Blocus de l’Arabie saoudite par les Houthis : nouvel embrasement au Moyen-Orient ?
En pleine intensification de la guerre entre les Etats-Unis et l’Iran, les rebelles houthis ont annoncé, lundi 20 juillet, un blocus maritime de l’Arabie saoudite. Analyse.
La menace couvait depuis plusieurs semaines. Elle est devenue une réalité lundi 20 juillet 2026. Les rebelles houthis du Yémen, alliés de l’Iran, ont officiellement annoncé l’instauration d’un blocus naval contre l’Arabie saoudite. Ouvrant ainsi un nouveau front en mer Rouge et plaçant le royaume wahabite au cœur d’une confrontation régionale aux conséquences potentiellement explosives.
Ainsi, les forces armées houthies indiquent qu’elles décrètent « un embargo maritime contre l’ennemi saoudien criminel, fondé sur la loi du talion, applicable immédiatement ». Et ce, en réponse au « siège injuste et oppressif » imposé aux ports et aéroports du Yémen par les Saoudiens.
« Nous sommes prêts à dégainer à tout moment si l’évolution de la situation le justifie », indiquait déjà le 5 mars le chef du groupe, Abdul Malik al-Houthi. Les commandants iraniens ont averti à plusieurs reprises que les Houthis pourraient entrer en guerre. Fin mars et début avril, les rebelles avaient mené plusieurs attaques de missiles et de drones contre Israël.
Inquiétudes
Survenant au neuvième jour d’affilée d’hostilités entre les États-Unis et l’Iran, d’une intensité inédite depuis le cessez-le-feu d’avril, ces menaces contre la liberté de navigation risquent de mener à une escalade régionale encore plus grande, s’est inquiété le porte-parole du secrétaire général de l’ONU, Stéphane Dujarric, appelant à une désescalade immédiate. En cause, les appréhensions concernant le trafic maritime dans le détroit de Bab el-Mandeb, l’un des points de passage maritimes les plus stratégiques au monde, reliant la mer Rouge au golfe d’Aden, ainsi qu’une voie maritime essentielle pour le transport du pétrole brut, des produits raffinés, du gaz naturel liquéfié (GNL) et des conteneurs entre le Moyen-Orient, l’Europe et l’Asie.
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Arme géostratégique
Ce blocus maritime va-t-il impliquer directement les Houthis dans la guerre entre les Etats-Unis et l’Iran ? Alors que le Hezbollah et les groupes irakiens sont entrés en guerre très tôt, avec des tirs de roquettes et de drones après les premières frappes américaines et israéliennes contre l’Iran, les Houthis sont quant à eux restés relativement discrets jusqu’ici.
Mais Téhéran les a exhortés récemment à fermer le détroit de Bab el-Mandeb si les États-Unis poursuivaient leurs frappes contre les infrastructures énergétiques iraniennes. Une telle décision transformerait ce verrou maritime en une redoutable arme géostratégique. Car en contrôlant simultanément Ormuz et Bab el-Mandeb, l’Iran disposerait d’un levier sans précédent sur les flux énergétiques mondiaux. De quoi aggraver une crise déjà provoquée par la fermeture partielle du détroit d’Ormuz, qui a entraîné une réduction d’environ 10 % de l’offre mondiale de pétrole sous l’effet de la guerre au Moyen-Orient. Tout en faisant planer la menace d’un choc énergétique d’une ampleur inédite.
Double blocus
C’est que, la fermeture du détroit d’Ormuz ayant déjà profondément bouleversé les routes maritimes mondiales, la mer Rouge est ainsi devenue l’axe de substitution incontournable pour l’acheminement du pétrole du Golfe et de nombreuses marchandises stratégiques. Dans ce contexte, un blocage du détroit de Bab el-Mandeb reviendrait à neutraliser simultanément les deux principales artères énergétiques du Moyen-Orient. Les conséquences seraient considérables : l’approvisionnement mondial en pétrole pourrait chuter d’environ 7 %, la majeure partie des exportations saoudiennes se retrouvant immobilisée.
Or, cette menace est d’autant plus préoccupante que Riyad a déjà redirigé plus de 70 % de ses exportations quotidiennes de pétrole brut vers le port de Yanbu, sur la côte de la mer Rouge, afin de contourner Ormuz. De là, les cargaisons destinées à l’Europe remontent le canal de Suez. Tandis que celles à destination des marchés asiatiques doivent impérativement franchir le détroit de Bab el-Mandeb. Sachant que le volume total de pétrole transitant par Bab el-Mandeb s’est élevé à 7,4 millions de barils par jour en juin, soit environ 7 % de la production mondiale de pétrole contre 4,2 millions de barils par jour l’année dernière. Cela a permis de soutenir le marché de l’énergie et de contenir les cours mondiaux du pétrole.
Autrement dit, si ce passage venait à être fermé, c’est l’ensemble de la stratégie saoudienne de contournement d’Ormuz qui s’effondrerait, avec des répercussions immédiates sur les marchés énergétiques mondiaux.
La réaction des marchés ne s’est pas fait attendre. À peine les Houthis ont-ils annoncé leur blocus maritime que les cours du pétrole sont repartis à la hausse. Quelques heures plus tôt, le Brent avait déjà franchi brièvement le seuil des 91 dollars le baril, dans le sillage des frappes de représailles échangées entre les États-Unis et l’Iran durant le week-end. Les investisseurs redoutent alors une perturbation durable des approvisionnements mondiaux en hydrocarbures, alimentée par le risque d’une extension du conflit aux principales voies maritimes de la région. Les tensions se sont toutefois légèrement apaisées après les déclarations du porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmail Baghaei, qui a affirmé que Téhéran poursuivait, par l’intermédiaire de médiateurs, des échanges avec Washington. Il a indiqué que plusieurs propositions visant à désamorcer la crise ont été transmises, sans qu’aucun détail n’en soit révélé, contribuant à tempérer, au moins provisoirement, les craintes des marchés.
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