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Bac 2026 : les statistiques par région donnent froid dans le dos 

Von: farhat
29. Juni 2026 um 10:11

Lorsqu’on passe du simple au double dans l’analyse du tableau des taux de réussite d’un gouvernorat à un autre, il y a de quoi se préoccuper sérieusement. Il ne s’agit plus de défaillances individuelles, mais de manque d’équité à plus d’un niveau et pas uniquement en matière d’infrastructure…

Pour revenir aux chiffres officiels de la session principale communiqués par le ministère de l’Education, il y a lieu de rappeler que le taux de réussite national qui s’établit à 35,67% affiche son niveau le plus bas depuis cinq ans, en recul constant par rapport à 2025 (37,08%) et surtout 2024 (42,20%).

Sur les 154.928 candidats au départ, seuls 55.259 ont décroché leur baccalauréat du premier coup, tandis que 50.236 élèves (32,43%) auront à tenter de nouveau leur chance lors de la session de contrôle.

Or, ce qui est encore plus préoccupant, c’est la répartition des élèves admis par région. Un classement qui révèle de profondes différences qui viennent confirmer que les candidats ne partent pas, la veille des examens, avec les mêmes chances de réussite.

C’est que la lecture du tableau de répartition des élèves admis révèle de profondes inégalités régionales entre le littoral et les régions de l’intérieur.

Comme c’est le cas quasiment chaque année, le pôle d’excellence se situe toujours dans le littoral et garde ses principales composantes. La région de Sfax confirme son hégémonie historique sur l’éducation tunisienne. Ainsi, Sfax 2 arrive en tête du pays avec un taux de réussite de 55,16%, immédiatement talonné par Sfax 1 à hauteur de 52,61%. Le Sud-Est et le Centre-Est se distinguent également avec Médenine (49,25%), Mahdia (46,85%) et Monastir (45,34%). Les grands centres urbains de la capitale (Ariana, Ben Arous et Tunis 1) naviguent quant à eux dans une fourchette honorable située entre 41% et 42,51%.

Un clivage persistant

Or, c’est dans la seconde moitié du tableau que des vérités douloureuses se confirment d’une année scolaire à l’autre et d’une session de baccalauréat à une autre. La fracture de l’intérieur est plus qu’évidente et elle est surtout confirmée par quelques régions et gouvernorats qui demeurent «fidèles» aux dernières places. Ainsi, la région de Jendouba enregistre la plus lourde contre-performance nationale avec un taux de réussite de seulement 26,48%. L’écart abyssal entre le sommet (Sfax 2) et le bas du classement (Jendouba) atteint 28,68 points de pourcentage. Sans commentaire…

Cette répartition traduit un clivage persistant entre les régions côtières, généralement mieux dotées en infrastructures et ressources pédagogiques, et les zones intérieures nettement défavorisées. Et il n’y a pas que l’infrastructure qui fait la différence puisque d’autres facteurs entrent en jeu pour favoriser des régions et desservir d’autres.

A titre d’exemple, les meilleurs enseignants se trouvent dans les régions côtières et celles qui disposent de meilleures conditions de vie et de séjour. Ces enseignants bénéficient de leur ancienneté pour s’installer dans les grandes villes, privant les candidats des régions de l’intérieur de leur expérience et leur savoir-faire.

Une injustice régionale qui interpelle

C’est dire que ces différences ne s’expliquent pas uniquement par des facteurs scolaires. Les conditions de vie jouent également un rôle majeur dans les performances des élèves. Bien que le taux national d’accès à l’eau potable dépasse 95%, certaines régions restent en dessous de cette moyenne : Kasserine (62,5%), Kairouan (63,4%), Jendouba (70,6%), Siliana (72,8%) et Le Kef (73,1%). Ces chiffres traduisent des difficultés liées aux infrastructures, aux coupures d’eau et aux inégalités d’accès aux services publics, qui influencent directement les conditions d’apprentissage.

Autre facteur non moins important à relever, le décrochage scolaire constitue également un indicateur préoccupant. Environ 91.000 élèves ont quitté l’école durant l’année scolaire 2021-2022, un phénomène particulièrement fréquent dans les régions défavorisées. Les difficultés économiques, l’éloignement géographique et la faiblesse des perspectives professionnelles augmentent le risque d’abandon scolaire, surtout durant la période du collège. Là aussi, de potentiels bons élèves n’ont pas la chance d’aller jusqu’au bout de leurs études secondaires et sont obligés de jeter l’éponge alors qu’ils disposent d’un bagage éducatif qui leur permet de s’imposer parmi les meilleurs.

Pour aller directement au but, il y a lieu de rappeler que ces difficultés scolaires s’inscrivent dans un contexte plus large marqué par le chômage, la pauvreté et la marginalisation sociale dans des régions qui ne récoltent que les promesses alors qu’elles sont quasiment privées de tout depuis de longues décennies.

Et ce ne sont pas les résultats du baccalauréat 2026 qui ont créé de telles inégalités, mais ils sont là pour les mettre en évidence, appelant l’Etat à prendre sérieusement conscience de cette amère vérité et à mettre en place une politique globale associant développement régional, amélioration des services publics et renforcement du système éducatif afin de garantir une réelle égalité des chances pour tous les candidats. Car, qu’on le veuille ou non, il s’agit d’une sorte d’injustice qui n’a plus sa raison d’être et qui ne doit plus durer.

Kamel ZAIEM

Taux de réussite par gouvernorat 

Sfax 2 : 55,16%

Sfax 1 : 52,61%

Médenine : 49,25%

Mahdia : 46,85%,

Monastir : 45,34%

Sousse : 44,77%

Ariana : 42,51%

Ben Arous : 41,75%

Tunis 1 : 41,64%

Gabès : 41,26%

Nabeul : 41,13%

Tunis 2 : 40,49%

Tataouine : 39,69%

Bizerte : 37,67%

Kébili : 36,27%

Manouba : 35,89%

Sidi Bouzid : 34,58%

Beja : 34,11%

Kairouan : 33,78%

Le Kef : 32,50%

Zaghouan : 31,44%

Tozeur : 31,04%

Siliana : 30,52%

Gafsa : 28,57%

Kasserine : 26,66%

Jendouba : 26,48%

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