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La Tunisie face à la crise de la crevette rouge

21. Juli 2026 um 12:29

La Tunisie a mis en place une cellule de crise et engagé des discussions avec l’Italie, la Commission européenne (CE) et la Commission générale des pêches pour la Méditerranée (CGPM) afin de débloquer les exportations de crevettes rouges vers le marché italien. (Photo : Pêcheurs tunisiens à Bizerte).

Cette «cellule de crise», qui a pour mission de coordonner les actions techniques et diplomatiques, a organisé des réunions avec les professionnels du secteur et le ministère des Affaires étrangères, a pris contact avec ses homologues européens pour permettre la reprise des exportations vers l’Italie et a soumis une demande officielle au secrétariat exécutif de la CGPM visant à réviser le quota de la Tunisie, en se fondant sur les données nationales officielles de production.

Le ministère de l’Agriculture, des Ressource hydrauliques et de la Pêche a rejeté l’interprétation selon laquelle les difficultés rencontrées par les exportateurs résulteraient d’une mesure tunisienne visant à restreindre les échanges, expliquant que ces restrictions découlent plutôt du système international de gestion durable des stocks de crevettes rouges de profondeur dans le détroit de Sicile, un système adopté par la CGPM sur la base d’évaluations scientifiques et d’engagements pris par les pays membres. Le plan pluriannuel défini par la recommandation 45/2022/5 de la CGPM a instauré des limites de capture distinctes pour la Tunisie et l’Union européenne (UE) pour la période transitoire 2023-2025, impliquant une réduction annuelle de 3 % par rapport aux captures déclarées en 2021.

Préserver l’accès des produits tunisiens aux marchés européens

Pour la crevette rouge géante (Aristaeomorpha foliacea), le quota tunisien a été fixé à 39 tonnes en 2023, 38 tonnes en 2024 et 37 tonnes en 2025. Ce régime a par la suite été prolongé jusqu’en 2026 par la recommandation 48/2025/9 de la CGPM.

La crise a éclaté début juin lorsque le ministère italien de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et des Forêts a informé les opérateurs que le quota tunisien pour 2026 — fixé à 36 000 kilogrammes — était déjà épuisé au 15 mai. Selon les données italiennes, les certificats de capture validés par les autorités tunisiennes pour des produits destinés au marché européen totalisaient au moins 50 960 kilogrammes, dépassant ainsi la limite de plus de 41 %. En conséquence, Rome a ordonné des contrôles systématiques et suspendu les autorisations pour les expéditions certifiées après l’épuisement du quota.

Des parlementaires ont demandé au gouvernement de clarifier la nature juridique et scientifique des quotas, les raisons de l’importante disparité des quantités allouées aux différents pays méditerranéens, ainsi que l’absence de consultation préalable des pêcheurs et des exportateurs, appelant également à une action bilatérale et multilatérale pour préserver l’accès des produits tunisiens aux marchés européens.

Selon La Presse, Tunis a adressé une note à la direction générale des affaires maritimes et de la pêche (DG Mare) de la CE pour contester et clarifier les données relatives au dépassement présumé du quota. Une seconde communication a été envoyée au ministère italien de l’Agriculture pour demander une augmentation des quantités autorisées sur le marché, tandis qu’une demande officielle a été soumise au secrétariat exécutif de la Commission générale des pêches pour la Méditerranée (CGPM) afin de réviser le quota sur la base des données de production officielles transmises en avril 2026. Cette réaction marque le passage du différend d’une contestation sectorielle à une question institutionnelle et diplomatique.

L’Italie disposée à ouvrir les négociations

Ces dernières semaines, pêcheurs et exportateurs ont manifesté devant le ministère de l’Agriculture à Tunis, soulignant le blocage des marchandises, les coûts de stockage et de transport, ainsi que les risques pesant sur les emplois et les investissements — en particulier dans les ports du nord tels que Ghar El Melh, dans le gouvernorat de Bizerte.

L’enjeu consiste à concilier la préservation biologique des stocks halieutiques partagés dans le détroit de Sicile et l’impact économique sur une filière tunisienne fortement tournée vers l’Italie. «La volonté affichée par le ministère italien d’ouvrir des négociations sur les volumes de capture constitue une première réponse aux revendications de la profession ; toutefois, la reprise effective des exportations dépendra de l’issue des vérifications des certificats de capture et des consultations avec Rome, Bruxelles et la CGPM», rapporte l’agence italienne Ansa.

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