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JCC 2025 – La réalisatrice Najwa Najjar préside le jury des longs métrages de fiction

09. Dezember 2025 um 10:20

La 36ᵉ édition des Journées cinématographiques de Carthage (JCC), qui se tiendra du 13 au 20 décembre 2025, a choisi la scénariste et réalisatrice palestinienne Najwa Najjar pour présider le jury de la compétition officielle des longs métrages de fiction. À ses côtés siégeront le critique de cinéma français Jean-Michel Frodon, le réalisateur et producteur tunisien Lotfi Achour, la scénariste et réalisatrice rwandaise Kantarama Gahigiri et le réalisateur et producteur algérien Lotfi Bouchouchi, composant un jury à l’image de l’ADN des JCC : africain, arabe et ouvert sur le reste du monde.

Najwa Najjar, un parcours entre études politiques et cinéma

Issue d’un père jordanien et d’une mère palestinienne, Najwa Najjar a grandi au Moyen-Orient. Elle poursuit ensuite des études en sciences politiques et en économie aux États-Unis, où elle obtient également un master en réalisation et production cinématographiques, avant de s’orienter vers l’écriture et la réalisation. De retour en Palestine, où elle vit et travaille aujourd’hui, elle développe une œuvre marquée par cette double formation, intellectuelle et artistique : un cinéma d’auteur à la fois ancré dans la réalité politique et attentif à la dimension humaine des récits.

Une cinéaste palestinienne au parcours transnational

Dès la fin des années 1990, elle réalise plusieurs documentaires et courts métrages qui explorent la mémoire, la transmission et la vie quotidienne en Palestine. On lui doit notamment Naim and Wadee’a (1999), Quintessence of Oblivion (2000), A Boy Called Mohamed (2002), Blue Gold (2004), They Came from the East (2004) ou encore Yasmine Tughani (2006), des œuvres souvent montrées dans des festivals internationaux et qui installent peu à peu sa voix dans le paysage du cinéma palestinien.

Parallèlement à ces films, elle produit en 2009 une anthologie de courts métrages internationaux, Gaza Winter, témoignant déjà d’un intérêt pour les formes collectives et pour la circulation des récits autour de la Palestine.

Trois longs métrages de fiction au rayonnement international

En 2008–2009, Najwa Najjar signe son premier long métrage de fiction, Pomegranates and Myrrh (Grenades et myrrhe), centré sur le destin d’une jeune danseuse palestinienne confrontée à l’emprisonnement de son mari et aux contraintes de l’occupation. Le film circule largement, est projeté dans plus de 80 festivals internationaux et reçoit plusieurs récompenses, notamment à Doha Tribeca, où il obtient un prix du meilleur film arabe et à Saint-Sébastien où il remporte le Cinema in Motion Award.

Elle poursuit en 2014 avec Eyes of a Thief (Les yeux d’un voleur), son deuxième long métrage, tourné en Cisjordanie. Ce film, inspiré d’un fait réel, est distingué dans plusieurs festivals, dont meilleur acteur attribué à Khaled Abol Naga au Festival international du film du Caire et meilleur réalisateur au Festival international du film de Calcutta, et est choisi pour représenter la Palestine à l’Oscar du meilleur film en langue étrangère pour l’édition 2015.

Le film raconte l’histoire de Tarek, un homme libéré après dix ans de prison, qui retourne dans sa ville natale de Naplouse à la recherche de sa fille disparue. En retraçant ses pas, il découvre une société marquée par la méfiance, les blessures de l’occupation et la survie quotidienne. Entre secrets enfouis, loyautés conflictuelles et désir de rédemption, Eyes of a Thief aborde la question du pardon et du poids du passé, tout en révélant la persistance de l’espoir dans un territoire meurtri.

JCC 2025 
Najwa Najjar
Najwa Najjar sur le plateau de tournage de « Eyes of a thief »

En 2019, son troisième long métrage, Between Heaven and Earth (Entre le paradis et la terre), prend la forme d’un road movie à travers les checkpoints et les frontières administratives, suivant un couple en instance de divorce qui se voit contraint de traverser la Palestine pour obtenir des documents officiels. Présenté notamment au Festival international du film du Caire, où il remporte le Prix Naguib Mahfouz du meilleur scénario, le film confirme sa capacité à mêler intimité, observation sociale et réflexion politique.

Ces trois œuvres de fiction prolongent, chacune à leur manière, le travail entamé dans ses documentaires : raconter des histoires de couples, de familles, de circulation entravée, mais aussi d’attachement à la terre et aux lieux, dans un contexte où chaque geste du quotidien est traversé par les réalités de l’occupation.

Un quatrième long métrage en préparation

Najwa Najjar développe actuellement son quatrième long métrage, Kiss of a Stranger, un film musical qu’elle a écrit pendant la période de confinement du Covid-19. L’histoire se déroule dans l’Égypte des années 1930, à l’âge d’or du cinéma, au cœur de la ville d’Alexandrie. À travers la musique, la danse et le pouvoir du cinéma, le film évoque la naissance d’une industrie et d’un rêve collectif, porté par des personnages venus d’horizons différents en quête de liberté et de sens. Produite par Ustura Films, cette nouvelle œuvre s’annonce comme une célébration du rêve, de la créativité et de la mémoire du monde arabe.

Productrice, pédagogue et membre de jurys

Au-delà de la réalisation, Najwa Najjar cofonde la société de production Ustura Films, basée à Ramallah, aux côtés de son mari, le producteur Hani E. Kort, avec l’objectif affirmé d’accompagner un cinéma palestinien indépendant, ancré dans son territoire et capable de dialoguer avec les réseaux internationaux.

Dans plusieurs entretiens, à l’instar de celui auquel elle a participé l’an dernier, lors du festival International du Film du Caire, elle souligne l’importance de raconter la Palestine à travers des personnages palestiniens complexes, loin des clichés et des simplifications. Sa filmographie entière témoigne de cette volonté : donner à voir des existences multiples, prises entre contraintes politiques et liberté intérieure.

Elle intervient aussi dans des programmes de formation : elle a été lectrice (reader) puis conseillère auprès du Rawi Sundance Scriptwriters Lab, dédié aux scénaristes arabes, et est régulièrement invitée pour des masterclasses, comme au Galway Film Fleadh en 2016. Elle participe par ailleurs à des jurys de festivals, qu’il s’agisse de manifestations de la région ou d’événements internationaux, renforçant ainsi sa place dans le réseau des professionnels du cinéma.

En reconnaissance de son parcours et de sa contribution au cinéma arabe et international, Najwa Najjar a été élue membre de l’Academy of Motion Picture Arts and Sciences en 2020, rejoignant ainsi les cinéastes du monde entier appelés à participer aux votes des Oscars. Cette distinction souligne la portée de son œuvre et l’estime qu’elle suscite bien au-delà des frontières palestiniennes.

Une présidence en résonance avec l’esprit des JCC

La présence de Najwa Najjar à la tête du jury des longs métrages de fiction des JCC 2025 s’inscrit dans une continuité cohérente entre son œuvre et la vocation même du festival : interroger le monde à travers les images. Depuis ses débuts, elle défend un cinéma où la parole et la responsabilité ne s’opposent pas à l’émotion, où la mémoire ne sert pas de refuge mais d’élan.
Sa perspective palestinienne lui donne une acuité particulière face aux récits de résistance, mais ce qu’elle apporte à Carthage dépasse la seule appartenance nationale : un regard capable de relier les expériences, d’écouter ce que les films disent des blessures et des espoirs collectifs.
Dans un contexte où les frontières — politiques, esthétiques, culturelles — semblent se refermer, sa présidence rappelle la fonction première du cinéma : créer des passages. Et c’est peut-être là que se joue, cette année encore, l’essence même des JCC — un festival qui, en choisissant Najwa Najjar, continue de croire que le cinéma peut encore unir là où tout divise.

Neïla Driss

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CIFF 2025 – Ildikó Enyedi, la poésie du réel récompensée par la Pyramide d’Or

19. November 2025 um 13:46

Le Festival international du film du Caire (CIFF) rend hommage, lors de sa 46ᵉ édition, à la réalisatrice hongroise Ildikó Enyedi, en lui décernant la Pyramide d’Or pour l’ensemble de sa carrière. Cette distinction, qui lui sera remise lors de la cérémonie de clôture, salue une œuvre rare, exigeante et profondément humaniste, portée par une vision singulière du monde et par une sensibilité que peu de cinéastes possèdent encore aujourd’hui.
Dans le cadre de cet hommage, le CIFF a édité un livre intitulé Cinéma d’Ildikó Enyedi, Pour que la magie ne disparaisse pas du monde. Le festival a également organisé une rencontre publique animée par Mohamed Tarek : c’est à cette occasion que la cinéaste est revenue sur son parcours, ses influences et sa conception du cinéma.

Née à Budapest en 1955, Ildikó Enyedi a d’abord étudié l’économie avant de s’orienter vers les beaux-arts et le cinéma. Cette formation multiple, alliant rigueur intellectuelle et curiosité artistique, a façonné une approche très personnelle de la création. Dès son premier long métrage, Mon 20e siècle, couronné de la Caméra d’Or à Cannes en 1989, elle impose une signature singulière, mêlant poésie, philosophie et observation du réel. Suivront Magic Hunter(1994), Tamas et Juli (1997) et Simon le mage (1999), œuvres marquées par la fable, le rêve et la recherche d’un langage cinématographique libre. Après une longue parenthèse consacrée à l’enseignement et à la télévision, elle revient en 2017 avec Corps et âme, Ours d’Or à la Berlinale, puis en 2021 avec L’histoire de ma femme, sélectionné en compétition officielle au Festival de Cannes. Cette année, Silent Friend poursuit sa réflexion sur la perception, le vivant et l’altérité.

Face au public du Caire, la cinéaste s’est confiée avec douceur et franchise. « Beaucoup de choses m’ont influencée, a-t-elle raconté. En tant qu’adolescente, pendant les années 1980, j’ai eu la chance de choisir parmi ces influences, souvent sans en avoir conscience. J’ai toujours été très curieuse ; j’aimais les sciences naturelles, qui m’ont beaucoup marquée dans ma jeunesse. ».

Cette curiosité, qu’elle définit comme une force instinctive, guide toute sa démarche. « Je suis timide, ce qui rend les choses parfois difficiles pour moi, mais quelque part, je suis ma voie. Mon éducation et ma culture sont européennes, mais ma voix est personnelle. Un jour, j’ai lu un livre sur les réalisateurs : j’étais citée dans le chapitre “Outsiders”. C’est exactement ce que je suis. »

Pour Ildikó Enyedi, ses films ne reposent pas sur des oppositions morales ou idéologiques, mais sur une vision fluide de la réalité : « Je ne vois pas de polarisation dans mes films. Il n’y a pas de gentils et de méchants ; il y a de tout. Je suis pour l’humain, et parfois pour les animaux. Je considère la réalité comme un fluide ; je ne divise pas. »

Cette philosophie traverse Silent Friend, présenté au CIFF : un film autour d’une neuroscientifique travaillant sur la perception des plantes. « C’est une exploration de la manière dont nous percevons le monde. » La cinéaste cite une phrase de son film : « We are hallucinating every time, and when we agree about hallucination, we call it reality » (Nous hallucinons à chaque instant, et quand nous nous mettons d’accord sur une hallucination, nous appelons cela la réalité). Pour elle, la réalité n’est qu’une convention, un accord collectif.

Elle évoque aussi sa jeunesse, marquée par la curiosité et l’expérimentation : « À dix-sept ans, je traversais une période d’ouverture à de nouvelles formes de communication. Nous marchions pieds nus dans l’herbe, nous cherchions à comprendre comment exister dans le monde sans confrontation. C’était une époque naïve, mais fondatrice. En moi, il reste encore cette adolescente. »

Lorsqu’elle parle d’écriture, son approche révèle un mélange d’intuition et de rigueur. « J’écris longtemps. Chaque projet est différent. Parfois, une musique m’habite dès le départ. Pour Silent Friend, tout est né d’une chanson évoquant la fragilité de l’existence humaine. » Pour elle, l’écriture naît d’une sensation : « Je note des impressions, des émotions, puis l’histoire vient après. J’ai besoin de partager des sensations. L’histoire est une éponge qui les absorbe toutes. »

Son rapport aux acteurs illustre la même attention humaine. « Avec les animaux, il faut créer des situations qui les feront réagir. On reste à l’affût, prêt à s’adapter. Avec les non-professionnels, c’est pareil : il faut les mettre en confiance, créer un cadre. Les professionnels, eux, ont davantage de ressources, parfois ils trouvent en eux ce que le rôle exige sans répétition. Les deux se nourrissent mutuellement ; c’est très enrichissant. »

CIFF 2025
Ildikó Enyedi

À propos de la tendresse qui traverse son cinéma, elle raconte comment Corps et âme est né d’un moment très précis : « Un jour de printemps, je marchais dans la rue. Les fleurs allaient éclore, et j’étais émue sans savoir pourquoi. Je me demandais ce qu’étaient la vie, l’amour, la solitude… » À cette période, elle lisait beaucoup de poésie. Un poème en particulier l’a profondément marquée, avec cette image d’une tempête de neige et d’un feu au fond de soi. « Je me suis dit que ce serait génial de faire un film à propos de ce genre d’expérience. Le même jour, je me demandais comment faire un film sur cela et j’ai juré à Dieu que ces deux personnages seraient bien construits, comme si je les connaissais vraiment, avec leur passé, leur vie. » Ces deux personnages, qui deviendront les protagonistes de Corps et âme, sont deux êtres solitaires qui, dans le film, partagent le même rêve nocturne sans se parler dans la vie réelle. « Ils ne se parleraient jamais si je ne les mettais pas dans une situation de se connaître. Je les ai poussés dans cette situation et je les ai suivis. C’est ma vision de la tendresse. »

Cette attention au détail et à l’observation vient de loin. Ildikó Enyedi se souvient de son adolescence : « À l’école, on nous avait demandé d’écrire une histoire courte sur une expérience personnelle. J’ai pris cela très au sérieux : je suis allée sur la terrasse d’un café, je me suis assise et j’ai passé des heures à observer les gens vivre leur vie. Je prenais des notes sur ce que je voyais, leurs gestes, leurs attitudes. » C’est à partir de ces notes qu’elle rédige ensuite son devoir, en racontant simplement cette après-midi passée à regarder le monde autour d’elle. « Mon professeur était furieux, il a pensé que j’avais saboté l’exercice : les autres avaient écrit à propos de situations dramatiques, de problèmes qu’ils avaient rencontrés, et moi, j’avais juste observé la vie. » Cette anecdote, où son texte ne faisait que restituer ce qu’elle avait vu, éclaire déjà son rapport au cinéma : un art qui regarde, écoute, capte, sans forcément surdramatiser.

« Au cinéma, nos sens sont limités au son et à l’image, explique-t-elle. Il faut donc apprendre à s’exprimer sans dialogues. La lumière devient alors essentielle ; elle peut tout dire. » Depuis ses débuts, elle travaille avec le même directeur de la photographie : « Il se souvient de la fonction de chaque scène, de ce qu’elle apporte au film. C’est un travail d’équipe : je partage ma vision, j’écris à chacun une lettre expliquant ce que j’attends. »

Elle insiste aussi sur l’importance du travail d’équipe et des détails concrets. « Depuis mon premier film, je travaille avec le même directeur de la photographie. Je partage avec lui ma vision de chaque scène, la fonction de chaque moment dans le film, et j’écris à toute l’équipe une lettre où j’explique ce que j’attends d’eux. » Elle raconte une anecdote révélatrice à propos d’une assistante, lors d’une scène où un personnage devait utiliser un poivrier. « Sur la table, il y avait plusieurs poivriers, de matériaux différents. Elle devait en choisir un. Elle aurait pu prendre n’importe lequel, le poser là et basta. Mais je l’ai entendue expliquer pourquoi c’était ce poivrier-là et pas un autre, en quoi cet objet précis disait quelque chose du personnage. » Le fait qu’elle ait d’abord sélectionné un poivrier parmi plusieurs, puis justifié son choix en termes de sens et de caractère, montre à quel point elle avait compris l’essence même de la scène et du rôle. « Quelle belle énergie elle dégageait », conclut la réalisatrice.

La cinéaste évoque aussi les obstacles rencontrés à ses débuts : « J’avais obtenu un financement en partie à Hambourg, mais en Hongrie, la police me suivait et mon film était interdit. Ce n’était pas facile. »

Interrogée sur l’intelligence artificielle, Enyedi adopte un regard ouvert : « J’ai traversé plusieurs époques, du celluloïd au numérique. Nous avons connu un moment où tourner en pellicule était devenu snob. Aujourd’hui, tout cela est dépassé. L’important, c’est la liberté : choisir la forme qui sert le film, qu’il soit en noir et blanc, en 35 mm, en digital. Si l’IA permet de créer, de mélanger les techniques, de stimuler l’imagination et d’entrer en connexion avec le public, pourquoi pas ? »

À la fin de la rencontre, un cinéaste présent dans la salle se souvient : « J’étais membre du jury de la Caméra d’Or en 1989. Votre film s’est imposé immédiatement. Nous avions compris que nous avions devant nous une grande réalisatrice. »

Ildikó Enyedi sourit, émue : « C’était mon premier festival. Mon diplôme m’avait été retiré pour des raisons politiques, mais j’avais réussi à faire le film, et il avait été à Cannes. »

L’hommage du Festival du Caire vient donc refermer un long cycle : celui d’une cinéaste qui, depuis ses débuts, n’a cessé de chercher à comprendre le monde sans le juger, à observer la vie avec douceur, à célébrer la fragilité de l’existence. La Pyramide d’Or lui rend justice : elle consacre non seulement une œuvre, mais une façon d’être au monde — curieuse, ouverte, sincère.

Neïla Driss

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