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Monnaie – Chronique d’une indépendance sous tension

25. März 2026 um 09:20

Il est des moments où les certitudes économiques se fissurent sous la pression de l’histoire. La monnaie, que l’on croyait neutre, technique, presque froide, redevient soudain un instrument profondément politique. La récente inflexion des projections de la Banque centrale européenne n’est pas un simple ajustement statistique : elle révèle une transformation plus profonde, presque philosophique, du rôle des banques centrales dans un monde désormais dominé par les chocs géopolitiques. La guerre au Moyen-Orient, en ravivant le spectre d’une inflation énergétique, agit comme un révélateur brutal : l’indépendance monétaire, longtemps érigée en dogme, se heurte aujourd’hui à la réalité d’un monde instable où l’économie ne peut plus être pensée hors du politique.

 

Les chiffres parlent d’eux-mêmes, mais ils ne disent pas tout. Une inflation attendue à 2,6 % en 2026, une croissance ramenée à 0,9 % : derrière ces données se dessine une tension fondamentale, presque tragique, entre deux impératifs contradictoires. Stabiliser les prix ou soutenir l’activité ? Agir ou attendre ? La BCE se retrouve enfermée dans ce dilemme classique, mais exacerbé par la nature même du choc.

Car cette inflation n’est pas le produit d’un excès de demande. Elle est importée, énergétique, géopolitique. Elle échappe, en grande partie, aux leviers traditionnels de la politique monétaire. En ce sens, elle met en échec l’héritage intellectuel de Milton Friedman, pour qui l’inflation relevait avant tout d’un phénomène monétaire. Le réel, une fois encore, déborde la théorie.

Dans cette configuration, relever les taux revient à agir sur les symptômes plutôt que sur les causes. C’est contenir la demande intérieure sans pouvoir infléchir le prix du pétrole ou du gaz. C’est, en somme, accepter une forme de sacrifice économique au nom de la crédibilité monétaire.

Mais peut-on encore parler de crédibilité lorsque les instruments apparaissent impuissants face à l’origine du choc ? La question, longtemps théorique, devient aujourd’hui concrète.

Banques centrales : entre indépendance proclamée et dépendance réelle

Depuis plusieurs décennies, l’indépendance des banques centrales s’est érigée en principe presque intangible. Elle était censée assurer la discipline monétaire, prémunir contre les dérives inflationnistes des gouvernements et stabiliser les anticipations. Les travaux de Robert Barro, bien connus de nos étudiants, ont conféré à cette doctrine une base théorique robuste : pour être crédible, la politique monétaire devait être affranchie des aléas et des cycles politiques.

Mais l’histoire récente a profondément ébranlé cette architecture. La crise financière de 2008, puis la pandémie, ont transformé les banques centrales en acteurs centraux de la stabilisation économique. Elles ont injecté des liquidités massives, soutenu les marchés, parfois même financé indirectement les États. Loin d’être des institutions neutres, elles sont devenues des piliers du système.

Aujourd’hui, avec le retour des chocs géopolitiques, une nouvelle étape est franchie. La BCE ne réagit plus seulement à des déséquilibres économiques internes ; elle doit intégrer des variables exogènes, imprévisibles, souvent violentes. Elle devient, malgré elle, un acteur du monde.

Les anticipations des grandes institutions financières – J.P. Morgan, Barclays, Morgan Stanley – traduisent cette mutation. Elles ne se contentent plus d’analyser des fondamentaux économiques; elles tentent d’anticiper des décisions prises dans un environnement saturé d’incertitudes politiques. Le calendrier des hausses de taux, désormais envisagé dès avril avec des prolongements en juin, juillet ou septembre, devient lui-même tributaire d’événements qui échappent à la sphère économique.

Dans ce contexte, l’indépendance apparaît comme une fiction utile mais incomplète. Elle existe dans les statuts, mais elle se heurte aux contraintes du réel.

Le langage des banquiers centraux : une rhétorique de l’incertitude

Les mots ont changé. Ils sont devenus plus prudents, mais aussi plus chargés. Lorsque François Villeroy de Galhau (3*) évoque un conflit « plus long, plus intense », il ne se contente pas de décrire une situation géopolitique : il prépare les esprits à une inflexion monétaire. Le discours des banquiers centraux, autrefois technique, s’est mué en un exercice d’équilibriste, où chaque phrase doit à la fois rassurer et alerter.

Cette évolution n’est pas anodine. Elle traduit une transformation profonde du rôle des banques centrales dans la formation des anticipations. Comme l’a montré Paul Krugman (4*), la politique monétaire est aussi une politique des attentes. Or, dans un monde incertain, ces attentes deviennent elles-mêmes instables.

La BCE doit ainsi naviguer entre deux écueils : agir trop tôt et risquer de casser la croissance, ou agir trop tard et perdre le contrôle de l’inflation. Ce dilemme, déjà présent en 2022, revient aujourd’hui avec une intensité accrue. Mais cette fois, l’institution semble déterminée à ne pas répéter les hésitations du passé.

L’onde de choc européenne et ses résonances tunisiennes

Pour la Tunisie, cette séquence européenne n’est pas un simple épisode lointain. Elle constitue une onde de choc aux multiples canaux de transmission, économiques, financiers et sociaux.

Le premier de ces canaux est monétaire. Un resserrement des taux en zone euro tend à renforcer l’attractivité de la devise européenne, ce qui exerce une pression sur le dinar. Dans un pays où les équilibres extérieurs sont fragiles, cette dynamique peut rapidement se traduire par une dépréciation, alimentant à son tour l’inflation importée.

Le second canal est financier. La hausse des taux européens renchérit le coût du capital à l’échelle mondiale. Pour une économie comme la Tunisie, déjà confrontée à des contraintes de financement, cela signifie un accès plus difficile et plus coûteux aux marchés internationaux. La dette devient plus lourde, les marges de manœuvre budgétaires plus étroites.

Mais c’est peut-être par le canal réel que l’impact sera le plus durable. Une croissance européenne affaiblie réduit la demande adressée aux exportations tunisiennes. Elle pèse sur le tourisme, sur les investissements, sur l’ensemble des flux qui relient la Tunisie à son principal partenaire économique.

À cela s’ajoute la question énergétique. La hausse des prix du pétrole et du gaz, amplifiée par les tensions géopolitiques, frappe directement une économie dépendante des importations. Elle alimente l’inflation, creuse le déficit extérieur et fragilise le pouvoir d’achat.

Ainsi, la Tunisie se retrouve à la croisée des vulnérabilités : monétaire, financière, commerciale et énergétique.

Repenser l’indépendance à l’échelle nationale : le cas tunisien

Dans ce contexte, le débat sur l’indépendance des banques centrales prend une dimension particulière. La Banque centrale de Tunisie, comme ses homologues, est confrontée à une équation complexe : contenir l’inflation sans étouffer une économie déjà fragile.

Mais la question dépasse le cadre strict de la politique monétaire. Elle renvoie à la cohérence globale du « policy mix ». Comme le souligne Olivier Blanchard (5*), la coordination entre politique monétaire et politique budgétaire est devenue essentielle dans un monde marqué par des chocs multiples.

Pour la Tunisie, cela implique de sortir d’une approche fragmentée des politiques économiques. La lutte contre l’inflation ne peut reposer uniquement sur les taux d’intérêt. Elle nécessite une stratégie plus large, intégrant la politique énergétique, la politique industrielle et la gestion des équilibres extérieurs.

L’indépendance de la banque centrale, dans ce cadre, ne doit pas être remise en cause, mais repensée. Non pas comme une séparation stricte, mais comme une articulation intelligente entre différentes sphères de décision.

Vers une économie de l’incertitude permanente

Au fond, ce que révèle la séquence actuelle, c’est l’entrée dans une nouvelle ère. Une ère où les chocs ne sont plus exceptionnels mais permanents, où l’incertitude devient la norme, où les frontières entre « économie » et « géopolitique » s’effacent.

Dans ce monde, les banques centrales ne peuvent plus se contenter d’être des gardiennes de la stabilité des prix. Elles doivent devenir des institutions capables d’absorber les chocs, d’orienter les anticipations, de participer à la résilience globale des économies.

Mais cette transformation a un prix : celui de la fin de l’illusion de neutralité. La politique monétaire est, et restera, profondément politique.

Pour la Tunisie, l’enjeu est clair. Il ne s’agit pas seulement de s’adapter aux décisions de la BCE, mais de construire une capacité interne de résistance et d’anticipation. Cela suppose des réformes structurelles, mais aussi une réflexion renouvelée sur le rôle de l’État, des institutions et des politiques économiques.

Car dans un monde incertain, la véritable indépendance n’est peut-être pas celle des banques centrales, mais celle des économies elles-mêmes.

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(2*) Robert Joseph Barro est un macroéconomiste américain, né le 28 septembre 1944 à New York et professeur d’économie à l’université Harvard. Barro est connu pour ses contributions en macroéconomie, notamment ses travaux sur la croissance économique et les effets des politiques fiscales. Il est considéré comme un économiste de tendance libérale classique voire libertarien, influençant les débats économiques contemporains.

(3*) François Villeroy de Galhau est né le 24 février 1959 à Strasbourg. Il est un ancien élève de l’ENA et inspecteur des finances, ayant rejoint la direction du Trésor en 1988.

(4*) Paul Krugman né le 28 février 1953, est un économiste américain renommé et professeur à l’Université de Princeton, connu pour ses contributions à la théorie du commerce international. Krugman écrit sur des sujets économiques variés tels que la distribution des revenus, la fiscalité, la macroéconomie et il est éditorialiste au New York Times. En plus de ses travaux académiques, Paul Krugman a reçu le Prix Nobel d’économie pour ses avancées dans la compréhension des échanges internationaux.

(5*) Olivier Blanchard est un économiste français né le 27 décembre 1948. Il est principalement connu pour ses contributions à la macroéconomie, et pour avoir été l’économiste en chef du Fonds monétaire international entre 2008 et 2015.

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG)

L’article Monnaie – Chronique d’une indépendance sous tension est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

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Les lignes de fracture d’un monde sous tension : stagflation globale et vulnérabilités maghrébines

23. März 2026 um 05:30

Il y a des moments dans l’histoire économique où les chiffres cessent d’être de simples indicateurs pour devenir des signaux d’alerte. Nous sommes précisément à l’un de ces points de bascule. La guerre au Moyen-Orient ne constitue pas seulement un épisode géopolitique de plus dans une région coutumière des tensions ; elle agit comme un révélateur brutal des déséquilibres accumulés au cœur de l’économie mondiale. L’avertissement formulé par Joseph Stiglitz (**) prend, dans ce contexte, une résonance particulière : la stagflation n’est plus un risque théorique, elle redevient une possibilité tangible. Et dans cette recomposition accélérée, le Maghreb se retrouve à la croisée des vulnérabilités, des fractures et des recompositions stratégiques.

 

La notion de stagflation, longtemps reléguée aux crises pétrolières du XXe siècle, réapparaît aujourd’hui dans un contexte profondément transformé. Elle n’est plus seulement le produit d’un choc énergétique, mais le résultat d’une combinaison complexe de facteurs de fractures : déséquilibres monétaires, fragmentation commerciale, tensions géopolitiques et mutation technologique.

Aux États-Unis, cette dynamique prend une forme particulièrement préoccupante. La croissance, bien que positive en apparence, repose sur des bases étroites et déséquilibrées. L’essor de l’intelligence artificielle et des infrastructures numériques masque une réalité plus contrastée : celle d’une économie dont les moteurs traditionnels – industrie, consommation de masse, investissement productif – montrent des signes d’essoufflement.

Dans ce contexte, le choc géopolitique agit comme un amplificateur. Il ne crée pas la crise, il en accélère la manifestation. L’augmentation brutale des prix de l’énergie, combinée à une incertitude généralisée, perturbe les mécanismes d’ajustement traditionnels et enferme l’économie dans une dynamique contradictoire : inflation persistante et croissance atone.

Le détroit d’Ormuz : épicentre d’un choc systémique

Au cœur de cette séquence se trouve un point géographique dont l’importance dépasse largement sa taille : le détroit d’Ormuz. En temps normal, il constitue une artère fluide du commerce mondial. En période de crise, il devient un verrou stratégique capable de désorganiser l’ensemble du système énergétique global.

La flambée des prix du pétrole qui a suivi son blocage n’est pas un simple épisode spéculatif. Elle traduit une réalité structurelle : la dépendance persistante de l’économie mondiale aux hydrocarbures. Malgré les discours sur la transition énergétique, le pétrole demeure le socle invisible de la production, du transport et des échanges.

Cette dépendance confère au choc actuel une dimension systémique. Il ne s’agit pas seulement d’une hausse des coûts énergétiques, mais d’un renchérissement généralisé de l’ensemble des chaînes de valeur. Chaque secteur, de l’agriculture à l’industrie, en passant par les services, se trouve affecté, directement ou indirectement.

L’incertitude comme nouvelle variable économique dominante

L’un des aspects les plus marquants de la crise actuelle réside dans l’ampleur de l’incertitude qu’elle génère. Cette incertitude n’est pas seulement liée à la durée du conflit ou à l’évolution des prix de l’énergie ; elle concerne l’ensemble des règles du jeu économique.

Les entreprises, confrontées à des politiques commerciales imprévisibles et à des coûts de production volatils, hésitent à investir. Les ménages, de leur côté, adoptent des comportements de précaution, réduisant leur consommation et augmentant leur épargne. Ce double mouvement contribue à freiner la croissance, renforçant ainsi les risques de stagnation.

Dans ce contexte, les outils traditionnels de politique économique montrent leurs limites. Les banques centrales, en particulier, se trouvent dans une situation délicate. Relever les taux pour contenir l’inflation risque d’aggraver le ralentissement économique ; les maintenir à un niveau bas pourrait alimenter davantage les tensions inflationnistes. Ce dilemme illustre parfaitement la nature stagflationniste de la crise.

Le paradoxe du dollar et la crise de confiance

Un autre élément clé de cette séquence réside dans l’évolution inattendue du dollar. Contrairement aux schémas classiques, la montée du protectionnisme ne s’accompagne pas d’une appréciation de la monnaie américaine. Au contraire, celle-ci tend à s’affaiblir.

Ce phénomène traduit une transformation plus profonde : l’érosion de la confiance dans le système économique américain. Les politiques commerciales erratiques, combinées à une polarisation politique accrue, contribuent à fragiliser la crédibilité des États-Unis en tant que pilier du système monétaire international.

La faiblesse du dollar agit alors comme un multiplicateur d’inflation. En renchérissant le coût des importations, elle alimente la hausse des prix, neutralisant les effets attendus des mesures protectionnistes. Cette dynamique renforce le caractère auto-entretenu de la stagflation.

Le Maghreb face à une triple contrainte : énergie, finances et stabilité sociale

Dans ce paysage global sous tension, les économies du Maghreb apparaissent particulièrement exposées. Leur vulnérabilité repose sur une triple contrainte qui se renforce mutuellement : dépendance énergétique, fragilité budgétaire et sensibilité sociale à l’inflation.

Pour la Tunisie, le choc pétrolier se traduit immédiatement par une dégradation des équilibres externes. L’augmentation de la facture énergétique alourdit le déficit commercial, exerce une pression sur les réserves en devises et limite la capacité d’intervention de l’État.

Sur le plan budgétaire, la situation est tout aussi préoccupante. Le maintien des mécanismes de subvention devient de plus en plus coûteux, tandis que les marges de financement se réduisent. Cette contrainte budgétaire limite la capacité de l’État à amortir le choc pour les ménages et les entreprises.

Mais c’est peut-être sur le plan social que les implications sont les plus sensibles. L’inflation, en particulier celle liée à l’énergie et aux produits de base, affecte directement le pouvoir d’achat. Dans des économies où la consommation constitue un moteur essentiel de l’activité, cette érosion peut rapidement se traduire par un ralentissement généralisé.

L’Algérie et la Libye : des amortisseurs relatifs mais fragiles

Dans cet environnement, les pays exportateurs d’hydrocarbures du Maghreb, comme l’Algérie et la Libye, bénéficient d’un effet d’aubaine à court terme. La hausse des prix du pétrole améliore leurs recettes d’exportation et renforce leurs positions budgétaires.

Cependant, cet avantage reste fragile. Il dépend étroitement de l’évolution des prix internationaux et ne résout pas les défis structurels liés à la diversification économique. Par ailleurs, une dépendance excessive aux hydrocarbures expose ces économies à une volatilité accrue, limitant leur capacité à planifier sur le long terme.

Vers une reconfiguration stratégique du Maghreb

Au-delà des risques immédiats, la crise actuelle ouvre également un espace de réflexion stratégique pour le Maghreb. Elle met en lumière la nécessité d’une transformation profonde des modèles économiques.

La question énergétique apparaît comme centrale. La transition vers les énergies renouvelables n’est plus seulement un enjeu environnemental, mais une impératif de souveraineté économique. Le potentiel solaire et éolien de la région constitue un atout majeur, encore largement sous-exploité.

Par ailleurs, la recomposition des chaînes de valeur mondiales offre une opportunité de repositionnement. La proximité géographique avec l’Europe pourrait permettre au Maghreb de s’imposer comme une plateforme industrielle et logistique alternative, dans un contexte de relocalisation partielle des activités.

Enfin, la coopération régionale, longtemps entravée par des considérations politiques, apparaît plus que jamais nécessaire. Une intégration économique renforcée permettrait de mutualiser les ressources, d’élargir les marchés et d’accroître la résilience face aux chocs externes.

In fine : entre vulnérabilité et nécessité de transformation

La crise actuelle agit comme un révélateur impitoyable des fragilités du système économique mondial. Elle rappelle que la stabilité apparente des dernières décennies reposait sur des équilibres précaires, aujourd’hui remis en cause.

Pour le Maghreb, l’enjeu dépasse la gestion conjoncturelle du choc. Il s’agit d’engager une transformation structurelle capable de réduire les vulnérabilités et de saisir les opportunités offertes par la recomposition en cours.

Car dans un monde marqué par l’inc neertitude et la fragmentation, la capacité d’adaptation ne suffit plus. Seule une stratégie proactive, fondée sur la diversification, l’innovation et la coopération, permettra de transformer les crises en leviers de développement.

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(**) Joseph Stiglitz est un économiste américain de renom, né le 9 février 1943. Il est principalement connu pour ses travaux sur l’asymétrie d’information et sa critique virulente du néolibéralisme et de la gestion de la mondialisation. 

Points clés de sa carrière

  • Prix Nobel : il a reçu le prix Nobel d’économie en 2001 (partagé avec George Akerlof et Michael Spence) pour ses analyses des marchés où les participants ne disposent pas des mêmes informations.
  • Fonctions officielles : il a été président du Conseil des conseillers économiques du président Bill Clinton (1995-1997) et économiste en chef de la Banque mondiale (1997-2000).
  • Enseignement : il est actuellement « University Professor » à l’Université de Columbia. 

 

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG)

L’article Les lignes de fracture d’un monde sous tension : stagflation globale et vulnérabilités maghrébines est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

ECLAIRAGE – Le monde vacille, la Tunisie encaisse

18. März 2026 um 05:45

Il est des chocs qui ne préviennent pas, mais qui révèlent tout. Lorsque les marchés deviennent fébriles, que le pétrole franchit à nouveau des seuils critiques et que les grandes puissances monétaires suspendent leur souffle, les économies les plus exposées ne disposent d’aucun luxe d’attente. Elles encaissent. La conjoncture, marquée par les tensions au Moyen-Orient et l’attentisme des banques centrales, agit ainsi comme un révélateur brutal des fragilités structurelles de Tunisie. Dans ce théâtre global de l’incertitude, chaque variation du baril du pétrole, chaque déclaration de la Réserve fédérale américaine, chaque frémissement du dollar se traduit, localement, par des arbitrages douloureux.

 

Le retour d’un pétrole durablement au-dessus des 100 dollars n’est pas une simple donnée de marché. Il constitue une ligne de fracture. Pour une économie importatrice nette d’hydrocarbures comme la Tunisie, la hausse du brut agit immédiatement comme un choc budgétaire.

Le déficit énergétique, déjà chronique, se creuse mécaniquement. La facture extérieure s’alourdit, tandis que les finances publiques sont placées sous tension. Le système de compensation, pilier fragile de la stabilité sociale, se retrouve à nouveau sous pression. Faut-il absorber le choc en creusant le déficit ou le transférer vers les prix domestiques au risque d’une crispation sociale ?

 

Lire aussi – Crise des finances publiques en Tunisie : les économistes prescrivent, les décideurs tergiversent

 

Dans cette équation, le pétrole devient un facteur de souveraineté. Non pas parce que la Tunisie en produit, mais précisément parce qu’elle en dépend.

Inflation importée : la mécanique silencieuse de l’appauvrissement

L’inflation, souvent perçue comme un phénomène abstrait, prend ici une dimension concrète et quotidienne. Elle s’infiltre dans les coûts de transport, dans les prix alimentaires, dans les biens intermédiaires. Elle devient une mécanique silencieuse d’érosion du pouvoir d’achat.

Dans un pays où la dépendance aux importations reste élevée, chaque tension géopolitique se transforme en inflation importée. Et lorsque cette inflation s’installe dans la durée, elle modifie les comportements : les ménages réduisent leur consommation, les entreprises reportent leurs investissements, l’économie ralentit.

Le danger n’est pas seulement une hausse des prix. C’est l’installation d’un climat d’incertitude économique où les anticipations deviennent défensives.

Banques centrales : le temps suspendu des décisions impossibles

Au cœur de cette séquence, les banques centrales avancent avec prudence. La Banque centrale européenne (BCE), comme la Réserve fédérale américaine, semblent privilégier l’attentisme face à un choc encore difficile à quantifier.

Mais cette pause apparente ne signifie pas détente. Les taux restent élevés, les conditions financières demeurent restrictives et les marchés restent hypersensibles au moindre signal.

Pour la Banque centrale de Tunisie (BCT), l’équation est encore plus complexe. Il ne s’agit pas seulement d’arbitrer entre inflation et croissance, mais de composer avec des contraintes externes sur lesquelles elle n’a aucune prise.

 

Lire également – Choc pétrolier au Golfe : la Tunisie serait-elle au bord de l’explosion inflationniste ?

 

Relever les taux pour contenir l’inflation ? Cela risque d’étouffer une économie déjà fragile. Les maintenir ? C’est prendre le risque d’une dérive inflationniste et d’une pression accrue sur le dinar.

Dans cette configuration, la politique monétaire n’est plus un levier souverain. Elle devient un exercice d’équilibriste.

Le dollar fort : une pression invisible mais constante

Lorsque le dollar se renforce, ce n’est pas seulement une question de parité monétaire. C’est une onde de choc silencieuse pour les économies dépendantes.

La majorité des importations stratégiques de la Tunisie, notamment énergétiques, est libellée en dollars. Ainsi, chaque appréciation du billet vert renchérit automatiquement la facture extérieure. Le dinar, pris en étau entre inflation et déséquilibres extérieurs, subit des pressions récurrentes.

Ce mécanisme nourrit une spirale bien connue : dépréciation monétaire, inflation importée, érosion du pouvoir d’achat. Une dynamique difficile à enrayer sans réformes structurelles profondes.

Marchés financiers : la contagion de la prudence

La nervosité des marchés européens, perceptible à travers des indices comme le CAC 40 ou le EuroStoxx 50, traduit une montée de l’aversion au risque. Cette prudence n’épargne pas les marchés émergents.

La Bourse de Tunis (BVMT), bien que relativement isolée, n’évolue pas en vase clos. Le retrait des investisseurs étrangers, la contraction de la liquidité et l’attentisme des acteurs locaux peuvent freiner la dynamique du marché.

Dans ce contexte, les opportunités existent, mais elles deviennent sélectives. Les secteurs générant des revenus en devises ou moins dépendants des importations pourraient résister. Mais l’ensemble reste dominé par une logique de prudence.

Ralentissement mondial : le choc différé mais inévitable

Les mises en garde de l’OCDE sur un ralentissement potentiel de la croissance mondiale ne relèvent pas de la simple anticipation. Elles annoncent un choc différé.

Pour la Tunisie, dont les principaux partenaires économiques se trouvent en Europe, un ralentissement du commerce mondial se traduit directement par une baisse des exportations. Les secteurs industriels, déjà fragilisés, pourraient en subir les conséquences.

Le tourisme, autre pilier des entrées en devises, reste également vulnérable à l’incertitude géopolitique. Or, dans un contexte de tensions prolongées, les flux touristiques deviennent plus volatils.

Une économie sous contrainte : entre adaptation et dépendance

Ce qui se joue aujourd’hui dépasse la conjoncture. C’est la capacité de résilience de l’économie tunisienne qui est mise à l’épreuve.

Chaque crise internationale rappelle la même réalité : la dépendance énergétique, la fragilité des équilibres extérieurs et la limitation des marges de manœuvre macroéconomiques. Tant que ces vulnérabilités persistent, chaque choc exogène se transforme en crise interne.

Mais dans cette contrainte réside aussi une opportunité. Celle de repenser le modèle économique, d’accélérer la transition énergétique, de renforcer la production locale et de diversifier les partenaires commerciaux.

Du choc subi à la stratégie choisie

Le monde entre dans une phase de désordre durable, où les crises ne sont plus des accidents, mais des composantes du système. Dans cet environnement, la Tunisie ne peut plus se contenter de subir.

La hausse des cours du pétrole, les tensions géopolitiques et l’attentisme monétaire mondial ne sont que les symptômes d’un basculement plus profond. Face à cette nouvelle réalité, l’enjeu n’est plus seulement de résister, mais de transformer.

Dans un monde instable, la véritable souveraineté ne réside pas dans l’absence de chocs, mais dans la capacité à les absorber, les anticiper et, surtout, à en faire des leviers de mutation économique.

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG)

L’article ECLAIRAGE – Le monde vacille, la Tunisie encaisse est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

Tunisie : une accalmie apparente dans un monde économique sous tension

16. März 2026 um 12:00

Dans un monde où les marchés financiers oscillent entre espoir de détente monétaire et inquiétudes géopolitiques persistantes, les économies émergentes avancent sur une ligne de crête. La Tunisie ne fait pas exception à cette règle.

Alors que l’économie mondiale tente de sortir progressivement d’un cycle d’inflation élevée et de politiques monétaires restrictives, les marges de manœuvre des pays à revenu intermédiaire restent étroites. La volatilité des marchés de l’énergie, les tensions géopolitiques au Moyen-Orient et les incertitudes liées à l’évolution du commerce international continuent de peser sur les perspectives économiques globales.

Dans ce contexte, les indicateurs monétaires et financiers tunisiens arrêtés au 13 mars 2026 offrent un éclairage intéressant sur l’état réel de l’économie nationale : celui d’une stabilisation relative, mais encore fragile, reposant sur des équilibres précaires et des moteurs de croissance insuffisamment renouvelés.

Une détente monétaire prudente dans un environnement incertain

L’un des faits marquants de la conjoncture monétaire récente est la détente progressive de la politique monétaire tunisienne.

Le taux directeur de la Banque centrale s’établit désormais à 7 %, contre 8 % à la même période de l’année précédente. Le taux du marché monétaire s’inscrit dans la même dynamique, à 6,99 %, confirmant la transmission relativement efficace de la politique monétaire.

Cette baisse des taux reflète une évolution notable de l’environnement inflationniste et une volonté des autorités monétaires de soutenir progressivement l’activité économique. Après plusieurs années de resserrement monétaire destiné à contenir l’inflation et à stabiliser le dinar, l’économie tunisienne semble entrer dans une phase plus équilibrée.

Cependant, cette détente reste prudente. Les banques centrales du monde entier avancent avec précaution, conscientes que la bataille contre l’inflation n’est pas totalement gagnée. Dans ce contexte, la Banque centrale de Tunisie cherche avant tout à préserver la stabilité financière tout en évitant un ralentissement excessif du crédit et de l’investissement.

Une liquidité bancaire toujours dépendante de la Banque centrale

Malgré cette détente monétaire, la structure du marché monétaire tunisien révèle une dépendance persistante du système bancaire à l’égard des injections de liquidité de la Banque centrale.

Le volume global du refinancement bancaire atteint près de 10,9 milliards de dinars. Certes, ce niveau reste inférieur aux 13,3 milliards enregistrés un an auparavant, mais il demeure élevé au regard des standards historiques.

Les appels d’offres de la Banque centrale continuent ainsi de représenter une source essentielle de financement pour les banques. Les opérations d’open market, dont l’encours dépasse encore 3,8 milliards de dinars, illustrent cette nécessité permanente d’injecter de la liquidité dans le système financier.

Cette situation s’explique en grande partie par la structure même de l’économie tunisienne. L’insuffisance de l’épargne financière, la forte demande de financement du secteur public et l’importance de la circulation fiduciaire contribuent à maintenir une pression permanente sur la liquidité bancaire.

L’expansion de la monnaie fiduciaire : symptôme d’une économie duale

Parmi les indicateurs les plus révélateurs de l’économie tunisienne figure la progression continue des billets et monnaies en circulation.

Au 12 mars 2026, la circulation fiduciaire atteint près de 27,9 milliards de dinars, contre environ 23,3 milliards à la même période de l’année précédente. Cette hausse de plus de 4,6 milliards de dinars en un an constitue un signal significatif.

Elle reflète à la fois l’importance de l’économie informelle et une certaine préférence des agents économiques pour la liquidité. Dans un contexte d’incertitudes économiques et sociales, les ménages et certaines entreprises privilégient les transactions en espèces, perçues comme plus flexibles et moins contraignantes.

Cette évolution n’est toutefois pas sans conséquences. Elle réduit les dépôts bancaires disponibles pour financer l’économie et accentue la dépendance du système bancaire aux refinancements de la Banque centrale.

En d’autres termes, la croissance de la monnaie fiduciaire constitue à la fois un indicateur de vitalité économique informelle et un facteur de fragilisation du système financier formel.

Des finances publiques toujours sous pression

Les finances publiques continuent de constituer l’un des principaux défis de l’économie tunisienne.

Le solde du compte courant du Trésor s’établit à un peu plus de 1,1 milliard de dinars, en baisse par rapport à l’année précédente. Cette évolution reflète la persistance d’importants besoins de financement budgétaire.

La structure de la dette intérieure révèle également une transformation progressive. L’encours des bons du Trésor à court terme a fortement diminué. Tandis que celui des bons du Trésor assimilables a considérablement augmenté, dépassant désormais 32,8 milliards de dinars.

Cette évolution traduit une stratégie de gestion de la dette visant à allonger la maturité moyenne des emprunts publics afin de réduire les risques de refinancement à court terme.

Toutefois, elle souligne également l’ampleur de la mobilisation de l’épargne nationale au profit du financement du budget de l’État, au détriment potentiel du financement de l’investissement productif.

Les devises : un pilier essentiel de la stabilité macroéconomique

Dans ce paysage économique contrasté, les entrées de devises jouent un rôle stabilisateur déterminant.

Les recettes touristiques cumulées dépassent 1,16 milliard de dinars au début du mois de mars 2026, confirmant la dynamique de reprise du secteur. Le tourisme demeure ainsi l’un des principaux moteurs de génération de devises pour l’économie nationale.

Les transferts des Tunisiens résidant à l’étranger poursuivent également leur progression, atteignant près de 1,7 milliard de dinars. Ces flux financiers constituent depuis plusieurs années l’un des amortisseurs les plus solides de la balance des paiements.

Grâce à ces entrées, les avoirs nets en devises de la Banque centrale atteignent environ 25,4 milliards de dinars, soit l’équivalent de 107 jours d’importations.

Ce niveau de réserves contribue à renforcer la crédibilité financière du pays et offre une marge de manœuvre appréciable pour absorber d’éventuels chocs externes.

Un dinar relativement résilient face aux fluctuations internationales

Dans un contexte mondial caractérisé par une forte volatilité des devises, le dinar tunisien fait preuve d’une relative résilience.

Face au dollar, la monnaie nationale s’est légèrement appréciée sur un an. Alors qu’elle reste globalement stable vis-à-vis de l’euro. Cette évolution traduit un équilibre relativement maîtrisé sur le marché des changes.

Cette stabilité repose en grande partie sur les entrées régulières de devises issues du tourisme et des transferts des expatriés, mais également sur la gestion prudente de la politique monétaire par la Banque centrale.

Cependant, cet équilibre demeure fragile. Toute détérioration de la balance des paiements ou tout choc externe significatif pourrait rapidement exercer une pression à la baisse sur le dinar.

Les perspectives : une stabilisation fragile à transformer en croissance durable

À court terme, l’économie tunisienne semble évoluer dans une phase de stabilisation relative. La détente monétaire, la reprise du tourisme et la solidité des transferts des expatriés constituent des éléments de soutien importants.

Mais cette stabilisation reste précaire. Les déséquilibres structurels — faiblesse de l’investissement productif, importance de l’économie informelle, pressions budgétaires persistantes — continuent de limiter le potentiel de croissance.

À moyen terme, la véritable question pour l’économie tunisienne n’est pas seulement celle de la stabilité macroéconomique, mais celle de la transformation du modèle de croissance.

La compétitivité industrielle, la modernisation du système financier, l’intégration dans les chaînes de valeur internationales et l’amélioration du climat d’investissement seront autant de facteurs déterminants pour enclencher une dynamique de croissance plus robuste.

Dans un environnement mondial devenu plus exigeant, les économies capables de combiner stabilité macroéconomique et réformes structurelles seront celles qui attireront les capitaux et créeront les emplois de demain.

Pour la Tunisie, l’enjeu des prochaines années sera donc de transformer la fragile accalmie actuelle en véritable trajectoire de redressement économique.

Dans l’économie mondiale contemporaine, la stabilité n’est jamais une fin en soi : elle n’est que la condition préalable à la prospérité durable.

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Références :

(1) Sources principales consultées pour le contexte international : World Bank MENAAP (13/03/2026), données prix Brent / marché pétrolier (143/03/2026), minutes Fed / prises de position récentes, analyses Reuters sur la réaction des marchés aux tensions régionales. (Banque Mondiale)

(2) (*) https://www.bct.gov.tn/bct/siteprod/indicateurs.jsp

(**) https://www.ins.tn/

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG).

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