Qu’en est-il du chiisme ?
L’actualité internationale est focalisée sur l’Iran, qui se présente comme une République islamique et dont l’identité est marquée par le chiisme (depuis le début du XVIe siècle et la dynastie des Safavides). Si la société iranienne connaît un mouvement de sécularisation (sur fond de rejet du pouvoir théocratique en place), le chiisme y demeure central. Au-delà de l’Iran, les chiites représentent la principale minorité des Arabes musulmans.
Retour sur l’histoire
Gnostique et millénariste, l’islam chiite est le produit de la guerre de succession survenue à la mort du Prophète Mohammed. Les chiites (mot provenant du mot “shî’a“, “secte“, en arabe) ont rassemblé les partisans du califat d’Ali. Tenants d’une logique légitimiste, les chiites ne rejettent pas la Sunna (traditions orthodoxes), mais considèrent que l’autorité religieuse et politique au sein de la communauté musulmane revient aux membres de la famille du Prophète.
Les chiites estiment qu’Ali, cousin et gendre de Mohammed, est son successeur légitime. La rupture fondamentale, initialement de nature théologique, relève précisément de la question de la légitimité de l’autorité. Les partisans d’Ali croyaient en son imamat, c’est-à-dire en sa légitimité en tant que successeur immédiat du Prophète de l’Islam au rang de Calife de l’Oumma, en raison de son appartenance à la famille du Prophète (« Ahl Al-Bayt »).
Dans la doctrine chiite, seuls les descendants de Fatima, fille du Prophète, et de son époux Ali, sont légitimes à exercer le califat. Avec la déposition et l’assassinat d’Ali, alors quatrième calife, ses partisans quittent l’Oumma : c’est la fitna.
Les sunnites cèdent le pouvoir à des membres de l’aristocratie de La Mecque, dont les descendants sont à l’origine des deux grandes dynasties califales arabes : les Omeyyades, puis les Abbassides. La contestation de la légitimité des califes omeyyades et abbassides a entraîné leur persécution et explique leur goût pour la culture du secret.
L’éviction du califat d’Ali et de ses descendants a suscité un profond sentiment d’injustice, de frustration, voire une volonté de vengeance. Celle-ci est à l’origine d’une forme de mystique messianique avec des variantes ésotériques, puisque le dernier imam est incarné par le Mahdi, qui apparaîtra à la fin des temps pour inaugurer le règne de Dieu sur terre et révéler le sens caché des versets du Coran.
Tandis que pour les chiites, Ali est un personnage magnifié, quasi divinisé, premier successeur légitime de Mohammed, qui commence la lignée des Imams, les sunnites le tiennent comme un simple personnage historique : le quatrième Calife « bien guidé ». Le chef de la communauté chiite n’est pas un calife, mais un imam (« guide »). Les chiites croient en effet en l’Imamat, institution dont le titulaire possède les caractères du Prophète (infaillibilité, dépositaire de la Loi, médiateur entre Dieu et les Hommes), les Imams étant des alides, d’une part, et des guides infaillibles détenant l’autorité religieuse, de l’autre. Les partisans d’Ali reconnaissent l’autorité de sa famille et donc de ses descendants : ses fils Hassan et Hussein (respectivement deuxième et troisième imam), puis les descendants de Hussein.
Schismes au sein du chiisme
À l’instar du sunnisme, l’islam chiite s’est subdivisé à la suite de schismes en courants et en sectes. Les chiites se répartissent en fonction de lignées d’imams jugés légitimes. La disparition du sixième imam, Jafae as-Sadik, en l’an 765, a causé la séparation entre chiites duodécimains et chiites ismaéliens.
Branche majoritaire de l’islam chiite, le chiisme duodécimain ou imamite désigne les fidèles croyant en l’existence de douze imams (à partir d’Ali), le dernier en date, le Mahdi, ayant disparu mais n’étant pas mort. Les duodécimains attendent le retour de cet « imam caché », qui réapparaîtra à la fin des temps afin d’instaurer le règne de la justice et de la vérité.
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Religion officielle de l’Iran depuis la Révolution islamique de 1979, les duodécimains sont majoritaires en Irak (de 65 à 70 % de la population), où se trouve la ville sainte de Kerbala, et au Bahreïn (de 65 à 75 % de la population). Ils sont également présents au Liban. Il existe, en outre, une importante minorité chiite duodécimaine dans la Péninsule arabique : Emirats arabes unis (10 %), Qatar (10 %), Arabie saoudite (de 10 à 15 %) et Koweït (de 20 à 25 %). Les chiites sont minoritaires au Yémen (de 35 à 40 % de chiites zaydites, adeptes reconnaissant en Zayd Ben Ali le cinquième et dernier imam, et ayant exercé le pouvoir au Yémen jusqu’en 1962) et en Syrie (15 à 20 %).
Les chiites dans le monde arabe
Si les chiites vivent principalement en dehors du monde arabe, d’importantes communautés vivent en Irak, au Liban, en Syrie, en Arabie Saoudite, au Yémen ainsi que dans les émirats du Golfe (au Bahreïn, les chiites sont majoritaires). Ils sont eux-mêmes divisés en plusieurs branches. Les chiites libanais se concentrent dans le sud du pays, en particulier dans la plaine de la Bekaa – région aride située entre deux montagnes. Bien que l’Iran compte le nombre le plus élevé de chiites dans le monde, l’Irak occupe une position centrale du point de vue politico-religieux, puisque le pays abrite les principaux lieux saints de l’islam chiite, où sont enterrés la plupart des imams (Nadjaf, Kerbala, Kazemeyn, Samarra).
Enfin, contrairement au sunnisme, le chiisme est doté d’un clergé hiérarchisé et transnational, les mollahs en formant la base et les grands ayatollahs le sommet.
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