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L’ONU veut corriger la carte du monde, la Tunisie vote oui

07. September 2026 um 14:30

L’Assemblée générale des Nations unies a adopté, vendredi 4 septembre, une résolution en faveur de cartes représentant plus fidèlement la superficie réelle des continents. Portée par le Togo au nom des  55 États membres de l’Union africaine, “Correct the Map”,a recueilli 164 voix pour, une contre et 6 abstentions. La Tunisie a elle aussi voté en faveur du texte. Le texte encourage notamment le recours à la projection Equal Earth, conçue pour préserver les proportions de superficie entre les territoires.

Pourquoi cette résolution? Parce que la carte du monde la plus familière n’est pas aussi fidèle qu’elle en a l’air.

La projection de Mercator, développée au XVIᵉ siècle par le cartographe flamand Gerardus Mercator, avait été conçue principalement pour faciliter la navigation. Elle présente toutefois une déformation croissante des superficies à mesure que l’on s’éloigne de l’équateur. Les territoires proches des pôles apparaissent ainsi beaucoup plus grands qu’ils ne le sont réellement.

Le Groenland est l’exemple le plus connu. Sur une carte de Mercator, il semble presque comparable à l’Afrique. En réalité, l’Afrique est environ 14 fois plus vaste que le Groenland.

Equal Earth propose une autre approche. Les superficies relatives sont mieux conservées. En effet, l’Afrique apparaît donc à une échelle beaucoup plus proche de sa taille réelle, tandis que les territoires septentrionaux cessent d’être visuellement surdimensionnés. La projection ne restitue toutefois pas parfaitement toutes les formes et les distances. Aucune carte plane ne peut reproduire intégralement un globe.

La résolution de l’ONU ne signifie pas pour autant que Mercator va disparaître. Elle n’interdit aucune projection et ne fait pas d’Equal Earth une carte officielle unique. Elle invite plutôt les États, les établissements éducatifs, les organisations et les acteurs du numérique à privilégier, lorsque l’objectif est de comparer les superficies, des projections qui les représentent correctement.

Derrière cette initiative africaine, l’enjeu est aussi celui de la représentation. Une carte utilisée dans les écoles, les médias ou les outils numériques contribue à construire une perception des rapports de taille entre les continents. Corriger leurs proportions ne change évidemment ni les frontières ni la superficie des pays. Mais cela permet de regarder le monde avec une autre échelle en tête.

La carte ne change donc pas le monde. Elle change simplement la façon dont nous le regardons.

A noter que le seul vote contre est venu des États-Unis. Les 6 abstentions sont celles de l’Estonie, de la Géorgie, de la Lituanie, de la Moldavie, de la Serbie et de l’Ukraine. 

En outre, d’après l’agence Anadolu, la Banque mondiale utilise déjà des projections comme Equal Earth et Winkel Tripel pour certaines de ses cartes et commence à délaisser progressivement Mercator dans ses représentations numériques. La France lui emboîte le pas : elle a annoncé vendredi l’adoption de la projection Eckert IV, jugée plus fidèle pour représenter les superficies des territoires.

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L’ONU a redessiné le monde. L’Afrique, elle, attend toujours l’ascenseur

06. September 2026 um 21:24

Le 4 septembre 2026, 164 pays ont levé la main pour dire une vérité que n’importe quel élève un peu curieux découvre en cinq minutes sur internet : l’Afrique est grande. Très grande. Assez grande pour avaler les États-Unis, la Chine, l’Inde, une bonne partie de l’Europe et le Japon, avec de la place pour le dessert.

Il aura fallu attendre 457 ans après Gerardus Mercator et sa boussole pour que l’Assemblée générale s’en émeuve officiellement. On appelle ça la diplomatie internationale : le temps que la vérité géométrique traverse les couloirs feutrés de New York est proportionnel, lui aussi, à une projection assez déformée.

Une seule voix contre, et on devine laquelle

Sur 164 voix pour, une seule voix s’est dressée contre ce crime de lèse-cartographie. On ne sait pas exactement qui a jugé bon de défendre bec et ongles la taille du Groenland, mais on imagine la scène : un diplomate solitaire, debout dans l’hémicycle, prêt à mourir pour l’honneur démesuré de son sous-continent glacé. Six abstentions se sont ajoutées, probablement des délégations qui n’avaient toujours pas fini de charger la carte Equal Earth* sur leur ordinateur portable.

La carte n’est pas le territoire, mais le territoire, lui, ne bouge toujours pas

Soyons honnêtes deux secondes : cette résolution n’a strictement aucune valeur contraignante. L’article 10 de la Charte de l’ONU est on ne peut plus clair, l’Assemblée générale ne fait que « recommander », ce doux mot diplomatique qui signifie en réalité « on a voté, on est content, mais personne n’est obligé de faire quoi que ce soit ». Même l’Union européenne a pris soin de préciser, dans un réflexe presque comique de prudence juridique, que tout ça ne change rien aux frontières, aux zones maritimes ni aux différends territoriaux. Autrement dit : l’Afrique aura enfin la bonne taille sur les cartes, mais gardera exactement les mêmes frontières héritées de la conférence de Berlin (de 1884-1885), les mêmes dettes, et les mêmes accords commerciaux défavorables qu’avant le vote. La carte grandit, le rapport de force, lui, ne bronche pas d’un pixel.

De la « justice cognitive » au manuel scolaire, il y a une marge… administrative

L’Union africaine parle de « justice cognitive » et de « réparation mémorielle ». De belles formules, généreuses, qu’on aimerait voir se traduire vite dans les salles de classe de Lomé à Tunis. Sauf que remplacer une carte murale coûte de l’argent, imprimer de nouveaux manuels scolaires prend des années, et convaincre Google Maps ou les manuels français, chinois ou américains de changer leur projection par défaut relève moins de la bonne volonté que du rapport de force économique. La résolution « appelle à un dialogue constructif » avec les géants du numérique. Un dialogue constructif, en langage diplomatique, ça veut souvent dire : « on demande poliment », et « on croise les doigts ».

Le vrai test, ce sera la 83e session

À sa décharge, l’ONU a déjà prévu de remettre le sujet à l’ordre du jour de sa prochaine session. C’est peut-être là que se jouera la vraie question : cette résolution est-elle le début d’un mouvement de fond qui ira jusque dans les salles de classe et les applications de smartphone, ou un symbole confortable qu’on agite une fois puis qu’on range dans le tiroir des bonnes intentions votées à l’unanimité ?

Alors, ça change quoi pour les Africains, concrètement ? À court terme : pas grand-chose. Le PIB ne bouge pas parce qu’un continent gagne quelques centimètres sur une carte scolaire. Les visas restent aussi difficiles à obtenir, les taux d’intérêt des emprunts souverains africains restent aussi punitifs, et les matières premières continuent de partir brutes pour revenir transformées, chères, et… sur une carte enfin à la bonne échelle.

À plus long terme, en revanche, il y a quelque chose d’assez politique dans le symbole : une génération d’enfants qui grandit en voyant son continent occuper toute la place qu’il mérite visuellement pourrait, à la marge, se raconter une histoire différente d’elle-même. La carte ne nourrit personne, mais elle façonne discrètement l’imaginaire, l’estime de soi collective, et parfois, avec le temps, les ambitions. Reste à savoir si Equal Earth arrivera vraiment dans les salles de classe tunisiennes et africaines, ou si elle restera, comme tant de bonnes résolutions onusiennes, une belle carte encadrée au mur d’un bureau climatisé à New York.

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*« Equal Earth » est une projection cartographique créée en 2018 par quatre chercheurs (Bojan Šavrič, Tom Patterson, Bernhard Jenny et un autre collaborateur), pensée comme une alternative moderne à Mercator.

Son principe : elle est équivalente (equal-area), ce qui veut dire qu’elle préserve les proportions réelles des surfaces des continents les unes par rapport aux autres. Concrètement, si l’Afrique est 14 fois plus grande que le Groenland dans la réalité, elle apparaîtra bien 14 fois plus grande sur la carte — contrairement à Mercator, où les deux semblent à peu près de la même taille.

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