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Tunisie | Un ministère des antiquités pour quoi faire ?

31. Januar 2026 um 09:32

La protection du patrimoine tunisien est une urgence réelle. Personne ne conteste l’état de vulnérabilité des sites archéologiques, ni l’ampleur des pertes causées par le pillage, l’abandon et l’improvisation institutionnelle. Pourtant, l’appel récent à la création d’un ministère des Antiquités et du Patrimoine, malgré son lyrisme mobilisateur, pose plus de problèmes qu’il n’en résout. (Photo : Les citernes d’Oudhna).

Abdelhamid Larguèche *

Derrière l’évidence de la cause se cache une vision idéologiquement clivante de la mémoire et politiquement risquée de l’action publique.

Le texte repose sur une représentation quasi sacrée de la Tunisie comme «musée universel enfoui», faisant de l’archéologie le cœur exclusif de la souveraineté mémorielle. Or la mémoire nationale ne se réduit ni aux vestiges antiques ni aux sites monumentaux. Elle est aussi sociale, conflictuelle, coloniale, ouvrière, contemporaine… En hiérarchisant les mémoires et en sacralisant le passé lointain, on dépolitise l’histoire au lieu de la rendre vivante et partagée.

Une inflation ministérielle dysfonctionnelle

Plus problématique encore est la croyance implicite dans la solution institutionnelle miracle. Dans un État fragilisé, la création d’un ministère supplémentaire relève davantage du symbole que de l’efficacité. Les dysfonctionnements actuels — centralisation excessive, faiblesse des moyens, précarité des métiers du patrimoine, éloignement des territoires — ne seront pas corrigés par un changement d’organigramme. L’inflation ministérielle ne remplace ni une vision démocratique ni une réforme structurelle.

Cet appel révèle aussi une posture familière : celle d’un entre-soi élitaire parlant au nom de la mémoire collective sans intégrer pleinement les habitants des régions concernées, les ouvriers du patrimoine, les jeunes chercheurs précaires ou les collectivités locales. La mémoire devient alors un domaine réservé, confisqué symboliquement par ceux qui en maîtrisent le langage, mais non nécessairement les usages sociaux.

Surtout, dans le contexte tunisien actuel, marqué par les dérives bureaucratiques, la verticalité des décisions et la défiance envers les élites, l’appel à un «acte souverain» sans garde-fous démocratiques est risqué. La culture, lorsqu’elle est administrée verticalement, peut devenir un instrument de domination symbolique plutôt qu’un espace d’émancipation.

Une autre voie est pourtant possible. Plutôt qu’un ministère de plus, la Tunisie pourrait se doter d’un Conseil supérieur de la culture et du patrimoine, instance indépendante, pluraliste et dotée de prérogatives propositionnelles. Placé sous contrôle parlementaire, ce Conseil garantirait à la fois l’autonomie vis-à-vis de l’exécutif et la redevabilité publique. Sa composition : chercheurs, professionnels de la culture et du patrimoine, collectivités locales, acteurs de la société civile et métiers souvent invisibilisés du secteur, permettrait de rompre avec la centralisation verticale et l’entre-soi décisionnel.

La mémoire est un bien commun

Chargé de définir des orientations stratégiques, d’évaluer les politiques publiques et de rendre des avis publics sur les projets de lois et de réformes touchant à la culture, à la mémoire et au patrimoine, ce Conseil constituerait un véritable levier de bonne gouvernance. Il favoriserait la transparence, la coordination institutionnelle et l’ancrage territorial des politiques culturelles, tout en reconnaissant la pluralité des mémoires, y compris locales, sociales et contemporaines.

La question n’est donc pas de savoir comment administrer la mémoire, mais comment la démocratiser.

La décentralisation réelle des politiques patrimoniales, la sécurisation des métiers, l’intégration des universités et la reconnaissance des mémoires locales et contemporaines constitueraient des leviers bien plus efficaces que la sacralisation institutionnelle du passé.

La question n’est donc pas de savoir comment administrer la mémoire, mais comment la démocratiser.

Car la mémoire n’est ni un décor ni un capital symbolique : elle est un bien commun, traversé de conflits, de récits multiples et d’enjeux sociaux.

La protéger exige moins de solennité et plus de politique.

* Historien.

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Tunisie | Appel à la création d’un ministère des Antiquités

31. Januar 2026 um 09:22

Un groupe d’intellectuels, d’écrivains et d’artistes ont publié, le 27 janvier 2026, une «Déclaration de souveraineté sur la mémoire», dont nous reproduisons ci-dessous, la traduction, où ils appellent à la création d’un «ministère des Antiquités et du Patrimoine» pour mieux préserver la mémoire nationale des pillages et des destructions. (Photo: site archéologique de Carthage).

Nous, soussignés, intellectuels, créateurs et gardiens de l’histoire, lançons cet appel urgent et souverain, fort de notre profonde conviction que la Tunisie, ce territoire géographique héritier d’une longue histoire, est en réalité un musée universel enfoui.

Car dans chaque ville, dans chaque village, dans chacune de nos cités, des civilisations gisent enfouies sous le sol, attendant qu’un État leur rende leur dignité.

La grandeur de la Tunisie réside dans la diversité, la richesse et l’étendue de son patrimoine, qui gît sous nos pieds à chaque coin de rue. Ici, l’histoire ne se limite pas aux sites de Carthage, El Jem, Sbeitla, Chemtou, Bulla Regia ou Kerkouane… ou d’autres sites connus ou découverts, elle coule dans les veines de la terre, depuis le quai du port punique englouti de Ras Salakta, jusqu’aux ruines de Kairouan révélées par les inondations, et depuis les côtes de Mahdia, Nabeul et Monastir qui recèlent des trésors révélés à chaque tempête, jusqu’aux forteresses du nord et aux plaines du sud. Car la Tunisie dans son ensemble représente un réservoir de mémoire humaine, et cette «exception civilisationnelle» – si l’on peut dire – ne peut rester otage d’une dépendance administrative déficiente vis-à-vis du ministère des Affaires culturelles.

La subordination de ce patrimoine à des structures administratives secondaires constitue un lent assassinat de l’identité. La politique d’«urgence culturelle» et les alertes lancés après chaque évènement climatique, un pillage ou une destruction systématique, ne sont que des palliatifs sans effet.

Aujourd’hui, notre patrimoine oscille entre la fragilité de la protection juridique et des carences structurelles, laissant nos trésors dans chaque village et chaque ville exposés à un pillage silencieux et à une destruction publique, une situation qui n’est plus acceptable dans un pays qui comprend que la réappropriation de l’histoire est le premier pas vers la libération de l’avenir.

Nous renouvelons notre appel à la création immédiate et sans délai d’un ministère des Antiquités et du Patrimoine, une structure souveraine indépendante dotée d’une autonomie financière et d’une volonté politique claire et inébranlable, disposant d’équipes de terrain permanentes dans tout le pays et d’un budget à la hauteur du patrimoine menacé, œuvrant à la fouille, à la protection et à la valorisation des antiquités.

Transformer les sites historiques, d’un «fardeau de préservation» en un «levier de développement» et de croissance économique, grâce à la recherche scientifique, la numérisation et le tourisme culturel, est essentiel pour restaurer la dignité historique de la Tunisie et le rayonnement international qu’elle mérite.

La Tunisie, ensevelie sous les décombres de la négligence, attend un acte de souveraineté qui sauvera son patrimoine de l’oubli.

Nous appelons le Parlement, le gouvernement et la société civile et politique à assumer leur responsabilité historique avant que la confiance des générations ne soit perdue.

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