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L’impérialisme de Trump

22. Januar 2026 um 06:12

L’impérialisme qui guide les Etats-Unis est clairement assumé par la Maison Blanche. Celle-ci rompt avec une lecture du monde basée sur le droit international et la coopération. La loi du plus fort et l’instinct du prédateur dominent pour Trump, tenant d’un capitalisme sauvage, dérégulé. Si son comportement semble souvent irrationnel, celui-ci revêt en réalité une part de cohérence : plus un Etat dispose d’un large éventail de facteurs de puissance, plus il a les moyens de sauvegarder son indépendance et/ou d’étendre sa domination par une stratégie relevant de l’impérialisme. Quel impérialisme ?

 

Impérialisme et colonisation

L’impérialisme territorial désigne la stratégie déployée par une unité politique dans l’objectif d’étendre sa puissance par la conquête d’espaces et, ainsi, le contrôle ou la domination d’autres populations et territoires. Cette conception est liée à une forme d’organisation politique incarnée par les empires anciens (Rome, l’Egypte ancienne, Charles Quint, Napoléon, etc.), distincts d’un impérialisme moderne initié par les grandes puissances européennes au XIXe siècle. Celui-ci conjugua impérialisme et colonialisme, c’est-à-dire expansionnisme militaire et conquête coloniale, sans reposer sur une continuité territoriale (différence entre métropole et colonies).

Le XIXe siècle est ainsi marqué par la constitution d’importants empires coloniaux essentiellement européens. Les puissances coloniales européennes contrôlent 35% de la surface du globe en 1800 et 85% en 1914. Une entreprise impérialiste qui permet aux puissances européennes de conquérir des territoires et zones d’influence, selon une politique de conquête systématique et différenciée, génératrice de tensions et de rivalités (la Conférence de Berlin de 1884-1885 a réglé des différends sur le partage de l’Afrique). Les Etats-nations sont aussi des Etats empires avec la colonisation du monde par les Européens du XIXe siècle.

Le phénomène colonial (à la différence de l’implantation sur des terres) va au-delà de la simple entreprise de reterritorialisation. Il s’agit d’un mode de domination fondé sur un discours couplé à une pratique spécifiquement moderne, qui débute avec la conquête du Nouveau Monde et prend forme aux XVIIIe et XIXe siècles. Cette pratique consiste dans la conquête militaire, la confiscation des terres et l’administration des populations qui y vivent suivant un discours, voire des règles qui consacrent la différenciation inégalitaire entre le statut du colonisé/autochtone et celui du colonisateur.

 

Impérialisme et capitalisme

Cette conception territoriale de l’impérialisme se prolonge a fortiori d’une acception matérielle, économique. Lénine (1870-1924) a systématisé et adapté l’approche marxiste des relations internationales dans le contexte du début du XXe siècle. Dans un ouvrage au titre évocateur, L’impérialisme, stade suprême du capitalisme (1917), il établit un lien étroit entre capitalisme, colonialisme et impérialisme : l’expansionnisme inhérent à la conquête de nouveaux marchés accroît les rivalités entre Etats et nourrit le risque de conflit. L’approche marxiste fondée sur les rapports (de domination) entre les classes sociales a contribué à ériger le paradigme de l’impérialisme économique, dont les racines puisent dans les dynamiques du capitalisme lui-même : la concurrence des pays industrialisés dans la conquête de territoires coloniaux est à l’origine du concept d’impérialisme. Les marxistes établissent ainsi un lien entre capitalisme international et conflits entre Etats capitalistes.

En dépit de la décolonisation, l’impérialisme demeure le facteur principal des relations internationales. Avec la naissance des pays en voie de développement issus de la décolonisation, des approches néomarxistes de l’impérialisme et de la dépendance expliquent le système international, en général, et le sous-développement du Tiers-monde, en particulier, par la logique du capitalisme. Elles analysent les relations Nord-Sud à travers le schéma « centre-périphérie », pour mieux souligner que l’impérialisme est la matrice du sous-développement des anciens pays colonisés dans l’économie mondiale capitaliste.

 

L’impérialisme moderne

Aujourd’hui, s’il est plus difficile d’opposer un centre et une périphérie, avec un schéma binaire calqué sur un Nord et un Sud, l’impérialisme moderne revêt un sens plus global et tend à désigner une hégémonie économique, technologique ou culturelle incarnée par les Etats-Unis. Cette forme d’impérialisme inclut aussi une dimension plus informelle et indirecte de la domination, celle par laquelle le contrôle d’un Etat étranger ne suppose pas forcément de l’annexer, de le coloniser ou de le gouverner à partir de son propre territoire. Une telle approche de l’impérialisme, « soft », non coercitif et horizontal, tend à dépasser la conception traditionnelle qui procède d’une représentation de la puissance, plus coercitive et verticale… N’est-ce pas finalement la forme d’impérialisme que revêtait l’impérialisme américain a traditionnellement revêtu ?

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