Inflation et guerre commerciale : Le regard de Ridha Chkandali sur l’avenir économique de la Tunisie
Le professeur d’économie à l’Université de Tunis, Ridha Chkandali, estime que la guerre commerciale internationale pourrait provoquer une nouvelle flambée de l’inflation, non seulement aux États-Unis, mais également en Europe et en Tunisie. Ce phénomène entraînera, selon lui, une politique monétaire prudente de la part des banques centrales à l’échelle mondiale, et influencera à la fois les économies locales et internationales.
Dans un entretien accordé à l’Agence TAP, l’économiste a partagé son analyse des tendances inflationnistes en Tunisie, en s’appuyant sur des données récentes de l’Institut national de la statistique (INS). Il a souligné l’impact de la consommation pendant le mois de Ramadan, entraînant une légère hausse de l’inflation, ainsi que les effets des politiques protectionnistes sur les échanges commerciaux mondiaux.
Une inflation modérée, mais persistante
En mars 2025, le taux d’inflation en Tunisie a atteint 5,9 %, une légère hausse par rapport aux 5,7 % enregistrés en février. Avant cette période, l’inflation avait connu une tendance à la baisse pendant plusieurs mois, ce qui avait incité la Banque centrale de Tunisie à réduire son taux directeur à 7,5 %. Cependant, Chkandali précise que cette hausse, bien qu’enregistrée pendant le mois de Ramadan, n’est pas un phénomène inédit en Tunisie, car une augmentation similaire avait été observée en mars 2024, coïncidant également avec Ramadan.
L’économiste souligne que bien que l’inflation se soit accrue, cela ne signifie pas une baisse générale des prix. Au contraire, il met en avant que le pouvoir d’achat des citoyens continue de se dégrader, notamment à travers des hausses significatives des prix des produits de première nécessité, tels que les viandes, les légumes frais et les services essentiels.
Pour Chkandali, l’inflation calculée sur une base annuelle glissante ne reflète pas la réalité quotidienne des Tunisiens. Selon lui, les citoyens comparent plus souvent les prix actuels de ce mois avec ceux du mois précédent, plutôt qu’avec ceux de l’année précédente. Ainsi, l’inflation a augmenté de 0,9 % en mars 2025 par rapport à février, poursuivant la tendance observée dans les mois précédents.
Un climat incertain…
L’économiste évoque les risques d’une hausse continue de l’inflation dans les mois à venir, prévoyant que cela pourrait être exacerbé par l’augmentation des droits de douane par les États-Unis. Il souligne que bien que la Banque centrale de Tunisie joue un rôle important dans la gestion de la masse monétaire, le contrôle de l’inflation ne peut se faire sans une coopération étroite entre la Banque centrale et le gouvernement.
Chkandali insiste aussi sur l’importance d’une politique économique coordonnée, qui intègre des stratégies à la fois monétaires et fiscales pour stimuler la production et encourager l’investissement privé. Ce n’est que par l’augmentation de l’offre sur le marché que l’inflation pourra être maîtrisée.
Par ailleurs, l’impact des politiques commerciales, notamment la guerre des tarifs douaniers menée par les États-Unis, pourrait également perturber l’équilibre économique de la Tunisie. Selon les données de 2024, les exportations tunisiennes vers les États-Unis se sont élevées à environ 2 milliards de dinars, représentant seulement 3 % des exportations totales du pays. Bien que les effets directs des droits de douane sur les échanges commerciaux avec la Tunisie semblent faibles, Chkandali souligne que la perte de l’excédent commercial, particulièrement en période de difficultés économiques, pourrait nuire à la stabilité financière du pays.
Les secteurs affectés, notamment le textile, l’huile d’olive et les dattes, risquent de perdre en compétitivité face à des droits de douane plus élevés. Cette situation pourrait entraîner un déplacement des investissements étrangers vers des pays concurrents, comme le Maroc, et pourrait redessiner les cartes de l’investissement direct étranger dans la région.
Face à ces défis, Chkandali plaide pour une politique économique intégrée. Il appelle à une révision de la loi fondamentale de la Banque centrale pour y inclure un objectif supplémentaire : la stimulation de la croissance économique. Cela permettrait de concilier la lutte contre l’inflation et le soutien à l’investissement productif. En outre, il recommande une révision de la loi de finances pour contraindre l’État à utiliser les emprunts directs de la Banque centrale uniquement à des fins de financement productif, et non pour les dépenses de consommation.