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La Tunisie doit mobiliser 55 milliards de dollars pour son plan climat

21. Mai 2026 um 09:05

Les responsables tunisiens sont très forts lorsqu’il s’agit d’échafauder des plans et d’élaborer des stratégies. Quant à passer à l’exécution, à la réalisation et à l’inauguration de projets concrets qui améliorent la vie quotidienne des citoyens, il faut repasser !

C’est ainsi qu’on apprend que la Tunisie ambitionne de mobiliser environ 55 milliards de dollars (pour un PIB estimé à 60,7 milliards de dollars), soit plus de 161 milliards de dinars, pour mettre en œuvre sa nouvelle stratégie climat 2026-2035, dont l’objectif est de réduire l’intensité carbone de 62 % d’ici 2035, sachant que la contribution du pays aux émissions mondiales est des plus faibles.

Ce plan figure dans la «Contribution déterminée au niveau national» (CDN 3.0), présentée lors du séminaire sur la politique climatique qui s’est tenu à Gammarth dans le cadre du Forum national sur l’adaptation au changement climatique (16-17 mai 2028), dont l’agence de presse Tap a rendu compte.

La nouvelle stratégie prévoit une réduction de l’intensité carbone de l’économie de 46,4 % d’ici 2030 et de 62 % d’ici 2035, par rapport aux niveaux de 2010.

Pour la première fois, selon ce document, la trajectoire de la Tunisie prévoit une réduction absolue de 34 % de ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2035 par rapport à 2010.

En matière d’adaptation, le dossier identifie sept secteurs vulnérables : les ressources en eau et l’assainissement, l’agriculture, la pêche et la sécurité alimentaire, la santé, les écosystèmes et la biodiversité, les infrastructures et les établissements humains, le patrimoine culturel et les moyens de subsistance.

La Tunisie, bien que ne contribuant que faiblement aux émissions mondiales, est considérée comme particulièrement exposée à la hausse des températures, à la diminution des précipitations, à la sécheresse, aux inondations et à l’érosion côtière.

L’eau est l’enjeu le plus sensible du plan, qui vise à accroître l’utilisation des eaux non conventionnelles, à porter la capacité de dessalement à 265 millions de mètres cubes par an d’ici 2035 et à augmenter le taux de réutilisation des eaux usées traitées en agriculture à 50 %.

Dans le secteur agricole, le plan prévoit également des interventions sur 1,2 million d’hectares de terres dégradées.

L’énergie demeure un axe prioritaire de la réduction des émissions, représentant environ 87 % des besoins d’investissement en matière d’atténuation.

La Tunisie prévoit de couvrir 26 % de ses besoins grâce à ses ressources nationales, les 74 % restants dépendant d’un soutien financier international.

Selon les projections, sans mesures urgentes, l’économie tunisienne pourrait connaître une contraction de son PIB de 3,4 % d’ici 2030.

Voilà pour les plans tirés sur la comète. Rendez-vous donc en 2035 pour faire le bilan de ce qui sera effectivement réalisé, d’ici là, et de ce qui sera reporté de nouveau aux calendes grecques.

I. B.

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Tunisie | L’adaptation des oasis au changement climatique

17. Mai 2026 um 11:35

Il y a en Tunisie 267 oasis. Réparties dans les gouvernorats de Tozeur, Kebili, Gafsa et Gabès, elles couvrent une superficie de 40 000 hectares, représentent environ 10 % des terres agricoles irriguées du pays et abritent environ 5,4 millions de palmiers dattiers. Cette richesse séculaire est désormais menacée par les aléas des changements climatiques.  

C’est dans ce cadre qu’a été présentée, cette semaine, par le ministre de l’Environnement, Habib Abid, un projet visant à renforcer l’adaptation des oasis traditionnelles de la région de Tozeur au changement climatique.

Ce projet, dont le coût est estimé à 45 millions de dinars, concerne 29 oasis traditionnelles de Tozeur. Il vise à accompagner l’adaptation au changement climatique, à renforcement des capacités des acteurs locaux, à diversifier les sources de production, à développer des méthodes d’irrigation, à introduire des variétés résistantes à la sécheresse et à protéger les oasis contre les incendies.

Par ailleurs, le projet ambitionne de créer des oasis modèles, d’améliorer la productivité, de lutter contre les maladies, de valoriser les déchets, de soutenir les filières de production, de réduire les coûts énergétiques, de dynamiser le marché local, d’alléger la pression sur les ressources naturelles et de promouvoir un tourisme alternatif.

Les phases de développement du projet prévoient l’étude du changement climatique dans la région de Tozeur et de son impact sur les oasis, ainsi que l’identification des priorités d’intervention et des activités connexes en collaboration avec l’ensemble des acteurs locaux et régionaux.

Ce projet s’inscrit dans le cadre de la Stratégie nationale pour le développement durable des oasis en Tunisie, approuvée par le ministère de l’Environnement en 2015, en partenariat avec le Programme des Nations Unies pour le développement (Pnud) et le Fonds pour l’environnement mondial (FEM).

Cette stratégie vise à rompre le cercle vicieux de dégradation qui menace les écosystèmes oasiens traditionnels, notamment la fragmentation des terres, la surexploitation des ressources en eau souterraine, la perte de biodiversité et le désintérêt des jeunes générations pour l’agriculture oasienne.

Elle repose sur une vision holistique qui dépasse une approche purement productive pour englober la gouvernance, la durabilité environnementale et la préservation du patrimoine oasien. Et s’articule autour de quatre piliers principaux.

Le premier est axé sur la gouvernance territoriale et le renforcement des capacités afin de moderniser le cadre institutionnel par une approche participative. Cette approche repose sur une meilleure coordination entre les groupes de développement agricole, les organisations de la société civile, les instituts de recherche scientifique et les autorités locales, dépassant ainsi les méthodes de gestion traditionnelles descendantes.

Le deuxième pilier, relatif à la gestion durable des ressources naturelles (eau et sol), vise à optimiser l’utilisation de l’eau d’irrigation en réhabilitant les réseaux de distribution pour réduire les pertes, en promouvant les technologies d’économie d’eau et en luttant contre la salinisation des sols et la désertification.

Le troisième axe, relatif à la préservation et à la valorisation de la biodiversité des oasis, vise à protéger le système agricole traditionnel et diversifié de ces dernières, basé sur la culture du palmier dattier, des arbres fruitiers, des légumes et des fourrages.

Il s’attache également à revitaliser et à protéger les variétés locales de dattes face à la monoculture dominante de la variété Deglet Nour, afin de renforcer la résilience de l’écosystème agricole.

Le quatrième axe, lié à la diversification économique et à l’inclusion sociale, cherche à améliorer les revenus des ménages oasiens en valorisant les sous-produits du palmier dattier, en soutenant l’agriculture biologique et en promouvant l’écotourisme ou un tourisme oasien responsable. Il met également l’accent sur l’inclusion des jeunes et l’autonomisation économique et sociale des femmes dans les oasis.

La stratégie propose une série de mesures pour traduire ces objectifs en programmes concrets sur le terrain. Le but étant de moderniser l’infrastructure hydraulique par la réhabilitation des anciens canaux, la construction de bassins de stockage et de refroidissement de l’eau, et le soutien aux équipements économes en eau au sein des exploitations agricoles.

Ladite stratégie propose également de soutenir l’agriculture écologique en encourageant les pratiques locales de fertilisation organique à base de déchets de palmiers, afin de restaurer la fertilité des sols oasiens et de réduire la dépendance aux engrais et pesticides chimiques. Elle recommande de soutenir l’inscription des oasis tunisiennes sur la liste des Systèmes importants du patrimoine agricole (Sipam/Giahs) de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, à l’instar de ce qui a été entrepris pour des oasis historiques comme celle de Gafsa, ce qui permettrait leur reconnaissance internationale et la création d’une nouvelle valeur ajoutée.

Il est préconisé d’organiser les filières de production en soutenant les petits producteurs afin de réduire l’influence des intermédiaires spéculatifs, et de mettre en place un système de traçabilité des variétés de dattes traditionnelles et de leurs dérivés.

Noureddine Nasr, expert international en développement agricole et rural, a souligné la nécessité d’accorder la priorité absolue à la réorganisation des terres agricoles au sein des oasis traditionnelles.

Il a fait valoir que, sans restructuration du régime foncier agricole, toutes les autres interventions s’avèrent coûteuses et n’ont qu’un faible impact sur la durabilité, notamment compte tenu de la petite taille des exploitations, qui ne dépassent parfois pas 0,1, 0,2 ou 0,3 hectare. Dans certains cas, une famille ne possède qu’un seul palmier dattier.

Avec Tap.

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