Normale Ansicht

Es gibt neue verfügbare Artikel. Klicken Sie, um die Seite zu aktualisieren.
Heute — 14. März 2026Haupt-Feeds

Hédi Ben Nasr : « Les États-Unis n’ont pas tiré les leçons de l’histoire »

14. März 2026 um 12:42

Depuis le 28 février 2026, la guerre entre l’Iran et les États-Unis est une réalité tangible. L’ancien ambassadeur et diplomate, Hédi Ben Nasr, en décrypte les ressorts géopolitiques profonds et ses conséquences économiques potentielles pour la Tunisie, dans une analyse qui replace le conflit dans le cadre plus large de la recomposition du système international.

Dans une interview à paraître dans le prochain numéro de L’Économiste maghrébin (n°941 – du 25 mars au 8 avril 2026, Hédi Ben Nasr situe le conflit bien au-delà d’une confrontation régionale. Pour lui, ce qui se déroule aujourd’hui reflète une mutation profonde de l’ordre mondial, dans sa transition de l’unipolarité vers la multipolarité. « Ce qui se passe actuellement ne concerne pas la Tunisie seule, mais englobe la structure du système international dans son avenir », déclare-t-il.

Au cœur de son analyse se trouve la position stratégique de la région de l’Asie occidentale et l’Afrique du Nord. Selon Ben Nasr, cette zone concentre les grandes voies maritimes mondiales, notamment le détroit de Bab-el-Mandeb, l’océan Indien, le canal de Suez, la mer Méditerranée et le détroit de Gibraltar, ce qui en fait, selon sa formule, « le nombril du globe habité ». Il y ajoute la dimension des ressources naturelles : hydrocarbures, gaz, et à l’horizon, les énergies alternatives dont le solaire. C’est sur ces richesses que se concentre, estime-t-il, l’intérêt des économies occidentales, qu’il présente comme moteur premier du conflit. Le conflit s’inscrit, selon lui, dans la vision stratégique que « l’Occident, sous la direction des États-Unis, a toujours poursuivie afin d’assurer la suprématie de sa position dans le monde ».

Ben Nasr replace cette confrontation dans une dynamique amorcée selon lui depuis le début de la deuxième décennie du siècle. Depuis lors, soutient-il, le monde vit un « affrontement Est-Ouest » qui n’est plus une guerre d’idéologies mais un conflit d’intérêts. La guerre opposant la Russie à l’Alliance atlantique, et non l’Ukraine, précise-t-il, en serait une facette parmi d’autres. Sur les États-Unis, il estime qu’ils « n’ont pas tiré les leçons de l’histoire », citant leurs engagements militaires au Vietnam, en Irak, en Syrie et au Yémen. Il évoque également ce qu’il décrit comme un glissement vers une vision du « Grand Israël », qui, selon lui, s’affranchit de la légitimité internationale pour puiser ses références dans les textes religieux. Il qualifie Israël d’« entité fonctionnelle » inscrite dans ce conflit global pour la domination.

Sur l’Iran, Ben Nasr adopte un regard qu’il qualifie lui-même de factuel. Il observe que quarante ans de sanctions ont conduit Téhéran à développer une industrie militaire et technologique autonome, à former des ingénieurs en grand nombre et à constituer des capacités humaines complètes. Il précise que ce constat n’est pas un éloge de l’Iran mais une lecture de la réalité, ajoutant que les actions de Téhéran dans la région s’inscrivent selon lui dans une stratégie à long terme.

Pour la Tunisie, Ben Nasr identifie l’énergie comme premier vecteur d’impact : importatrice nette, le pays serait directement exposé à la hausse des coûts énergétiques générée par le conflit dans le Golfe. Au-delà de l’énergie, il anticipe une contraction du commerce extérieur, des importations et des exportations à l’échelle mondiale. Il cite l’exemple des secteurs industriels tributaires de composants importés, dans un contexte où l’Allemagne, l’un des grands producteurs mondiaux d’automobiles, traversait déjà des difficultés avant le déclenchement des hostilités. Cette récession, selon Ben Nasr, ne serait pas l’apanage des seuls pays importateurs : les nations productrices de pétrole, notamment celles de la péninsule arabique, en subiraient également les effets. Face à l’ampleur des bouleversements en cours, Ben Nasr appelle à mesurer la vulnérabilité de la Tunisie dans un ordre international en pleine recomposition, dont les contours définitifs restent, à ce stade, encore incertains.

L’article Hédi Ben Nasr : « Les États-Unis n’ont pas tiré les leçons de l’histoire » est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

❌
❌