et les mécanismes de pilotage des politiques publiques.

Dans cette perspective, la question de l’eau dépasse désormais le champ des infrastructures hydrauliques pour devenir un enjeu transversal de politique publique. Elle engage simultanément la sécurité alimentaire, la santé publique, le développement industriel, la protection des écosystèmes, la justice territoriale et la souveraineté nationale. La réponse à ces défis ne repose pas uniquement sur l’accroissement des capacités de stockage ou la réalisation de nouveaux ouvrages, mais sur la construction d’un modèle de gouvernance capable d’intégrer les impératifs de durabilité, d’efficacité économique, d’équité sociale et de résilience climatique dans une vision stratégique cohérente et de long terme.

 

La gouvernance des infrastructures : entre responsabilité et coordination

La visite des installations de Ghedir El Golla met en évidence une question essentielle : la qualité d’une infrastructure dépend autant de sa conception que de son mode de gouvernance.

Les réseaux hydrauliques reposent sur une coordination permanente entre les différents niveaux de décision, les opérateurs techniques, les collectivités territoriales et les autorités publiques. Toute défaillance dans cette chaîne peut produire des conséquences importantes sur la continuité du service public.

Au milieu de cette visite, le Président Kaïs Saïed a insisté sur la nécessité d’une meilleure coordination entre les différents intervenants et sur la responsabilité des responsables en cas de manquements constatés. Cette position renvoie à un principe classique de la gouvernance publique : l’efficacité d’une politique dépend autant de la qualité des décisions que de leur mise en œuvre effective.

La visite du chantier de protection contre les inondations de l’oued Medjerda met en évidence que les politiques de l’eau ne peuvent être envisagées sous le seul angle de la gestion des pénuries. Les transformations climatiques se traduisent par une alternance plus marquée entre sécheresses prolongées et épisodes pluvieux de forte intensité, exposant les territoires à des risques hydrologiques de plus en plus complexes. Dans ce contexte, les ouvrages hydrauliques doivent être intégrés dans une stratégie globale associant prévention des inondations, amélioration des capacités de stockage, recharge des nappes phréatiques, valorisation des eaux pluviales et protection des espaces vulnérables. Cette approche repose sur une planification territoriale capable d’articuler adaptation climatique, gestion des risques et développement durable.

La restauration du pont historique de Qantara Bizerte, édifié en 1608, s’inscrit dans une problématique complémentaire liée à la préservation du patrimoine. Les monuments historiques ne constituent pas uniquement des témoins du passé, ils représentent des ressources culturelles, sociales et économiques contribuant à l’identité des territoires, à leur attractivité et à leur développement. Leur conservation exige une politique publique fondée sur l’entretien régulier, l’expertise scientifique, la protection juridique et la coordination entre les institutions nationales et les collectivités territoriales, afin d’assurer la transmission de ce patrimoine tout en l’intégrant aux dynamiques contemporaines de développement local.

 

Vers une nouvelle culture de la gouvernance publique

Les tensions récurrentes observées autour de l’accès à l’eau mettent en évidence le caractère multidimensionnel de la question hydraulique. Elles montrent que les difficultés rencontrées ne peuvent être interprétées comme la simple conséquence d’insuffisances techniques ou de contraintes climatiques conjoncturelles. La raréfaction progressive des ressources disponibles, l’évolution des besoins des différents secteurs économiques, les disparités territoriales dans l’accès aux services publics ainsi que les effets du changement climatique confèrent à la gestion de l’eau une dimension stratégique qui dépasse largement le cadre de l’ingénierie hydraulique.

Dans cette perspective, les défis actuels invitent à une réflexion plus globale sur les mécanismes de gouvernance, les modes de planification et les capacités institutionnelles mobilisés dans la gestion des ressources naturelles. La question ne se limite plus à accroître les capacités de stockage ou à renforcer les réseaux de distribution, elle renvoie également à la nécessité de développer des dispositifs de pilotage capables d’articuler les politiques de l’eau avec celles de l’agriculture, de l’énergie, de l’environnement, de l’aménagement du territoire et du développement régional. L’efficacité des réponses publiques dépend en grande partie de cette capacité à dépasser les approches sectorielles au profit d’une vision intégrée prenant en compte les interactions complexes entre les différentes dimensions du développement.

Les mobilisations citoyennes liées aux difficultés d’accès à l’eau révèlent des attentes qui dépassent la seule continuité du service public. Elles mettent en lumière les enjeux d’équité territoriale, de qualité de la gouvernance et de confiance institutionnelle.

L’évolution de la situation hydraulique en Tunisie dépendra moins de la mise en œuvre de réponses ponctuelles aux épisodes de pénurie que de la capacité des politiques publiques à s’inscrire dans une approche stratégique, intégrée et prospective. Une telle orientation suppose d’articuler l’adaptation au changement climatique, la modernisation des infrastructures hydrauliques, l’amélioration de l’efficience des réseaux de distribution, la rationalisation des usages agricoles, le développement des ressources en eau non conventionnelles, le recours aux innovations technologiques ainsi que le renforcement des mécanismes de gouvernance et de coordination institutionnelle.

Dans cette perspective, l’enjeu dépasse la seule gestion opérationnelle des crises hydriques. Il concerne la capacité des institutions à anticiper les évolutions environnementales, démographiques, économiques et territoriales susceptibles de modifier durablement l’équilibre entre l’offre et la demande en eau. Cette anticipation implique le développement d’outils de planification, de systèmes d’information fiables, d’une évaluation régulière des politiques publiques et d’une gouvernance fondée sur la coordination entre les différents secteurs concernés.

À mesure que les ressources hydriques deviennent plus limitées et que leur répartition fait l’objet de tensions croissantes, la gestion de l’eau tend à s’imposer comme une question transversale mobilisant des enjeux de sécurité alimentaire, de développement économique, d’aménagement du territoire, de protection des écosystèmes et de cohésion sociale. Dans ce contexte, les choix relatifs à la politique de l’eau ne relèvent pas uniquement de considérations techniques ou administratives, ils constituent un domaine stratégique dont les orientations influencent, à moyen et à long terme, les trajectoires de développement et les capacités de résilience de l’État face aux transformations climatiques et environnementales.



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