Une publication issue de cinq rencontres littéraires, organisées dans différents espaces culturels à Tunis, de juillet à décembre 2024, à l’occasion de la célébration du centenaire de la naissance de l’Italien Italo Calvino (1923-1985). Elle offre une relecture dans les œuvres les plus remarquables d’Italo Calvino qui est l’un des écrivains italiens les plus lus dans le monde arabe.
«Calvino a Tunisi» (Calvino à Tunis) est un livre en italien édité fin décembre 2024 par l’Institut culturel italien de Tunis (IIC), en collaboration avec onze auteurs et six illustrateurs tunisiens et italiens. Il s’agit d’une publication issue de cinq rencontres littéraires, organisées dans différents espaces culturels à Tunis, de juillet à décembre 2024, à l’occasion de la célébration du centenaire de la naissance de l’Italien Italo Calvino (1923-1985). Elle offre une relecture dans les œuvres les plus remarquables d’Italo Calvino qui est l’un des écrivains italiens les plus lus dans le monde arabe.
Ces rencontres ont réuni 5 auteurs et 6 illustrateurs afin d’interpréter et réfléchir sur les cinq chapitres qui composent le dernier livre inachevé de Calvino “Leçons américaines”. La liste des auteurs, tous traduits et publiés en italien, comprenait Chokri Mabkhout (linguiste et écrivain), Inès Abassi (poétesse, romancière et auteure de livres pour enfants), Azza Filali (médecin et écrivaine), Ali Becheur, (romancier, essayiste et nouvelliste) et Amira Ghenim (romancière, universitaire et linguiste).
Cet opus de 124 pages, édité chez Mesogea, est composé de textes d’auteurs et illustrations d’artistes issus de divers univers, entre bandes dessinées et arts plastiques. Ce livre a fait l’objet d’une rencontre, lundi, au Parc des expositions du Kram, dans le cadre de la 39e Foire internationale du livre de Tunis (25 avril-4 mai 2025), en présence du directeur de l’IIC Fabio Ruggirello, l’écrivaine Amira Ghenim, l’artiste Sonia Bensalem, l’Italianiste Mario Sei (expert en Littérature italienne contemporaine) et Chiara Comito ayant dirigé les rencontres de 2024.
Intervenant lors de la présentation de l’ouvrage «Calvino a Tunisi», Amira Ghenim a évoqué «un auteur très difficile à lire» qu’elle découvre dans son ouvrage posthume ‘Leçons américaines’. Expliquant son choix d’aborder la thématique de l’Exactitude, dans «Calvino a Tunisi», — et précédemment lors d’une rencontre organisée en novembre 2024 avec l’arabisante et traductrice Barbara Teresi —, Amira Ghenim a rappelé un chapitre faisant partie des cinq valeurs que Calvino voulait transmettre au nouveau millénaire (Légèreté, Rapidité, Précision, Visibilité et Multiplicité). Dans ce chapitre, elle évoque un Calvino portant la casquette du linguistique et qu’elle découvre à travers ses multiples lectures de la linguistique américaine et française qu’incarnent Noam Chomsky (1928) et le Suisse Jean Piaget (1896-1980) dans des entretiens mentionnés dans « Leçons américaines ».
L’autrice du roman multitraduit «Nazelat Dar El Akaber» (Le désastre de la maison des notables) (2020), notamment en italien («La casa dei notabili» (2022), s’attarde sur la question du rapport entre «la capacité de la langue à exprimer les pensées enfouies dans l’esprit» que se pose Calvino dans son œuvre. « Est-ce que la langue humaine a la capacité d’exprimer tout ce que le locuteur a dans la tête, dit-elle, en s’interrogeant sur cette perspective à partir de laquelle Calvino pose les premières strates de son raisonnement sur l’exactitude ».
Elle désigne un chapitre dans lequel Calvino «cherche à expliquer ce que veut dire Exactitude en Littérature d’une manière très laborieuse». Pour l’auteur italien, «l’écriture n’est pas une inspiration fugace, intuitive et spontanée, mais exige l’élaboration d’un plan, ce qui constitue la première couche d’écriture littéraire, puis vient la capacité de l’écrivain à transformer les idées en images visuelles».
La romancière explique comment l’auteur s’attarde plutôt sur l’usage du langage ou comment être précis en utilisant le lexique et en travaillant sur les nuances. Elle continue dans son raisonnement en évoquant la comparaison que Calvino établit entre deux manières d’être pour l’écrivain; l’une est celle de la « flamme », à laquelle Amira Ghenim estime appartenir, et l’autre celle du « cristal » dans laquelle l’auteur italien se voit.
Autour de cette même notion d’Exactitude dans l’écriture, l’écrivain et enseignant de civilisation et littérature italiennes à l’Université de La Manouba de Tunis, Mario Sei, précise que Calvino la décrit comme une sorte de réaction pour protester contre ce qu’il appelle la peste du langage et de la prolifération des images».
La consécration internationale de Calvino, y compris dans le monde arabe, est survenue suite à la publication posthume des « Leçons américaines » en 1988. Des dizaines de traductions, notamment de ses œuvres les plus féeriques, ont été publiées dans plusieurs pays arabes, parmi lesquels la Syrie, l’Egypte, l’Irak, le Koweït, l’Arabie saoudite et la Tunisie.
Calvino est décédé subitement en 1985, quelques mois seulement avant son départ pour les Etats-Unis où il avait été invité par l’Université Harvard à donner six conférences sur le thème du nouveau millénaire. L’auteur a achevé la rédaction de cinq conférences seulement, donnant à chacune le titre d’une des caractéristiques que, selon lui, l’humanité aurait dû apporter avec elle, en guise de bagage culturel, dans le nouveau millénaire : Légèreté, rapidité, précision, visibilité et multiplicité.
« Leçons américaines”, publié à titre posthume en 1988 et traduit dans de nombreuses langues dont l’arabe, est un recueil étonnant et stupéfiant d’histoires, de légendes, de contes et de réflexions sur la littérature, l’épopée, l’histoire et la critique littéraire, qui donnent une idée de cette immense compétence culturelle de Calvino et sa capacité d’entrelacer les fils et les discours de diverses disciplines.