Tunisie | Les technologies nucléaires pour protéger le patrimoine
La Tunisie mise sur les technologies nucléaires pacifiques pour renforcer la protection de son patrimoine archéologique, historique et artistique. Dans ce cadre, l’Institut national du patrimoine (INP) et le Centre national des sciences et technologies nucléaires (CNSTN) ont signé à Tunis un mémorandum-cadre de coopération stratégique portant sur l’utilisation de techniques radiologiques avancées pour la conservation du patrimoine culturel national.
Cet accord, signé sous l’égide du ministère des Affaires culturelles, a été signé par les directeurs généraux des deux institutions : Tarek Baccouche pour l’INP et Haythem Sghaïer pour le CNSTN.
Selon l’INP, ce projet s’inscrit dans le cadre du programme TUN1015 lancé en janvier 2026 et soutenu par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).
L’objectif est d’appliquer des méthodes scientifiques non invasives à l’étude et à la conservation des vestiges archéologiques, des œuvres d’art, des objets historiques et des matériaux organiques ou inorganiques exposés à la dégradation.
Parmi les technologies citées figurent la radiographie non destructive et l’analyse isotopique, outils permettant d’examiner la structure interne des objets, d’identifier leur composition, de détecter toute fracture ou altération et d’acquérir des données utiles à leur restauration sans les endommager.
La coopération entre l’INP et le CNSTN ouvre également la possibilité d’utiliser des techniques radiologiques pour lutter contre les agents biologiques responsables de la dégradation, tels que les champignons, les bactéries et les insectes, particulièrement dangereux pour les matériaux sensibles comme le bois, les textiles, le papier, le cuir et les manuscrits.
Dans cette perspective, les applications nucléaires ne concernent pas la production d’énergie, mais l’utilisation contrôlée et pacifique des rayonnements à des fins scientifiques, diagnostiques et de conservation.


L’initiative tunisienne s’inscrit dans un mouvement international déjà soutenu par l’AIEA, qui encourage le recours aux sciences nucléaires pour l’étude et la protection du patrimoine culturel.
Ces technologies permettent, entre autres, d’améliorer la connaissance des techniques de fabrication anciennes, de vérifier l’authenticité des œuvres et des artefacts, de reconstituer la provenance des matériaux et d’orienter des interventions de restauration plus ciblées.
Pour la Tunisie, pays au riche patrimoine s’étendant de la préhistoire à l’époque moderne, en passant par la civilisation punique, l’époque romaine et la période islamique, ce programme représente une avancée significative vers une gestion de la conservation plus scientifique.
Musées, sites archéologiques et laboratoires spécialisés pourraient bénéficier de nouvelles compétences et de nouveaux équipements, dans un secteur où la protection des artefacts est de plus en plus liée à l’innovation technologique, à la formation et à la coopération internationale.
L’INP, l’institution scientifique et technique chargée de la protection du patrimoine culturel tunisien, dispose déjà d’une expertise multidisciplinaire en archéologie, histoire, ethnographie, architecture, restauration et conservation. Le CNSTN, quant à lui, est l’organisme tunisien spécialisé dans les applications pacifiques des sciences et technologies nucléaires. Le nouvel accord vise donc à conjuguer deux compétences complémentaires : le patrimoine et la technologie.
Conformément à l’approche du projet, les techniques nucléaires doivent devenir un outil au service des politiques de conservation, non pas un substitut au travail des archéologues, restaurateurs et conservateurs, mais bien une composante intégrante des procédures de diagnostic et d’intervention.
I. B.
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