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CAN de futsal 2026 : le Maroc veut défendre son titre

12. Oktober 2026 um 08:38
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‘‘La Mission’’ de Mohamed Benchicou | Derrière Tiguentourine, les questions qui dérangent

12. Oktober 2026 um 07:30

Il faut relire ‘‘La Mission’’ (Koukou Éditions, Algérie, 2014). Pas comme un thriller. Comme un document politique déguisé en roman. Publié en 2014 chez Koukou Éditions, le livre de Mohamed Benchicou revient sur l’attaque du complexe gazier de Tiguentourine, au sud-est de l’Algérie, non loin de la frontière libyenne, en janvier 2013, pour explorer ce que l’événement pourrait dissimuler : intérêts énergétiques, rivalités au sommet de l’État et stratégies étrangères.

Djamal Guettala

L’auteur ne se limite pas au récit de la prise d’otages. Il bâtit une intrigue autour d’une question autrement sensible : les intérêts économiques et les luttes de pouvoir ont-ils pu peser sur le destin de ce site stratégique ? La question nourrit le roman ; elle ne constitue pas, à elle seule, une preuve.

Le 16 janvier 2013, un groupe armé attaque le complexe gazier de Tiguentourine, près d’In Amenas. Des centaines de personnes sont prises en otage. L’intervention des forces algériennes met fin à la crise, au prix de lourdes pertes humaines. L’attaque marque durablement l’industrie gazière algérienne et les relations du pays avec ses partenaires étrangers.

Un an plus tard, Benchicou choisit de déplacer le regard. Dans ‘‘La Mission’’, Tiguentourine n’est pas seulement le théâtre d’une opération terroriste : le site devient le point de rencontre d’intérêts industriels, de convoitises financières et de rivalités politiques. La dimension romanesque lui permet de relier des éléments qui, dans le débat public, restent souvent séparés.

L’auteur donne lui-même la clé de son approche : «Je n’ai été amené à connaître Tatiana que parce que l’attaque de Tiguentourine est une affaire de fric, de luttes d’influence, de rivalités de pouvoirs…»

Cette phrase annonce le parti pris du livre. Les faits historiques sont établis : l’attaque, la prise d’otages et l’intervention militaire. Les connexions politiques et économiques mises en scène par Benchicou relèvent, elles, de sa construction romanesque. Cette frontière doit rester claire, sans pour autant réduire le livre à un simple exercice de fiction.

Les intérêts gaziers et les rivalités du pouvoir

Dans le récit, British Petroleum occupe une place centrale. L’entreprise britannique exploite le site avec ses partenaires. Benchicou imagine qu’après la catastrophe de Deepwater Horizon, BP cherche à céder ses actifs algériens et à revoir le modèle de sécurité de ses installations. La question de la propriété et de la protection du complexe devient alors un ressort majeur de l’intrigue.

Mikhail Fridman, homme d’affaires russe né à Lviv, apparaît sous les traits de Tatiana-Johanna dans les ramifications du récit. Intéressé par le rachat du site, il incarne les convoitises financières qui entourent cette infrastructure stratégique. Sir William Thompson, envoyé en mission par Downing Street, est chargé d’examiner la situation. À travers lui, Benchicou introduit la dimension britannique et les calculs diplomatiques liés aux intérêts énergétiques.

Ces éléments donnent sa cohérence à l’intrigue, mais ne démontrent pas qu’une opération de cession, les manœuvres étrangères et l’attaque terroriste auraient été coordonnées dans la réalité. Le roman construit un scénario politique ; il ne livre pas une démonstration judiciaire.

L’analyse s’étend ensuite aux rapports de force algériens. Mohamed Mediène, dit Toufik, et le DRS occupent une place importante dans la représentation d’un pouvoir traversé par les rivalités. Benchicou suggère que l’attaque pourrait s’inscrire dans une recomposition des équilibres sécuritaires et politiques. Cette lecture doit être attribuée à l’auteur : aucune conclusion judiciaire ne permet d’établir que Toufik ou des acteurs étrangers auraient organisé ou facilité l’attaque.

L’arrière-plan est celui de l’Algérie de 2013-2014, au moment où se prépare le quatrième mandat d’Abdelaziz Bouteflika. Benchicou rapproche intérêts pétroliers, puissances étrangères et continuité du régime dans une formule accusatrice : «la connivence entre des capitales occidentales, la pègre pétrolière internationale et l’autocratie archaïque locale qui ambitionnait de se reconduire pour un quatrième mandat».

Cette formule résume sa charge politique. Elle exprime une interprétation romanesque des rapports entre argent, pouvoir et intérêts étrangers, non une conclusion établie sur les responsabilités dans le drame de Tiguentourine.

Le livre a été accueilli favorablement, mais sa portée politique semble être restée au second plan. Or, au-delà de l’intrigue, son intérêt réside aussi dans les questions qu’il soulève sur la vulnérabilité des infrastructures stratégiques et sur les rapports entre souveraineté nationale et intérêts économiques.

Un livre qui résiste au temps

Depuis la parution de ‘‘La Mission’’, le paysage politique algérien a changé. Bouteflika a obtenu son quatrième mandat, avant de quitter le pouvoir. Mohamed Mediène a été écarté de la tête du DRS, ensuite réorganisé puis dissous. Ces événements éclairent le contexte dans lequel Benchicou écrivait ; ils ne confirment pas rétrospectivement ses hypothèses sur Tiguentourine.

La portée du livre tient ailleurs : dans sa volonté de dépasser le récit immédiat d’un attentat pour interroger les intérêts et les rapports de force qui entourent les lieux stratégiques. On peut discuter ses hypothèses, contester ses rapprochements et rappeler les limites de sa démonstration. On ne peut ignorer la question qui traverse son récit : derrière les événements, quels intérêts se croisent et quelles vérités restent à établir ?

Mohamed Benchicou est mort le 24 septembre 2026. Avec ‘‘La Mission’’, il laisse un texte qui témoigne de sa manière d’interroger le pouvoir et de mettre en cause les récits trop vite refermés. Relire ce livre ne revient pas à transformer ses hypothèses en certitudes, mais à reprendre les questions qu’il a posées. Cette mission n’est pas terminée.

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