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Malgré sa fragilité financière, Tunisie Autoroutes obtient la gestion des autoroutes A1 et A2

13. August 2026 um 08:24

Le gouvernement tunisien a décidé de confier la gestion de l’autoroute A1 (tronçon Hammam Lif-Sousse) et de l’autoroute A2 (entre Tunis et Jelma) à la société publique Tunisie Autoroutes, par le biais de nouveaux contrats de concession. Cette décision a été prise le mercredi 12 août 2026 lors d’un conseil ministériel restreint présidée par la Première ministre Sarra Zaafrani Zenzeri au palais de la Kasbah, consacrée aux modalités de gestion de ces deux tronçons autoroutiers.

Selon la présidence du gouvernement, cette mesure vise à garantir la continuité d’un service jugé stratégique, tout en maintenant le contrôle de l’État et en valorisant les investissements réalisés dans le secteur des infrastructures.

Le réseau autoroutier opérationnel de la Tunisie s’étend sur un total de 743 kilomètres, dont 567 kilomètres sont actuellement des tronçons à péage gérés par la société Tunisie Autoroutes.

Plus précisément, la concession du tronçon de 141,5 kilomètres de l’autoroute A1, reliant Hammam Lif à Sousse, est actuellement détenue par cette société et doit arriver à échéance fin 2028. Pour ce segment, le Conseil ministériel a décidé de maintenir Tunisie Autoroutes et de signer un nouveau contrat de concession, évitant ainsi tout changement d’opérateur au terme de l’accord actuel.

Une attention particulière est portée à la nouvelle autoroute A2 Tunis-Jelma, longue de 186 kilomètres ; actuellement en construction, sa livraison est prévue pour 2027.

Le gouvernement a décidé d’en confier la gestion à Tunisie Autoroutes via une nouvelle concession, permettant ainsi la mise en service du système de péage dès l’achèvement des travaux.

L’autoroute A2 traverse les gouvernorats de Ben Arous, Zaghouan, Kairouan et Sidi Bouzid et constitue la plus longue autoroute jamais construite en Tunisie en une seule phase. Le projet est divisé en huit lots, pour un coût total d’environ 1,7 milliard de dinars.

Ce projet est jugé stratégique pour renforcer les liaisons entre la capitale et les régions de l’intérieur, désenclaver certaines zones et faciliter la circulation des personnes et des marchandises, tout en favorisant le développement économique régional.

Une vision intégrée préservant le service public

Lors de la réunion de mercredi, Salah Zouari, ministre de l’Équipement et de l’Habitat, également chargé du ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie — a présenté les conclusions d’une étude portant sur diverses options de concession pour la gestion des deux tronçons. Ces options ont été évaluées sous les angles juridique, économique, financier et social, selon une approche qui, de l’avis du Chef du gouvernement, doit aller au-delà de la simple attribution d’une concession. Mme Zaafrani Zenzeri a souligné «la nécessité d’adopter une vision intégrée préservant le service public, limitant le coût des interventions financées par l’État, assurant un équilibre entre les impératifs financiers et économiques et les considérations sociales, et garantissant l’entretien ainsi que le bon fonctionnement de l’infrastructure».

Le choix de confier la gestion à la société Tunisie Autoroutes s’explique également par le fait que cette entreprise assure depuis longtemps l’exploitation et la maintenance du réseau autoroutier tunisien ; selon le gouvernement, elle dispose de l’expertise technique, des équipements et des systèmes opérationnels nécessaires pour garantir la continuité du service.

Cette décision intervient alors que les autorités cherchent à achever rapidement l’autoroute ‘A2, considérée comme l’un des projets d’infrastructure majeurs actuellement en cours dans le pays.

Par conséquent, la cheffe du gouvernement a exhorté les entreprises chargées des travaux à «mobiliser toutes les ressources humaines et logistiques disponibles afin d’accélérer le rythme de construction, de rattraper les éventuels retards et de respecter les délais contractuels».

Lors de la réunion, Zaafrani Zenzeri a qualifié le réseau autoroutier de «service public vital et d’investissement stratégique de l’État», soulignant «son rôle dans le désenclavement des régions, le soutien à la mobilité des personnes et des marchandises, ainsi que la promotion du développement économique et social».

Une situation financière globalement fragile et structurellement déficitaire

Il convient de préciser, ici, que la situation financière de la société Tunisie Autoroutes est globalement fragile et structurellement déficitaire, marquée par un lourd endettement lié au financement des infrastructures et une forte dépendance vis-à-vis du soutien de l’État.

Pour financer la construction du réseau routier national, la société a massivement recouru à des emprunts auprès de bailleurs de fonds internationaux (Fades, BAD, BEI, Jica) et sa dette globale consolidée a dépassé les 1,8 milliard de dinars.

En raison d’un résultat d’exploitation structurellement faible face au coût de la maintenance et aux charges d’intérêts, la société accumule des exercices négatifs (les pertes cumulées atteignaient déjà 176,1 millions de dinars lors des derniers audits complets rendus publics).

Face à l’incapacité de la société à honorer seule ses traites internationales avec ses recettes de péage, l’État intervient directement en tant que garant. À titre d’exemple, le budget étatique a dû allouer 200 millions de dinars uniquement pour payer les échéances de la dette de l’entreprise.

Malgré cette fragilité financière, l’avenir opérationnel de la société est sécurisé à moyen terme par des décisions politiques fortes, notamment le maintien du monopole et non-privatisation, conformément  à la doctrine prônée par le président de la république Kaïs Saïed, qui est catégoriquement opposée à toute forme de privatisation, même partielle, des entreprises publique dont l’écrasante majorité sont déficitaires, sinon au bord de la faillite.

I. B.

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