Mille et une nuits à Téhéran | Shahrayar tout feu tout flammes
Le soir venu, le ciel de l’Iran, pays des shahs, s’illumine, il est tout feu tout flamme. Une stratégie bien connue et bien rodée depuis par les forces occidentales. Frapper l’ennemi quand il s’y attend le moins. La nuit ne porte plus conseil : elle est devenue synonyme d’angoisse et augure de longues heures de prières muettes et de douâs (supplications).
Mohsen Redissi *

Les appels à la clémence d’Allah sont chaque fois interrompus par les fracas des bombes touchant les bâtiments. Des cris de douleur d’hommes et de femmes ayant perdu des proches derrière chaque déflagration. Hélas, leurs lamentations sont couvertes par les sanglots longs des blessés profondément touchés dans leur chair.
L’espace aérien iranien est traversé de part en part par de toute sorte d’objets volants reconnaissables à la traîne que chaque missile laisse derrière lui. Les naïfs les prendront pour des étoiles filantes. Du missile balistique tiré de très loin, visible que lorsqu’il entre dans l’atmosphère via une traînée de nuages en forme de cloche qu’il laisse derrière lui, au missile de croisière, le Tomahawk, aussi tranchant dans les guerres modernes que son ancêtre, la hache de guerre des amérindiens.
Tous pour Israël
Dans ce contexte de guerre céleste, il est plus facile pour les populations de passer de vie à trépas. Leur unique tort est de ne pas avoir pu voir la mort venir, tombée des cieux comme par enchantement. Une mort pas très douce, bénie par les nouveaux dieux de la guerre. Un châtiment. On se croirait en enfer. A chacun sa baraka.
La Société des Nations hostiles à l’Iran (SDN-HI) formée de superpuissances, adversaires farouches du régime des mollahs, est un soutien indéfectible publiquement, militairement et diplomatiquement, d’Israël au détriment de toute convenance, entraînant ainsi un déséquilibre dans tout le Moyen-Orient.
Cette nouvelle Société des nations considère que le règne des mollahs doit prendre fin sous prétexte que ses dirigeants sont sans indulgence aucune envers les revendications de leur peuple. Elle a décidé d’un commun accord avec l’allié et donneur d’ordre israélien d’éliminer l’éminence grise et spirituelle du régime en menant des frappes à l’intérieur de l’Iran.
Des histoires sans fin
L’histoire américaine avec l’Iran semble être une histoire sans fin. C’est le seul pays au Proche-Orient, y compris Israël et hormis le Yémen, qui ne dépend pas des dons des Américains et de leurs larges subsides, ou de leur protection militaire pour rester en place dans le cas d’un conflit avec un pays voisin.
Jadis, Shéhérazade avait inventé le conte à épisodes pour calmer les ardeurs et le penchant meurtrier de Shahrayar gardant ainsi la tête sur les épaules.
Shahrayar, personnage dominateur et manipulateur, excelle dans le maniement de la carotte et du bâton. Dans son bureau ovale, il a su doser son langage soporifique à bon escient, laissant croire que son équipe est en discussion avec les parties adverses pour trouver une solution à leurs différends, faisant planer en même temps sur leur tête le spectre d’une intervention militaire. Son épée de Damoclès est une armada de bâtiments de guerre qui ont mouillé dans les eaux territoriales en Méditerranée de l’Est et dans le golfe Persique. La forme suprême de la dissuasion.
Pendant des mois et des mois, Shéhérazade et Shahrayar se racontent des histoires dont l’entracte est l’enrichissement de l’uranium, créant ainsi un fort suspense et une tension palpable dans les déclarations de chacune des parties. Puis, les discussions reprennent aussitôt directement ou via des émissaires. Ce stratagème dure pendant plus de mille et une nuits, depuis des lustres. Le monde ne croit plus à ces histoires sans fin.
Shéhérazade multiplie les histoires et fait preuve d’ingéniosité pour garder la tête sur les épaules. Shahrayar lui fait planer le spectre d’une confrontation inéluctable qui engendrerait la désolation. L’objectif prioritaire et la finalité de Washington est de faire taire les centrifugeuses iraniennes et l’abandon du développement de missiles balistiques. D’autres exigences peuvent être mises sur la table de dissuasion.
Finalement, Shahrayar, fatigué de ce jeu macabre, a estimé qu’un changement de régime en Iran serait sa meilleure option. Il a joué son dernier coup en lançant sur l’Iran une opération militaire d’envergure avec son allié israélien «Fureur épique». Échec et mat, comble pour la civilisation du Shatranj.
* Fonctionnaire à la retraite.
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