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60 milliards au bilan de la BCT : ce que cachent vraiment les chiffres

09. September 2026 um 10:02

Au 20 août 2026, le bilan de la Banque centrale de Tunisie (BCT) s’établit à environ 60 milliards de dinars (60 006 526 144 dinars exactement). C’est ce que révèle l’état comptable publié au JORT n°90 du 8 septembre. Près de la moitié de cette somme, environ 30 milliards de dinars (29 995 796 610 dinars), correspond aux billets et monnaies en circulation.

La monnaie fiduciaire domine le passif de l’institut d’émission tunisien. Les billets et pièces en circulation s’élèvent à environ 30 milliards de dinars (29 995 796 610 dinars), soit près de 50 % de l’ensemble du bilan de la BCT arrêté au 20 août 2026 et publié au Journal officiel de la République tunisienne du 8 septembre.

Ce bilan total atteint environ 60 milliards de dinars (60 006 526 144 dinars). À l’actif, deux postes concentrent l’essentiel des montants : les avoirs en devises, pour environ 25 milliards de dinars (25 118 326 394 dinars), et les facilités accordées à l’État, à hauteur d’environ 18,65 milliards de dinars (18 650 000 000 de dinars). À eux seuls, ces deux postes pèsent près de 73 % du bilan.

Des avoirs extérieurs à mettre en regard d’un passif en devises

En ajoutant à ces avoirs en devises trois autres lignes — environ 1,6 milliard de dinars d’or (1 586 063 266 dinars), environ 480 millions de dinars au titre de la position de réserve auprès du FMI (482 202 406 dinars) et environ 76 millions de dinars de disponibilités en droits de tirage spéciaux (75 954 540 dinars) —, les principaux actifs extérieurs inscrits au bilan totalisent environ 27,3 milliards de dinars, soit un peu plus de 45 % du total.

Ce chiffre ne peut cependant se lire indépendamment du passif. Face aux environ 25 milliards de dinars d’avoirs en devises figurent notamment environ 10,5 milliards de dinars d’engagements en devises envers les intermédiaires agréés (10 484 005 583 dinars), environ 2,9 milliards de dinars classés en autres engagements en devises (2 908 600 000 dinars) et environ 110 millions de dinars logés sur des comptes de non-résidents en devises (109 806 702 dinars). Ces trois lignes cumulées atteignent environ 13,5 milliards de dinars, hors allocations de droits de tirage spéciaux.

Rien dans le document ne permet de soustraire mécaniquement ce montant des avoirs bruts pour en déduire des « réserves nettes » : la nature, les échéances et les caractéristiques de ces engagements ne sont pas précisées par le seul état comptable. Le rapprochement établit néanmoins qu’une part importante des avoirs en devises trouve une contrepartie au passif.

L’écart est particulièrement marqué s’agissant des droits de tirage spéciaux : la BCT n’inscrit qu’environ 76 millions de dinars de disponibilités et emplois en DTS à l’actif, contre environ 1,1 milliard de dinars d’allocations de DTS au passif (1 092 319 439 dinars). Les disponibilités ne représentent ainsi qu’environ 7 % du montant des allocations. Le document ne fournit aucune explication à cet écart.

18,65 milliards pour l’État, mais aussi des dépôts de l’État à la BCT

Le deuxième grand poste de l’actif concerne l’État : environ 18,65 milliards de dinars de facilités lui sont accordées, soit environ 31 % du bilan. Une ligne distincte fait apparaître une avance d’environ 2,3 milliards de dinars (2 279 760 513 dinars), en contrepartie de la participation tunisienne au FMI. Ensemble, ces deux montants forment environ 21 milliards de dinars — un encours arrêté à une date donnée, que le bilan ne permet pas à lui seul de situer dans une évolution dans le temps.

À l’inverse, l’État dispose lui-même de fonds logés à la Banque centrale : environ 1,65 milliard de dinars sur le compte central du gouvernement (1 648 527 372 dinars) et environ 2,37 milliards de dinars sur des comptes spéciaux (2 371 871 726 dinars), soit environ 4 milliards de dinars au passif. Ces sommes éclairent les créances de la BCT sur l’État sans pour autant s’y soustraire directement, leur nature juridique et leurs fonctions pouvant différer.

Politique monétaire : plus de 10 milliards mobilisés auprès des banques

Vis-à-vis du système bancaire, la BCT enregistre environ 6,5 milliards de dinars de facilités accordées aux banques dans le cadre de ses opérations de politique monétaire (6 496 millions de dinars), ainsi qu’environ 3,85 milliards de dinars de titres acquis via des opérations d’open market (3 845 847 599 dinars) — un instrument spécifique de politique monétaire, distinct d’un simple crédit bancaire. Ces deux lignes cumulent environ 10,3 milliards de dinars. En miroir, le passif comprend environ 550 millions de dinars d’engagements envers les banques liés à ces opérations, et environ 700 millions de dinars de comptes courants des banques et établissements financiers (697,747 millions de dinars).

Écarts de change, capital et autres lignes

Le bilan fait également apparaître environ 4,5 milliards de dinars d’écarts de conversion et de réévaluation (4 479 533 812 dinars), un montant supérieur au cumul des comptes du gouvernement à la BCT évoqués plus haut. Le document ne détaille pas la répartition de cette ligne entre les différents mécanismes de change.

Le capital de l’institution, quant à lui, reste fixé à 6 millions de dinars. Avec environ 2,07 milliards de dinars de réserves (2 070 514 823 dinars) et un montant négligeable d’autres fonds propres (84 814 dinars), l’ensemble des fonds propres avoisine environ 2,1 milliards de dinars, soit environ 3,5 % du bilan — un rapport capital/bilan qui ne se compare pas directement à celui d’une banque commerciale, une banque centrale n’étant pas soumise aux mêmes règles prudentielles.

D’autres lignes complètent ce tableau sans en modifier la hiérarchie : environ 1,7 milliard de dinars de comptes courants en dinars détenus par des organismes étrangers (1 684 millions de dinars), ainsi que des comptes d’attente et de régularisation représentant environ 1 milliard de dinars à l’actif (978,3 millions de dinars) et environ 1,7 milliard au passif (1 727 millions de dinars).

Quatre masses à retenir

Au total, quatre grandes masses structurent ce bilan : environ 27,3 milliards de dinars d’actifs extérieurs, environ 18,65 milliards de facilités identifiées comme accordées à l’État, environ 30 milliards de billets et monnaies en circulation et des engagements en devises d’environ 13,5 milliards auxquels s’ajoute séparément environ 1,1 milliard d’allocations de DTS.

Ces presque 60 milliards de dinars ne représentent donc ni une réserve immédiatement mobilisable, ni une somme disponible pour la dépense publique. Ils correspondent à l’ensemble des actifs détenus par la Banque centrale de Tunisie et à leurs contreparties au passif, tels qu’arrêtés au 20 août 2026.

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11 milliards de dinars de recettes, 98 jours de réserves : Le paradoxe des devises

26. August 2026 um 08:35

La Tunisie a accumulé près de 11 milliards de dinars de recettes touristiques et de revenus du travail depuis le début de l’année au 20 août 2026. Malgré la progression de ces deux sources de devises et la baisse du service de la dette extérieure, les avoirs nets en devises restent sous pression : leur valeur atteint 25,155 milliards de dinars, mais leur couverture des importations recule à 98 jours, contre 107 jours un an auparavant.

Près de 11 milliards de dinars en huit mois

Les recettes touristiques ont atteint 5,127 milliards de dinars au 20 août, enregistrant une hausse de près de 5 % sur un an. Dans le même temps, les revenus du travail ont progressé de 5,4 %, pour atteindre 5,869 milliards de dinars.

À eux deux, ces flux ont ainsi généré 10,996 milliards de dinars, soit près de 11 milliards. Le montant représente une progression de près de 2 milliards par rapport au précédent pointage de juillet, lorsque tourisme et revenus du travail cumulaient un peu plus de 9 milliards de dinars.

Ces recettes constituent deux des principales sources de devises de la Tunisie. Leur progression est donc plutôt favorable pour les équilibres extérieurs, d’autant que le service de la dette extérieure s’est également inscrit en baisse.

Des réserves plus élevées, mais une couverture qui se dégrade

Le paradoxe apparaît lorsqu’on regarde les avoirs nets en devises sous un autre indicateur.

Les réserves atteignent 25,155 milliards de dinars, un niveau supérieur à celui enregistré un an auparavant. Pourtant, elles ne représentent plus que 98 jours d’importation, contre 107 jours un an plus tôt selon le point de comparaison retenu.

Autrement dit, la hausse de la valeur des réserves ne signifie pas automatiquement une amélioration de leur capacité à couvrir les besoins du pays. L’indicateur en jours dépend également du rythme des importations : lorsque les besoins d’importation augmentent, un même stock de devises permet de couvrir moins longtemps les achats extérieurs.

La situation s’était déjà illustrée au cours du mois d’août : les avoirs en devises avaient atteint 25,256 milliards de dinars le 10 août, pour une couverture de 99 jours, avant de revenir à 98 jours.

La dette extérieure pèse moins sur les ressources en devises

Un autre élément mérite d’être mis en regard de ces chiffres : le service de la dette extérieure recule.

Au 20 juillet, il s’élevait à environ 7,5 milliards de dinars, contre 9 milliards un an auparavant, soit une diminution de l’ordre de 1,5 milliard de dinars.

Cette tendance réduit théoriquement la pression exercée par les remboursements extérieurs sur les ressources en devises. Elle ne suffit toutefois pas à empêcher le recul de la couverture des importations.

Le contraste est donc particulièrement intéressant : les recettes touristiques progressent, les transferts des Tunisiens à l’étranger progressent, le service de la dette diminue et les réserves dépassent 25 milliards de dinars en valeur, mais le nombre de jours d’importation couverts reste orienté à la baisse.

Le vrai indicateur à surveiller

Le chiffre des 11 milliards de dinars ne doit donc pas être interprété isolément comme une amélioration mécanique de la situation extérieure.

Pour mesurer la solidité réelle du matelas de devises, il faut suivre simultanément les entrées de devises, les réserves, le service de la dette et surtout les besoins d’importation.

C’est ce croisement qui explique le paradoxe actuel : la Tunisie continue de bénéficier d’un flux important de devises provenant du tourisme et de sa diaspora, mais ces entrées doivent être mises en regard d’une économie dont les besoins extérieurs restent suffisamment élevés pour que la couverture des importations tombe à 98 jours.

Le chiffre des réserves reste donc élevé en valeur absolue, mais leur capacité relative à financer les importations constitue le véritable indicateur à surveiller dans les prochains mois.

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