Conférence de Munich sur la sécurité : la fin des illusions
« Le Vieux monde est mort », a lancé récemment le Premier ministre canadien, Mark Carney, à Davos. Une formule qui résume l’esprit ayant plané sur la Conférence de Munich sur la sécurité, qui s’est tenue du 13 au 15 février à Munich en Allemagne. Aux yeux de nombreux observateurs européens, un soulagement toutefois : Donald Trump n’y était pas.
Un an plus tôt, le discours du vice-président américain, JD. Vance, avait provoqué une véritable onde de choc en Allemagne et en Europe. Le message était brutal : Washington voit désormais l’Europe comme un continent en déclin, miné par un déficit de liberté d’expression et prompt à marginaliser des forces politiques telles que Alternative pour l’Allemagne (AfD).
Douze mois plus tard, cet avertissement ne semble avoir pleinement résonné qu’avec la multiplication des signaux inquiétants : l’affaire Maduro au Venezuela, les revendications américaines sur le Groenland. Même si le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a opposé une fin de non-recevoir ferme sur ce dossier, même si de nouveaux droits de douane ont été évités — comme l’a souligné le président français Emmanuel Macron dans une tribune publiée récemment par la Süddeutsche Zeitung — une certitude s’impose : tout peut basculer à tout moment.
Depuis des années, Emmanuel Macron plaide pour une autonomie stratégique européenne et un désengagement progressif de la tutelle américaine. Il défend l’idée d’une dette commune pour soutenir l’Ukraine et appelle à un dialogue direct entre l’Europe et la Russie.
La fin du mensonge vital
L’Allemagne, à contrecœur, se retrouve face à des choix difficiles vis-à-vis d’un allié auquel elle doit en grande partie sa reconstruction d’après-guerre. Friedrich Merz s’oppose à la France sur la question des euro-obligations et demeure réticent à l’idée d’ouvrir un canal de discussion avec Moscou, une hésitation lourde de risques pour Berlin.
Le véritable défi pour l’Europe, et en particulier pour Paris et Berlin, n’est peut-être pas tant Washington que leur capacité à parler d’une seule voix. Sans unité franco-allemande, l’Europe est condamnée à l’impuissance politique.
De son côté, la Grande-Bretagne, encore marquée par les séquelles du Brexit, cherche à renouer avec le continent, avançant prudemment mais clairement vers un (nouveau) rapprochement. Malgré les obstacles, son choix semble arrêté : l’Europe, plutôt que l’isolement…
L’article Conférence de Munich sur la sécurité : la fin des illusions est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.