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Bizerte | Vers l’émergence d’un hub numérique sud-méditerranéen

02. April 2026 um 07:55

L’arrivée stratégique du câble sous-marin Medusa à Bizerte ouvre des perspectives inédites pour le développement d’infrastructures numériques de pointe dans la région. C’est dans ce cadre qu’une expertise de haut niveau en ingénierie numérique a récemment exploré la viabilité de l’implantation de data centers au sein de ce gouvernorat du nord de la Tunisie. (Photo : Medusa fait de Bizerte la porte d’entrée naturelle des flux numériques entre l’Europe et l’Afrique).

Lotfi Sahli

Sollicité pour apporter un éclairage technique sur les spécificités du paysage énergétique local, cet échange a permis d’évaluer comment transformer cette connectivité internationale en un levier de croissance concret. L’objectif est clair : harmoniser les capacités de la fibre optique avec les ressources territoriales pour positionner Bizerte comme un pôle technologique majeur, prêt à accueillir les défis de l’intelligence artificielle (IA) et de l’économie de la donnée.

Mutation des forteresses numériques

Pour comprendre l’enjeu, il faut d’abord définir ce qu’est un data center moderne. Ces infrastructures, véritables poumons de l’Internet, ne sont plus de simples entrepôts de serveurs. Elles se classent désormais selon une hiérarchie de puissance et de service :

Le Petit/Edge (< 1 MW) : déployé localement (bureaux, usines) pour garantir une latence minimale.

Le Moyen (1-10 MW) : le standard pour la colocation d’entreprises.

Le Grand (10-100 MW) : opéré par les grands fournisseurs de Cloud.

L’Hyperscale (> 100 MW) : des infrastructures colossales portées par les géants comme Google ou AWS, capables de gérer des flux mondiaux sur des surfaces dépassant les 50 000 m².

Au-delà de la taille, c’est la densité par baie (ou rack) qui dicte la complexité technique. Si une baie standard consomme entre 5 et 10 kW, l’explosion de l’IA et du calcul intensif (HPC) propulse les besoins vers des sommets de 40 à 60 kW, transformant chaque armoire en une source de chaleur intense qu’il faut impérativement maîtriser.

Les data center moderne, véritables poumons de l’Internet, ne sont plus de simples entrepôts de serveurs.

L’efficacité énergétique, juge de paix du PUE

Dans cette course à la puissance, la rentabilité et l’écologie se rejoignent autour d’un indicateur clé : le Power Usage Effectiveness (PUE). Il mesure le rendement énergétique en comparant l’énergie totale consommée par le centre à celle réellement utilisée par les serveurs.

PUE= Puissance totale consommée en KWH/Energie IT en KWH.

Un score de 1,0 représente la perfection théorique. Aujourd’hui, les projets les plus ambitieux visent un PUE situé entre 1,1 et 1,3. Pour y parvenir, l’innovation se porte sur le refroidissement, qui représente souvent 40 % de la facture électrique :

Free cooling : utilisation de l’air extérieur pour refroidir les circuits, réduisant la climatisation de 70 à 90 % ;

Refroidissement adiabatique : vaporisation d’eau pour abaisser la température par évaporation, une solution très économe en énergie ;

Liquid Cooling (Direct-to-Chip) : cette technologie émergente, qui sera présente dans 20 % des nouveaux centres d’ici fin 2026, utilise un liquide caloporteur circulant directement sur les processeurs. Elle est 1 000 fois plus efficace que l’air pour gérer les charges de travail liées à l’IA.

Medusa, le détonateur de la souveraineté numérique

L’atterrissement du câble sous-marin Medusa à Bizerte en novembre 2025 change radicalement la donne pour la Tunisie. Reliant la Tunisie à la France (Marseille) et à 12 autres pays, ce lien de fibre optique de 8 700 km offre une capacité vertigineuse de 24 Tbps.

En multipliant la bande passante par dix et en garantissant une latence inférieure à 10 ms, Medusa fait de Bizerte la porte d’entrée naturelle des flux numériques entre l’Europe et l’Afrique. Cette connectivité directe permet d’envisager l’hébergement local de données critiques, renforçant ainsi la souveraineté numérique tunisienne.

SoleCrypt : un phare à Bizerte

C’est précisément sur ce terreau fertile que germe le projet de SoleCrypt, en partenariat avec Schneider Electric. Annoncé en janvier 2026, ce cluster de data centers durables au sein du Parc d’activités économiques de Bizerte (PAEB) se veut exemplaire :

Puissance et échelle : une capacité totale prévue de 20 MW (phase initiale de 10 MW) en architecture Tier III.

Optimisation IA : utilisation des architectures Nvidia et du refroidissement liquide pour supporter des densités allant jusqu’à 80 kW par baie.

Énergie Verte : pour limiter son empreinte carbone, le cluster sera couplé à un projet de production solaire de 60 MW basé à Tozeur.

Sous l’impulsion d’Amir Ben-Gacem, SoleCrypt ne se contente pas de bâtir une infrastructure ; le projet crée un écosystème. La proximité immédiate (2 km) des câbles sous-marins et l’expertise locale en gestion énergétique font de ce site l’un des futurs poumons numériques de l’Afrique.

Vers un corridor numérique méditerranéen

La convergence entre la puissance de Medusa, l’innovation technique du refroidissement liquide et la maîtrise du paysage énergétique local dessine un avenir prometteur. La Tunisie ne se positionne plus seulement comme un consommateur de technologies, mais comme un hébergeur de classe mondiale, capable d’attirer les fintechs et les laboratoires d’IA les plus exigeants.

Bizerte, forte de son histoire et de sa géographie, s’impose désormais comme le pivot central de cette révolution numérique durable.

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Du solaire au cloud : Londres mise sur un méga-projet tunisien pour 2027

20. November 2025 um 10:44

Il suffit parfois d’une tournée dans le Sud pour mesurer les lignes de force d’un partenariat. Ces derniers jours, l’ambassadeur du Royaume-Uni en Tunisie, Roddy Drummond, a parcouru Tozeur, Tataouine, Douz et Chenini. De cette immersion, il rapporte, sur les ondes de Diwan FM, un récit fait d’énergie solaire, d’innovation numérique et de traditions menacées. Un croisement rare entre futurisme technologique et mémoire ancestrale.

Un méga-projet solaire

Dans le désert de Tozeur, le diplomate évoque un chantier appelé à transformer l’échelle des ambitions tuniso-britanniques : le projet “SoleCrypt”, dont le site T60 constitue la première étape de développement.

Les équipes viennent d’y franchir deux jalons clés — sécurisation intégrale du périmètre et installation du camp de base — ouvrant la voie aux premières opérations techniques. La mise en service du premier volet est attendue pour 2027.

L’objectif est d’installer, à travers ce premier module solaire de 60 MW, l’infrastructure énergétique initiale du futur écosystème SoleCrypt, qui intègre également des composantes numériques à haute efficacité énergétique. Ce développement s’inscrit dans une architecture plus large, reliée à terme au câble sous-marin Medusa, destiné à renforcer la connectivité entre la Tunisie, l’Europe et l’Afrique.

M. Drummond insiste sur le fait que cette première phase n’est qu’un socle : le projet est conçu pour s’étendre par modules successifs, jusqu’à atteindre une échelle industrielle de plusieurs centaines de mégawatts. Une montée en puissance qui repositionnerait durablement la Tunisie dans le paysage énergétique et numérique régional.

Tataouine : la jeunesse comme moteur silencieux

Plus à l’est, à Tataouine, le diplomate observe une autre Tunisie. Celle de jeunes développeurs, incubateurs et micro-entreprises numériques qui, malgré l’absence d’écosystèmes lourds, inventent des solutions locales.

“Très encouragé”, dit-il.
Le Royaume-Uni soutient des centres de compétences digitales et mise, à long terme, sur une génération flexible et entraînée à naviguer dans un monde remodelé par l’intelligence artificielle.

Chenini et Douz : au cœur de la mémoire et des femmes

À Chenini, l’ambassadeur change totalement de registre. Dans ce village suspendu au-dessus du désert, il découvre un projet de documentation patrimoniale porté par le British Council, l’Université de Durham et l’INP tunisien. Drones, modélisations 3D, relevés climatiques : la haute technologie au service d’un patrimoine vulnérable.

Mais ce sont les femmes qui retiennent surtout son attention.
“Gardiennes de la mémoire locale”, dit-il, fascinées par la transmission du tissage, des teintures naturelles, des récits et des gestes qui font l’identité de la région. Le diplomate insiste : soutenir ces femmes, c’est préserver un pan du patrimoine tunisien qui s’effiloche.

Le numérique comme espace à protéger

Dans un autre registre, plus contemporain, Londres travaille avec ONU Femmes et les Scouts tunisiens pour lutter contre la violence en ligne visant les femmes. Sensibiliser, protéger, encourager les victimes à “speak up” : l’ambassade place le cyberharcèlement au rang des priorités.

“Aychek”, Kaak Warka et un pays résumé en un mot

Dans cet entretien, Roddy Drummond se livre aussi un peu. Il confie son goût pour le Kaak Warka, pour le couscous au calamar farci de Sfax, pour le dialecte tunisien où son mot préféré est “Aychek”, qu’il trouve plus doux et plus chaleureux que “Choukran”.

Quant à la Tunisie, il la résume en un mot : “Diversité.” Diversité des paysages, des cuisines, des cultures, des horizons. Une manière diplomatique, mais sincère, d’expliquer pourquoi il sillonne autant le pays.

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