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ECLAIRAGE – Le monde vacille, la Tunisie encaisse

18. März 2026 um 05:45

Il est des chocs qui ne préviennent pas, mais qui révèlent tout. Lorsque les marchés deviennent fébriles, que le pétrole franchit à nouveau des seuils critiques et que les grandes puissances monétaires suspendent leur souffle, les économies les plus exposées ne disposent d’aucun luxe d’attente. Elles encaissent. La conjoncture, marquée par les tensions au Moyen-Orient et l’attentisme des banques centrales, agit ainsi comme un révélateur brutal des fragilités structurelles de Tunisie. Dans ce théâtre global de l’incertitude, chaque variation du baril du pétrole, chaque déclaration de la Réserve fédérale américaine, chaque frémissement du dollar se traduit, localement, par des arbitrages douloureux.

 

Le retour d’un pétrole durablement au-dessus des 100 dollars n’est pas une simple donnée de marché. Il constitue une ligne de fracture. Pour une économie importatrice nette d’hydrocarbures comme la Tunisie, la hausse du brut agit immédiatement comme un choc budgétaire.

Le déficit énergétique, déjà chronique, se creuse mécaniquement. La facture extérieure s’alourdit, tandis que les finances publiques sont placées sous tension. Le système de compensation, pilier fragile de la stabilité sociale, se retrouve à nouveau sous pression. Faut-il absorber le choc en creusant le déficit ou le transférer vers les prix domestiques au risque d’une crispation sociale ?

 

Lire aussi – Crise des finances publiques en Tunisie : les économistes prescrivent, les décideurs tergiversent

 

Dans cette équation, le pétrole devient un facteur de souveraineté. Non pas parce que la Tunisie en produit, mais précisément parce qu’elle en dépend.

Inflation importée : la mécanique silencieuse de l’appauvrissement

L’inflation, souvent perçue comme un phénomène abstrait, prend ici une dimension concrète et quotidienne. Elle s’infiltre dans les coûts de transport, dans les prix alimentaires, dans les biens intermédiaires. Elle devient une mécanique silencieuse d’érosion du pouvoir d’achat.

Dans un pays où la dépendance aux importations reste élevée, chaque tension géopolitique se transforme en inflation importée. Et lorsque cette inflation s’installe dans la durée, elle modifie les comportements : les ménages réduisent leur consommation, les entreprises reportent leurs investissements, l’économie ralentit.

Le danger n’est pas seulement une hausse des prix. C’est l’installation d’un climat d’incertitude économique où les anticipations deviennent défensives.

Banques centrales : le temps suspendu des décisions impossibles

Au cœur de cette séquence, les banques centrales avancent avec prudence. La Banque centrale européenne (BCE), comme la Réserve fédérale américaine, semblent privilégier l’attentisme face à un choc encore difficile à quantifier.

Mais cette pause apparente ne signifie pas détente. Les taux restent élevés, les conditions financières demeurent restrictives et les marchés restent hypersensibles au moindre signal.

Pour la Banque centrale de Tunisie (BCT), l’équation est encore plus complexe. Il ne s’agit pas seulement d’arbitrer entre inflation et croissance, mais de composer avec des contraintes externes sur lesquelles elle n’a aucune prise.

 

Lire également – Choc pétrolier au Golfe : la Tunisie serait-elle au bord de l’explosion inflationniste ?

 

Relever les taux pour contenir l’inflation ? Cela risque d’étouffer une économie déjà fragile. Les maintenir ? C’est prendre le risque d’une dérive inflationniste et d’une pression accrue sur le dinar.

Dans cette configuration, la politique monétaire n’est plus un levier souverain. Elle devient un exercice d’équilibriste.

Le dollar fort : une pression invisible mais constante

Lorsque le dollar se renforce, ce n’est pas seulement une question de parité monétaire. C’est une onde de choc silencieuse pour les économies dépendantes.

La majorité des importations stratégiques de la Tunisie, notamment énergétiques, est libellée en dollars. Ainsi, chaque appréciation du billet vert renchérit automatiquement la facture extérieure. Le dinar, pris en étau entre inflation et déséquilibres extérieurs, subit des pressions récurrentes.

Ce mécanisme nourrit une spirale bien connue : dépréciation monétaire, inflation importée, érosion du pouvoir d’achat. Une dynamique difficile à enrayer sans réformes structurelles profondes.

Marchés financiers : la contagion de la prudence

La nervosité des marchés européens, perceptible à travers des indices comme le CAC 40 ou le EuroStoxx 50, traduit une montée de l’aversion au risque. Cette prudence n’épargne pas les marchés émergents.

La Bourse de Tunis (BVMT), bien que relativement isolée, n’évolue pas en vase clos. Le retrait des investisseurs étrangers, la contraction de la liquidité et l’attentisme des acteurs locaux peuvent freiner la dynamique du marché.

Dans ce contexte, les opportunités existent, mais elles deviennent sélectives. Les secteurs générant des revenus en devises ou moins dépendants des importations pourraient résister. Mais l’ensemble reste dominé par une logique de prudence.

Ralentissement mondial : le choc différé mais inévitable

Les mises en garde de l’OCDE sur un ralentissement potentiel de la croissance mondiale ne relèvent pas de la simple anticipation. Elles annoncent un choc différé.

Pour la Tunisie, dont les principaux partenaires économiques se trouvent en Europe, un ralentissement du commerce mondial se traduit directement par une baisse des exportations. Les secteurs industriels, déjà fragilisés, pourraient en subir les conséquences.

Le tourisme, autre pilier des entrées en devises, reste également vulnérable à l’incertitude géopolitique. Or, dans un contexte de tensions prolongées, les flux touristiques deviennent plus volatils.

Une économie sous contrainte : entre adaptation et dépendance

Ce qui se joue aujourd’hui dépasse la conjoncture. C’est la capacité de résilience de l’économie tunisienne qui est mise à l’épreuve.

Chaque crise internationale rappelle la même réalité : la dépendance énergétique, la fragilité des équilibres extérieurs et la limitation des marges de manœuvre macroéconomiques. Tant que ces vulnérabilités persistent, chaque choc exogène se transforme en crise interne.

Mais dans cette contrainte réside aussi une opportunité. Celle de repenser le modèle économique, d’accélérer la transition énergétique, de renforcer la production locale et de diversifier les partenaires commerciaux.

Du choc subi à la stratégie choisie

Le monde entre dans une phase de désordre durable, où les crises ne sont plus des accidents, mais des composantes du système. Dans cet environnement, la Tunisie ne peut plus se contenter de subir.

La hausse des cours du pétrole, les tensions géopolitiques et l’attentisme monétaire mondial ne sont que les symptômes d’un basculement plus profond. Face à cette nouvelle réalité, l’enjeu n’est plus seulement de résister, mais de transformer.

Dans un monde instable, la véritable souveraineté ne réside pas dans l’absence de chocs, mais dans la capacité à les absorber, les anticiper et, surtout, à en faire des leviers de mutation économique.

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG)

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Tunisie : une accalmie apparente dans un monde économique sous tension

16. März 2026 um 12:00

Dans un monde où les marchés financiers oscillent entre espoir de détente monétaire et inquiétudes géopolitiques persistantes, les économies émergentes avancent sur une ligne de crête. La Tunisie ne fait pas exception à cette règle.

Alors que l’économie mondiale tente de sortir progressivement d’un cycle d’inflation élevée et de politiques monétaires restrictives, les marges de manœuvre des pays à revenu intermédiaire restent étroites. La volatilité des marchés de l’énergie, les tensions géopolitiques au Moyen-Orient et les incertitudes liées à l’évolution du commerce international continuent de peser sur les perspectives économiques globales.

Dans ce contexte, les indicateurs monétaires et financiers tunisiens arrêtés au 13 mars 2026 offrent un éclairage intéressant sur l’état réel de l’économie nationale : celui d’une stabilisation relative, mais encore fragile, reposant sur des équilibres précaires et des moteurs de croissance insuffisamment renouvelés.

Une détente monétaire prudente dans un environnement incertain

L’un des faits marquants de la conjoncture monétaire récente est la détente progressive de la politique monétaire tunisienne.

Le taux directeur de la Banque centrale s’établit désormais à 7 %, contre 8 % à la même période de l’année précédente. Le taux du marché monétaire s’inscrit dans la même dynamique, à 6,99 %, confirmant la transmission relativement efficace de la politique monétaire.

Cette baisse des taux reflète une évolution notable de l’environnement inflationniste et une volonté des autorités monétaires de soutenir progressivement l’activité économique. Après plusieurs années de resserrement monétaire destiné à contenir l’inflation et à stabiliser le dinar, l’économie tunisienne semble entrer dans une phase plus équilibrée.

Cependant, cette détente reste prudente. Les banques centrales du monde entier avancent avec précaution, conscientes que la bataille contre l’inflation n’est pas totalement gagnée. Dans ce contexte, la Banque centrale de Tunisie cherche avant tout à préserver la stabilité financière tout en évitant un ralentissement excessif du crédit et de l’investissement.

Une liquidité bancaire toujours dépendante de la Banque centrale

Malgré cette détente monétaire, la structure du marché monétaire tunisien révèle une dépendance persistante du système bancaire à l’égard des injections de liquidité de la Banque centrale.

Le volume global du refinancement bancaire atteint près de 10,9 milliards de dinars. Certes, ce niveau reste inférieur aux 13,3 milliards enregistrés un an auparavant, mais il demeure élevé au regard des standards historiques.

Les appels d’offres de la Banque centrale continuent ainsi de représenter une source essentielle de financement pour les banques. Les opérations d’open market, dont l’encours dépasse encore 3,8 milliards de dinars, illustrent cette nécessité permanente d’injecter de la liquidité dans le système financier.

Cette situation s’explique en grande partie par la structure même de l’économie tunisienne. L’insuffisance de l’épargne financière, la forte demande de financement du secteur public et l’importance de la circulation fiduciaire contribuent à maintenir une pression permanente sur la liquidité bancaire.

L’expansion de la monnaie fiduciaire : symptôme d’une économie duale

Parmi les indicateurs les plus révélateurs de l’économie tunisienne figure la progression continue des billets et monnaies en circulation.

Au 12 mars 2026, la circulation fiduciaire atteint près de 27,9 milliards de dinars, contre environ 23,3 milliards à la même période de l’année précédente. Cette hausse de plus de 4,6 milliards de dinars en un an constitue un signal significatif.

Elle reflète à la fois l’importance de l’économie informelle et une certaine préférence des agents économiques pour la liquidité. Dans un contexte d’incertitudes économiques et sociales, les ménages et certaines entreprises privilégient les transactions en espèces, perçues comme plus flexibles et moins contraignantes.

Cette évolution n’est toutefois pas sans conséquences. Elle réduit les dépôts bancaires disponibles pour financer l’économie et accentue la dépendance du système bancaire aux refinancements de la Banque centrale.

En d’autres termes, la croissance de la monnaie fiduciaire constitue à la fois un indicateur de vitalité économique informelle et un facteur de fragilisation du système financier formel.

Des finances publiques toujours sous pression

Les finances publiques continuent de constituer l’un des principaux défis de l’économie tunisienne.

Le solde du compte courant du Trésor s’établit à un peu plus de 1,1 milliard de dinars, en baisse par rapport à l’année précédente. Cette évolution reflète la persistance d’importants besoins de financement budgétaire.

La structure de la dette intérieure révèle également une transformation progressive. L’encours des bons du Trésor à court terme a fortement diminué. Tandis que celui des bons du Trésor assimilables a considérablement augmenté, dépassant désormais 32,8 milliards de dinars.

Cette évolution traduit une stratégie de gestion de la dette visant à allonger la maturité moyenne des emprunts publics afin de réduire les risques de refinancement à court terme.

Toutefois, elle souligne également l’ampleur de la mobilisation de l’épargne nationale au profit du financement du budget de l’État, au détriment potentiel du financement de l’investissement productif.

Les devises : un pilier essentiel de la stabilité macroéconomique

Dans ce paysage économique contrasté, les entrées de devises jouent un rôle stabilisateur déterminant.

Les recettes touristiques cumulées dépassent 1,16 milliard de dinars au début du mois de mars 2026, confirmant la dynamique de reprise du secteur. Le tourisme demeure ainsi l’un des principaux moteurs de génération de devises pour l’économie nationale.

Les transferts des Tunisiens résidant à l’étranger poursuivent également leur progression, atteignant près de 1,7 milliard de dinars. Ces flux financiers constituent depuis plusieurs années l’un des amortisseurs les plus solides de la balance des paiements.

Grâce à ces entrées, les avoirs nets en devises de la Banque centrale atteignent environ 25,4 milliards de dinars, soit l’équivalent de 107 jours d’importations.

Ce niveau de réserves contribue à renforcer la crédibilité financière du pays et offre une marge de manœuvre appréciable pour absorber d’éventuels chocs externes.

Un dinar relativement résilient face aux fluctuations internationales

Dans un contexte mondial caractérisé par une forte volatilité des devises, le dinar tunisien fait preuve d’une relative résilience.

Face au dollar, la monnaie nationale s’est légèrement appréciée sur un an. Alors qu’elle reste globalement stable vis-à-vis de l’euro. Cette évolution traduit un équilibre relativement maîtrisé sur le marché des changes.

Cette stabilité repose en grande partie sur les entrées régulières de devises issues du tourisme et des transferts des expatriés, mais également sur la gestion prudente de la politique monétaire par la Banque centrale.

Cependant, cet équilibre demeure fragile. Toute détérioration de la balance des paiements ou tout choc externe significatif pourrait rapidement exercer une pression à la baisse sur le dinar.

Les perspectives : une stabilisation fragile à transformer en croissance durable

À court terme, l’économie tunisienne semble évoluer dans une phase de stabilisation relative. La détente monétaire, la reprise du tourisme et la solidité des transferts des expatriés constituent des éléments de soutien importants.

Mais cette stabilisation reste précaire. Les déséquilibres structurels — faiblesse de l’investissement productif, importance de l’économie informelle, pressions budgétaires persistantes — continuent de limiter le potentiel de croissance.

À moyen terme, la véritable question pour l’économie tunisienne n’est pas seulement celle de la stabilité macroéconomique, mais celle de la transformation du modèle de croissance.

La compétitivité industrielle, la modernisation du système financier, l’intégration dans les chaînes de valeur internationales et l’amélioration du climat d’investissement seront autant de facteurs déterminants pour enclencher une dynamique de croissance plus robuste.

Dans un environnement mondial devenu plus exigeant, les économies capables de combiner stabilité macroéconomique et réformes structurelles seront celles qui attireront les capitaux et créeront les emplois de demain.

Pour la Tunisie, l’enjeu des prochaines années sera donc de transformer la fragile accalmie actuelle en véritable trajectoire de redressement économique.

Dans l’économie mondiale contemporaine, la stabilité n’est jamais une fin en soi : elle n’est que la condition préalable à la prospérité durable.

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Références :

(1) Sources principales consultées pour le contexte international : World Bank MENAAP (13/03/2026), données prix Brent / marché pétrolier (143/03/2026), minutes Fed / prises de position récentes, analyses Reuters sur la réaction des marchés aux tensions régionales. (Banque Mondiale)

(2) (*) https://www.bct.gov.tn/bct/siteprod/indicateurs.jsp

(**) https://www.ins.tn/

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG).

L’article Tunisie : une accalmie apparente dans un monde économique sous tension est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

Quand la géopolitique fait trembler les marchés : quelles perspectives pour l’économie tunisienne ?

12. März 2026 um 05:20

Les grandes secousses économiques commencent rarement dans les statistiques. Elles naissent souvent ailleurs, dans les fractures du monde. Un détroit stratégique menacé, une confrontation militaire qui s’intensifie, une route énergétique qui devient incertaine, et soudain les marchés s’agitent. Les devises fluctuent, les investisseurs se replient vers les valeurs refuges, les prix de l’énergie s’envolent. Ce mécanisme, désormais bien connu, se rejoue aujourd’hui sous les yeux des marchés internationaux à la faveur des tensions qui s’intensifient au Moyen-Orient.

 

Les analystes des grandes institutions financières internationales anticipent désormais une période de forte volatilité sur les marchés de change et de l’énergie. L’évolution du conflit pourrait dessiner plusieurs trajectoires possibles pour l’économie mondiale, allant d’une désescalade rapide à une perturbation majeure des approvisionnements énergétiques. Dans chacun de ces scénarios, les monnaies, les marchés financiers et les prix du pétrole réagiraient différemment.

Pour une économie comme celle de la Tunisie, profondément intégrée aux flux commerciaux et financiers internationaux tout en restant fortement dépendante des importations énergétiques, ces évolutions ne sont pas abstraites. Elles constituent au contraire des variables déterminantes pour la stabilité macroéconomique, la croissance et l’équilibre des finances publiques. Les mois à venir pourraient ainsi représenter un test important pour la résilience de l’économie tunisienne.

 

La géopolitique, nouveau moteur des marchés financiers

Depuis plusieurs semaines, les marchés des devises évoluent dans un climat d’incertitude alimenté par la montée des tensions au Moyen-Orient. Dans ce type de contexte, les investisseurs cherchent avant tout à protéger leur capital. Ils se tournent alors vers les monnaies considérées comme des refuges, au premier rang desquelles figure le dollar américain.

Cette dynamique explique en grande partie la vigueur récente de la devise américaine. L’indice du dollar, qui mesure sa performance face aux principales monnaies internationales, bénéficie d’une demande persistante liée à la recherche de sécurité. Lorsque l’incertitude domine, la liquidité et la profondeur des marchés financiers américains continuent de jouer un rôle d’aimant pour les capitaux internationaux.

Mais cette situation pourrait évoluer rapidement. Les analystes envisagent plusieurs scénarios, dont chacun aurait des implications différentes pour les marchés et pour les économies émergentes.

Dans l’hypothèse d’une résolution relativement rapide du conflit, la prime de risque géopolitique se réduirait progressivement. Les marchés retrouveraient un certain calme et les investisseurs recommenceraient à rechercher du rendement plutôt que la seule sécurité. Dans ce cas, le dollar pourrait connaître un léger repli tandis que l’euro retrouverait de la vigueur sur le marché des changes.

Un tel mouvement favoriserait également le rebond des monnaies des économies émergentes, notamment celles d’Europe centrale et orientale, très sensibles aux variations de l’appétit mondial pour le risque.

 

Un scénario central : la normalisation de l’incertitude

Le scénario aujourd’hui considéré comme le plus probable par de nombreux observateurs n’est toutefois ni celui d’une désescalade rapide ni celui d’une rupture brutale. Il s’agit plutôt d’une situation intermédiaire caractérisée par une « escalade maîtrisée ».

Dans ce cas de figure, les tensions géopolitiques resteraient présentes sans pour autant provoquer une rupture majeure dans l’approvisionnement énergétique mondial. Les marchés intégreraient progressivement cette situation dans leurs anticipations.

Le pétrole pourrait ainsi se stabiliser autour de niveaux relativement élevés, proches de 90 dollars le baril, tandis que les indices de volatilité financière resteraient supérieurs à leur moyenne historique. Les marchés s’adapteraient alors à ce nouvel environnement où l’incertitude devient permanente mais prévisible.

Pour la Tunisie, ce scénario aurait des implications directes. Le premier canal de transmission concerne évidemment la facture énergétique. L’économie tunisienne reste structurellement dépendante des importations de pétrole et de gaz, ce qui rend ses équilibres externes particulièrement sensibles aux variations du prix du Brent.

Un maintien durable du pétrole autour de 90 dollars exercerait une pression continue sur les finances publiques, notamment à travers les mécanismes de compensation des prix de l’énergie. L’État serait contraint de supporter une part importante de cette hausse afin d’éviter une transmission trop brutale vers les ménages et les entreprises.

 

La question énergétique au cœur des équilibres macroéconomiques

La dépendance énergétique constitue l’une des fragilités structurelles de l’économie tunisienne. Chaque hausse significative du prix du pétrole se traduit mécaniquement par une aggravation du déficit commercial énergétique.

Cette dynamique exerce un effet domino sur l’ensemble des équilibres macroéconomiques. Le déficit extérieur se creuse, les besoins de financement augmentent et la pression sur la monnaie nationale s’intensifie. Dans ce contexte, la gestion de la stabilité du dinar devient un exercice d’équilibriste pour les autorités monétaires.

À court terme, la stabilité relative du dinar repose largement sur les entrées de devises générées par les exportations, le tourisme et les transferts des Tunisiens résidant à l’étranger. Si ces flux restent dynamiques, ils peuvent compenser partiellement le choc énergétique. Mais leur évolution dépend elle-même de la conjoncture internationale, notamment de la situation économique en Europe.

C’est pourquoi la trajectoire de l’euro face au dollar constitue un indicateur important pour l’économie tunisienne. Une appréciation de la monnaie européenne tend généralement à soutenir la demande adressée aux exportateurs tunisiens et à améliorer les recettes touristiques.

 

Le risque d’un choc énergétique mondial

Le scénario le plus inquiétant reste celui d’une perturbation grave des flux énergétiques mondiaux. Une extension du conflit au Moyen-Orient pourrait menacer certaines routes pétrolières stratégiques et provoquer une flambée des prix du brut.

Dans un tel contexte, les marchés financiers réagiraient de manière brutale. Le dollar se renforcerait fortement, les capitaux se dirigeraient massivement vers les actifs refuges et les monnaies des économies émergentes subiraient une pression accrue.

Pour la Tunisie, les conséquences seraient multiples. L’augmentation rapide du prix du pétrole amplifierait la pression sur les finances publiques et accentuerait le déficit commercial. Les entreprises verraient leurs coûts de production augmenter tandis que les ménages seraient confrontés à une hausse du coût de la vie.

Ce type de choc énergétique pourrait également ralentir la croissance économique mondiale, réduisant la demande extérieure adressée aux exportateurs tunisiens. L’effet combiné de ces facteurs pourrait fragiliser davantage les équilibres macroéconomiques du pays.

 

Des facteurs de résilience à ne pas sous-estimer

Malgré ces risques, l’économie tunisienne ne manque pas d’atouts. Plusieurs facteurs pourraient contribuer à amortir les chocs externes dans les mois à venir.

Le premier facteur est la reprise progressive de certains secteurs exportateurs, notamment l’industrie manufacturière orientée vers les marchés européens. La reconfiguration des chaînes d’approvisionnement mondiales, accélérée par les tensions géopolitiques, pourrait favoriser les pays situés à proximité du marché européen.

La Tunisie, grâce à sa position géographique et à son tissu industriel relativement diversifié, pourrait bénéficier de cette tendance de relocalisation partielle des productions.

Le second facteur de résilience réside dans la dynamique du tourisme et des transferts de la diaspora, deux sources essentielles de devises. Si la saison touristique se confirme et si les flux de transferts restent solides, ces ressources pourraient contribuer à stabiliser les équilibres extérieurs.

Enfin, les projets de développement des énergies renouvelables représentent un levier stratégique pour réduire progressivement la dépendance énergétique du pays. À moyen terme, l’accélération de la transition énergétique pourrait renforcer la souveraineté économique et atténuer la vulnérabilité aux chocs pétroliers.

 

Une économie à la croisée des chemins

Dans les mois à venir, l’économie tunisienne évoluera dans un environnement international particulièrement incertain. Les tensions géopolitiques, les fluctuations des marchés financiers et les mouvements du prix du pétrole continueront de façonner les perspectives économiques.

Mais ces turbulences mondiales rappellent également une réalité plus profonde. La véritable résilience d’une économie ne dépend pas seulement de sa capacité à résister aux chocs extérieurs, mais aussi de sa faculté à transformer ses vulnérabilités structurelles.

Pour la Tunisie, l’enjeu dépasse donc largement la conjoncture actuelle. Il s’agit de renforcer les moteurs internes de croissance, d’accélérer la transition énergétique et de consolider les équilibres macroéconomiques. Dans un monde où les crises se succèdent et où l’incertitude devient la norme, la capacité d’adaptation demeure la meilleure assurance contre les tempêtes de l’économie mondiale.

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG)

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