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Heute — 27. Mai 2026Kapitalis

Des Pakistanais chiites expulsés arbitrairement des Émirats

27. Mai 2026 um 10:39

Parmi les victimes de la guerre israélo-américaine contre l’Iran mais dont personne ne parle figurent les Pakistanais de confession chiite expulsés arbitrairement des Émirats arabes unis.

Imed Bahri

Plus de 7500 personnes de cette communauté qui ont été arrêtées, expulsées de force et même empêchées de ravitailler leurs économies, se retrouvent aujourd’hui dans la précarité extrême. Même leur pays n’émet aucune critique publique contre Abou Dhabi par crainte que la situation ne s’envenime davantage étant donné que 1,8 million de Pakistanais vivent et travaillent aux Émirats et envoient chaque année plus de 6 milliards de dollars de transferts de fonds vers leur pays. Les Pakistanais chiites expulsés sont aujourd’hui des boucs émissaires livrés à eux-mêmes ! 

Dans des villages de la région rurale de Chakwal, au Pakistan, plus de 100 musulmans chiites sont rentrés des Émirats sans emploi, sans biens et sans même accès aux économies qu’ils avaient accumulées pendant des années en travaillant à l’étranger.

Dans une enquête sur ce sujet, Reuters indique qu’ils font partie des milliers de musulmans chiites expulsés des Émirats vers le Pakistan pendant la guerre israélo-américaine contre l’Iran, une situation qui a suscité l’inquiétude au sein de la communauté chiite pakistanaise et incité Human Rights Watch à ouvrir une enquête.

Reuters affirme avoir examiné les documents d’immigration, les captures d’écran de visas et les informations de vol de 103 Pakistanais se déclarant musulmans chiites expulsés et l’agence a interrogé 24 d’entre eux.

Tous les interviewés ont déclaré n’avoir pu récupérer ni leurs biens ni leurs économies avant d’être embarqués dans des avions pour le Pakistan avec des dizaines d’autres musulmans chiites expulsés.

Reuters a également consulté une base de données compilée par le Majlis-e-Wahdat-e-Muslimeen (MWM), un groupe politique chiite pakistanais, recensant les noms de 7 500 musulmans chiites pakistanais expulsés du pays depuis le 28 février, jour du lancement des frappes américaines et israéliennes contre l’Iran.

Mohsin Abidi, porte-parole du groupe, a déclaré que le nombre réel est «probablement bien plus élevé».

Les expulsions des Chiites se sont accélérées

Des responsables chiites au Pakistan affirment que les expulsions se sont accélérées pendant le conflit, qui a exacerbé les tensions dans le Golfe, notamment après la riposte iranienne par des tirs de missiles et de drones vers les Émirats.

Reuters n’a pas été en mesure de déterminer les critères utilisés par les autorités émiraties pour sélectionner ces Pakistanais expulsés.

Pour sa part, le ministère des Affaires étrangères des Émirats a refusé de commenter une série de questions transmises par Reuters concernant ces expulsions.

Le ministère pakistanais de l’Intérieur a déclaré dans un communiqué que les Émirats «n’ont expulsé personne pour des raisons sectaires», affirmant que toute expulsion était due à des «violations des lois des Émirats arabes unis». Pour sa part, le ministère pakistanais des Affaires étrangères a indiqué que «le nombre d’expulsions est stable cette année», sans fournir davantage de précisions, dans une évidente volonté e ménager la susceptibilité des Emiratis.

Cependant, un haut responsable du gouvernement pakistanais, s’exprimant sous couvert d’anonymat en raison de la sensibilité du sujet, a déclaré qu’Islamabad «a examiné la situation après avoir accueilli des milliers de Pakistanais expulsés des Émirats arabes unis», soulignant que la plupart d’entre eux sont chiites. Et d’ajouter que le gouvernement pakistanais n’a pas abordé publiquement la question «pour des raisons diplomatiques», sans donner plus de détails.

Michael Page, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord de Human Rights Watch, a déclaré que «les informations faisant état d’expulsions de résidents pakistanais chiites par les Émirats arabes unis sont profondément préoccupantes», ajoutant que son organisation «enquête sur ces graves allégations».

Selon l’Association des Pakistanais de l’étranger, environ 1,8 million de Pakistanais vivent et travaillent aux Émirats, envoyant chaque année plus de 6 milliards de dollars de transferts de fonds vers le Pakistan. C’est ce qui explique probablement la réaction craintive des autorités pakistanaises. 

Il est à indiquer que le pays a également joué un rôle de médiateur dans les efforts de désescalade des tensions avec l’Iran.

Après l’Iran, le Pakistan possède la plus grande population chiite au monde, avec environ 40 millions de personnes, soit près de 17% de la population totale. Asif Ali Zardari, président de la République islamique du Pakistan et veuf de l’ancienne Première ministre Benazir Bhutto, est chiite. Les Émirats et les autres États du Golfe sont quant à eux gouvernés par des régimes sunnites.

Sur les réseaux sociaux, des commentaires moqueurs et cyniques d’Emiratis se réjouissent de ces expulsions. L’un d’eux a écrit : «Que l’Iran chiite les fasse travailler  !»

«Je suis revenu à la case départ»

    «La répression contre les chiites aux Émirats arabes unis n’est pas nouvelle», a déclaré Falah Sayed, responsable des droits humains au sein de l’organisation Mena Rights Group, basée à Genève.

    Il a ajouté que l’organisation «documente depuis des années des cas d’arrestations arbitraires et de disparitions forcées visant des étrangers d’origine chiite mais que des rapports récents indiquent une intensification de cette campagne».

    Ali Ahmed Naqvi et son épouse, Qurratul Ain, tous deux chiites, se sont installés à Dubaï en 2024 pour travailler dans le secteur technologique.

    Naqvi a déclaré que sa femme avait été expulsée le 18 avril après avoir été interpellée alors qu’elle tentait de modifier son visa de travail auprès des services d’immigration suite à un changement d’emploi.

    Naqvi a ajouté avoir lui aussi été interpellé alors qu’il s’apprêtait à embarquer à bord d’un avion pour rentrer au Pakistan. Il a ensuite été conduit dans un centre de détention des Émirats où il a rencontré d’autres chiites menacés d’expulsion. Il a précisé avoir été placé dans un avion avec 93 autres détenus, tous chiites. «Personne ne nous a expliqué les raisons de notre expulsion», a-t-il ajouté. 

    À Kurram, région majoritairement chiite du nord-ouest du Pakistan, ravagée par des décennies de violences sectaires, le responsable communautaire Musarrat Hussain Bangash a indiqué que 1 500 personnes de la région avaient été renvoyées des Émirats depuis le début du conflit, la plupart étant chefs de familles nombreuses.

    Parmi les personnes expulsés, Laiq Hussain, qui avait travaillé à Dubaï pendant 20 ans, période durant laquelle il avait acheté un petit camion et créé sa propre entreprise. «En une seule journée, ou plutôt en quelques minutes, tout était fini !», a-t-il déclaré.

    À Chakwal, dans la province du Pendjab, un ancien cadre du métro de Dubaï, âgé de 38 ans, qui affirme avoir été expulsé après 16 ans passés aux Émirats, était assis avec plusieurs de ses voisins. L’un d’eux, qui avait travaillé dans le bâtiment, a raconté que des fonctionnaires émiratis l’avaient interrogé sur son salaire et ses transferts d’argent. «Ils m’ont ensuite demandé si je finançais l’Iran», a-t-il ajouté. 

    Cet homme de 41 ans a souhaité rester anonyme car il espère trouver du travail dans un autre pays du Golfe. L’ancien cadre du métro a expliqué que la police lui avait confisqué ses téléphones, l’avait menotté et, après l’avoir détenu pendant neuf jours, l’avait embarqué dans un bus sombre et bondé en direction de l’aéroport. Il a conclu : «Je me suis retrouvé au point de départ en un clin d’œil».

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    Du rififi chez les chiites en Irak

    17. Mai 2026 um 08:50

    Le pays du Tigre et de l’Euphrate n’a pas uniquement souffert des guerres et du terrorisme, l’autre maladie chronique qu’il endure depuis 2003 est le système de gouvernance confessionnel et son corollaire la prédation affairiste. Les chiites dominent le jeu politique et chaque composition de gouvernement ressemble plus au partage d’un gâteau et les morceaux les plus importants attisent le plus la convoitise et ce, au sein même de la communauté chiite. 

    Imed Bahri

    Le journal londonien arabophone Al-Quds Al-arabi qui s’est livré à une lecture minutieuse de la composition du nouveau dispositif exécutif a indiqué que la répartition des portefeuilles ministériels au sein du gouvernement du Premier ministre désigné Ali Al-Zaidi a suscité une controverse chiite au sein du Cadre de coordination*, notamment concernant le ministère du Pétrole. Ce portefeuille est convoité par la coalition «État de droit» menée par Nouri Al-Maliki d’une part et par la coalition «Reconstruction et Développement» dirigée par le chef du gouvernement sortant Mohammed Shia Al-Sudani, d’autre part. Parallèlement, l’atmosphère semble plus positive du côté des forces politiques sunnites, qui ont récemment soumis leur liste de candidats au Premier ministre désigné. 

    Toutes les forces politiques chiites au sein du Cadre de coordination conservent l’intégralité de leurs points (déterminés par le nombre de sièges au Parlement), qu’elles entendent utiliser comme monnaie d’échange pour obtenir des postes au sein du nouveau gouvernement. L’exception est le mouvement «Asa’ib Ahl al-Haq», dirigé par Qais Al-Khazali, qui a perdu la majeure partie de ses points en obtenant le poste de vice-président du Parlement.

    Le pétrole attise les convoitises

    Le ministère du Pétrole représente le principal obstacle à la finalisation de la répartition des portefeuilles ministériels entre les chiites, malgré les désaccords politiques existants concernant d’autres postes au sein du gouvernement en cours de composition.

    Le député Mohammed Hadi Al-Shammari, du bloc des Services, a déclaré aux médias proches du Cadre de coordination que «le gouvernement sera présenté au Parlement cette semaine et ce dernier votera sur une partie de sa composition»

    Il a expliqué que «les blocs État de droit et Reconstruction se disputent le ministère du Pétrole», ajoutant que le chef du gouvernement Ali Al-Zaidi (photo) est à la recherche de nouveaux visages. 

    Selon le député irakien, les ministères de l’Industrie et de l’Éducation ont été attribués au bloc du Progrès. Il a noté que «le ministère de la Défense est disputé entre Thabit al-Abbasi, Nayef Al-Shammari et Jumaa Anad, tandis que le ministère de la Planification a été attribué à l’Alliance Azm». Il a confirmé que le ministère des Transports a été attribué au bloc Badr dirigé par Hadi al-Amiri.

    Il a indiqué que «quatorze ministères ont été attribués à ce jour et l’Alliance des services brigue le ministère des Communications, pour lequel nous avons trois candidats». Il a également précisé que «les ministères des Affaires étrangères et de la Reconstruction ont été attribués au Parti démocratique du Kurdistan»

    Malgré cet accord, comme l’a souligné le député Al-Shammari, le poste de ministre du Pétrole pourrait potentiellement faire dérailler tout accord conclu dans ce cadre.

    Dans un contexte d’escalade politique autour du portefeuille du Pétrole, le député Alaa Al-Haidari, chef du bloc parlementaire Al-Asas, a déclaré dans une publication : «Nous rejetons catégoriquement l’inclusion du portefeuille du Pétrole dans le jeu politique, manipulé par des individus qui convoitent ce ministère, en nommant une personne corrompue ayant fui l’Irak, accusée du vol du siècle** et qui bénéficie du soutien d’une entreprise étrangère de renom», sans toutefois la nommer. Il a ajouté : «Nous ne resterons pas les bras croisés face à ce mépris flagrant des valeurs, des principes et des constantes nationales, et nous ne permettrons pas que le portefeuille pétrolier soit confié à quiconque d’autre que les habitants de Bassora. Nous disposons de personnalités compétentes et professionnelles dans le secteur pétrolier, capables de diriger ce ministère avec brio». Il a considéré cela comme «un droit acquis et non une faveur accordée par quiconque».

    Bassora veut sa part du gâteau

    Dans le même esprit, le député Shaker Mahmoud Al-Tamimi (Abu Turab), du bloc parlementaire Badr, affirme que si les portefeuilles des Transports et du Pétrole ne sont pas attribués à Bassora, il prendra position en tant que représentant de la province, reprenant ainsi la position des députés de Bassora. Il soutient que Bassora compte de nombreuses personnes qualifiées et expérimentées, capables de gérer ces deux ministères, et qu’il est plus approprié de privilégier les intérêts de la province.

    Dans un communiqué de presse, M. Al-Tamimi a déclaré avoir informé la direction de Badr et demandé que le poste de ministre des Transports soit attribué à Bassora. Il a expliqué que l’on s’attend généralement à ce que ce ministère soit attribué à Badr, conjointement avec celui des Communications, ou que la répartition soit modifiée pour inclure les ministères des Communications et de l’Intérieur, ou encore ceux des Transports et de l’Intérieur. Il a souligné que la situation n’est pas encore totalement confirmée.

    Il a précisé que la demande pour ces ministères repose sur la richesse de l’expertise, des talents et des capacités de Bassora dans les domaines des transports et du pétrole. Il a affirmé que cela renforcerait l’action du gouvernement et ne se limitait pas à une simple revendication de ces deux portefeuilles. Il a ajouté : «Des désaccords persistent concernant certains ministères, notamment l’Intérieur, le Pétrole et les Finances». Il a indiqué que «le ministère du Pétrole a été attribué au bloc Reconstruction et Développement et que la répartition des autres ministères pourrait être finalisée d’ici la fin de la semaine, mais pas entièrement. Le vote pourrait ne porter que sur 15 ministères».

    La Coalition de l’État de droit, dirigée par Al-Maliki, affirme également que l’alliance rivale Reconstruction et Développement dirigée par Sudani vise l’un des deux ministères suivants : le Pétrole ou les Finances.

    Le chef de la coalition, Abdul Rahman Al-Jazaeri, a déclaré que «le bloc Reconstruction et Développement a demandé le ministère du Pétrole ou celui des Finances en fonction de ses scores électoraux, en échange du ministère de l’Agriculture attribué à la Coalition de l’État de droit».

    Il a souligné qu’Al-Zaidi a mis en place un mécanisme spécifique pour les comités chargés d’examiner les CV des candidats et de vérifier leur conformité aux critères de nomination.

    L’Alliance conduite par Sudani insiste toutefois pour que le gouvernement d’Al-Zaidi soit formé en fonction de la force relative des blocs politiques ayant remporté les élections.

    Lors d’une réunion de la direction de la coalition, tenue dimanche soir et présidée par Mohammed Shia Al-Sudani, les derniers développements politiques et la formation du nouveau gouvernement ont été abordés. Al-Sudani a passé en revue les résultats des réunions et discussions avec les blocs politiques, qui ont porté sur les mécanismes de formation du gouvernement et la répartition des ministères conformément aux droits électoraux et constitutionnels.

    La réunion a réaffirmé la poursuite des consultations avec les blocs afin de parvenir à un consensus permettant la formation du gouvernement.

    Dans un communiqué de presse, la coalition a souligné son engagement à garantir la formation du gouvernement conformément aux résultats des élections et à la force relative de chaque bloc, assurant ainsi un gouvernement fort, capable de répondre aux besoins de la population, de fournir des services et d’améliorer la situation du pays en poursuivant les efforts de développement et de reconstruction, en trouvant des solutions aux crises économiques et en protégeant l’Irak et son peuple de tout danger.

    Parallèlement, le Conseil politique national sunnite a annoncé rejeter toute ingérence de partis ou de personnalités politiques extérieures à la communauté sunnite concernant ses prérogatives ministérielles, confirmant avoir soumis ses candidats aux portefeuilles ministériels au Premier ministre désigné.

    Respecter les équilibres nationaux

    Le Conseil a indiqué dans un communiqué de presse avoir tenu une réunion dimanche dernier à Bagdad chez Khamis Al-Khanjar, chef de l’Alliance de la souveraineté. Étaient présents à cette réunion Mohammed Al-Halbousi, chef du Parti du progrès, Haibat Al-Halbousi, président du Parlement, ainsi que les dirigeants des partis et alliances membres du Conseil. Muthanna Al-Samarrai, chef de l’Alliance de la détermination, était absent. L’objectif de la réunion était d’examiner les derniers développements concernant la formation du prochain gouvernement.

    Le communiqué précise que la réunion a porté sur les termes de l’accord politique et ses mécanismes de mise en œuvre, garantissant le respect des exigences constitutionnelles et des équilibres nationaux. Les participants ont également discuté des moyens de soutenir le futur gouvernement et de renforcer la stabilité politique.

    Le Conseil a indiqué avoir soumis ses candidats aux postes ministériels au Premier ministre désigné, dans le cadre des accords politiques en vigueur.

    Les participants ont réaffirmé leur rejet catégorique de toute ingérence de personnalités ou de partis politiques extérieurs au Conseil dans les nominations ministérielles les concernant. Ils ont souligné leur engagement à gérer leurs affaires internes conformément aux accords conclus par les forces politiques. Le Conseil a également insisté sur l’importance de «respecter les équilibres politiques, d’œuvrer dans un esprit de partenariat national et de se conformer aux termes de l’accord politique afin de contribuer au succès de la formation du gouvernement».

    *Le Cadre de coordination est un conseil regroupant toutes les forces politiques chiites en Irak à l’exception du courant sadriste dirigé par le clerc Muqtada Al-Sadr.

    **Le vol du siècle en Irak désigne le détournement de 2,5 milliards de dollars de fonds publics, révélé fin 2022. Cette fraude massive a été orchestrée via des chèques émis par l’administration fiscale et encaissés par des sociétés écrans, illustrant la corruption endémique du pays. 

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