Subventions énergétiques : la bombe à retardement que la guerre a réarmée
Dans son rapport War in the Middle East: Economic Spillovers and Policy Challenges, publié en avril 2026, le Fonds monétaire international dresse un tableau profondément inégal des conséquences économiques du conflit sur la région Moyen-Orient, Afrique du Nord, Afghanistan et Pakistan (MENAP). Entre les pays du Golfe directement frappés et ceux qui, à distance du détroit d’Ormuz, tirent profit de la hausse des prix de l’énergie, la guerre trace une ligne de fracture brutale à l’intérieur d’une même région.
Dans son scénario de référence, le FMI prévoit que la croissance de l’ensemble de la région MENAP ralentira à 1,4 % en 2026. Soit un recul de 2,3 points de pourcentage par rapport aux projections d’octobre 2025. Derrière cette moyenne se cache une réalité bien plus contrastée. Parmi les huit économies exportatrices de pétrole directement touchées par la guerre, cinq, à savoir Bahreïn, l’Iran, l’Irak, le Koweït et le Qatar, devraient enregistrer une contraction de leur PIB en 2026. Le Qatar subit la chute la plus brutale, avec une révision à la baisse de près de 15 points de pourcentage, principalement en raison des dégâts infligés au complexe gazier de Ras Laffan. À l’opposé, Oman, dont l’accès maritime se situe entièrement en dehors du détroit d’Ormuz, voit sa croissance à peine révisée, d’environ 0,5 point seulement.
Au-delà des hydrocarbures, les pertes de production touchent également le tourisme, la logistique et les services financiers. Selon les projections de l’institution, le niveau de production des économies directement affectées restera en 2030 environ 2 % en dessous de leur trajectoire d’avant-guerre, traduisant des effets négatifs appelés à se prolonger bien au-delà de 2026.
Algérie et Libye, bénéficiaires fragiles de la flambée des prix
Un tout autre tableau se dessine pour les pays exportateurs de pétrole situés hors de la zone de combat. L’Algérie voit sa croissance révisée à la hausse de près d’un point de pourcentage grâce à l’amélioration de ses recettes en hydrocarbures. La Libye, pour qui le pétrole représente l’essentiel des exportations et des revenus publics, enregistre une révision positive de 2,5 points. Ces perspectives restent toutefois fragiles : en Libye, l’instabilité politique et sécuritaire intérieure constitue une menace constante sur la production, tandis qu’en Algérie, la dépendance persistante aux hydrocarbures limite la durabilité des gains obtenus.
Les importateurs de pétrole et les États fragiles en première ligne
Pour les pays importateurs de pétrole de la région, notamment l’Égypte, la Jordanie, le Pakistan, la Tunisie et le Maroc, l’impact est plus modéré mais réel. Par rapport aux projections établies juste avant la guerre, leur croissance cumulée sur 2026 et 2027 est revue à la baisse de près d’un point de pourcentage. La livre égyptienne a déjà perdu plus de 13 % de sa valeur depuis le début du conflit. Tandis que les rendements souverains du pays grimpent de 8 % à plus de 9 %. Des tensions comparables frappent le Pakistan et la Jordanie, dans un contexte où la dette publique a fortement progressé depuis 2019.
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Les pays classés par le FMI parmi les États fragiles et à faible revenu, à savoir le Yémen, le Soudan, l’Afghanistan, la Somalie, la Syrie et la Cisjordanie, se trouvent dans la situation la plus critique. Dans plusieurs de ces économies, les denrées alimentaires et les boissons représentent déjà entre 30 % et près de 50 % des importations totales, et plus de la moitié de la population vit en situation d’insécurité alimentaire. La hausse des prix à l’importation risque d’aggraver les déficits courants, d’épuiser les réserves de change et d’amplifier les pressions sociales dans des pays où la marge de manœuvre budgétaire est quasi inexistante. Des conflits prolongés de cette nature ont, selon l’institution, réduit le revenu par habitant d’environ 15 % en cinq ans dans des épisodes comparables au sein de la région MENAP.
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