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Les 4 habitudes qui pourraient expliquer le bien-être des Nordiques au travail

01. September 2026 um 11:29

La Finlande reste en tête du classement mondial du bonheur en 2026. Derrière elle, l’Islande et le Danemark occupent les deuxième et troisième places, tandis que la Suède et la Norvège se classent respectivement cinquième et sixième. Cinq pays nordiques figurent ainsi parmi les six premiers du World Happiness Report.

Ce résultat ne repose pas sur une simple question du type «êtes-vous heureux?». Le rapport mesure la manière dont les habitants évaluent leur vie dans son ensemble, sur une échelle de 0 à 10, à partir notamment des données du Gallup World Poll. Le classement 2026 s’appuie sur les évaluations recueillies entre 2023 et 2025. Le classement ne permet pas, à lui seul, d’affirmer que les Nordiques sont protégés contre le burn-out. Ils connaissent eux aussi le stress professionnel et l’épuisement. La Suède a d’ailleurs fait de la prévention des problèmes de santé liés au travail l’un des axes de sa stratégie pour 2026-2031. Mais derrière les performances nordiques en matière de bien-être, une certaine manière d’organiser le quotidien et le travail mérite l’attention.

En Suède, la journée de travail laisse notamment une place au fika. Le principe est simple: interrompre réellement son activité pour prendre un café, manger quelque chose et surtout échanger avec ses collègues ou ses proches. Ce n’est pas seulement une pause devant un écran. Le fika implique de s’arrêter, de discuter et de créer du lien. Dans les entreprises suédoises, ces pauses font partie des habitudes professionnelles. Le guide officiel «Work in Sweden» souligne que les pauses régulières et le fika sont intégrés à la culture de travail, tandis que travailler au-delà des horaires contractuels est généralement découragé. L’idée est de rester productif pendant les heures de travail plutôt que de transformer la présence prolongée au bureau en preuve d’engagement.

Cette logique rejoint un autre concept suédois: le lagom. Il n’existe pas de traduction parfaite, mais l’idée renvoie à ce qui est «juste assez», sans excès. Le concept s’applique aussi au travail: être efficace sans laisser l’activité professionnelle envahir chaque espace de la vie. Visit Sweden présente le lagom comme une recherche d’équilibre et de modération dans les choix du quotidien.

Le temps passé dehors occupe également une place particulière dans les cultures nordiques. En Norvège, le friluftsliv désigne cette idée d’une vie au contact de la nature. Marcher, faire du vélo, sortir en forêt ou simplement passer du temps dehors ne sont pas nécessairement des activités réservées aux week-ends ou aux vacances. Elles font partie du quotidien, y compris lorsque la météo est loin d’être idéale. À cela s’ajoute un élément moins visible mais essentiel: les relations sociales. Les rencontres avec la famille, les amis, les collègues ou la communauté ne sont pas considérées comme du temps perdu. Elles constituent une partie du bien-être. Le World Happiness Report met régulièrement en évidence le rôle de la confiance, du soutien social et des connexions humaines dans les différences de niveau de satisfaction entre les pays.

Pour le monde de l’entreprise, c’est probablement la leçon la plus intéressante. Le modèle nordique ne repose pas sur une formule magique contre le burn-out. Il repose davantage sur une accumulation de petits mécanismes qui empêchent, en principe, le travail de devenir l’unique centre de gravité de la vie: une vraie pause au milieu de la journée, du temps dehors, une certaine modération dans les exigences et des relations sociales entretenues. Le gouvernement suédois parle désormais explicitement de créer un environnement de travail permettant aux salariés de pouvoir, de vouloir et de réussir à travailler pendant toute leur vie professionnelle. Sa stratégie 2026-2031 insiste notamment sur l’équilibre entre les exigences et les ressources, le soutien du management, la qualité des relations au travail et la prévention des problèmes de santé.

La différence est donc peut-être moins dans la capacité à travailler dur que dans la manière de considérer la récupération. Dans cette approche, se reposer n’est pas nécessairement ce que l’on fait après avoir terminé tout le reste. C’est une partie normale du fonctionnement de la journée.

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Maladies chroniques : le lourd fardeau qui pèse sur les familles tunisiennes

31. August 2026 um 12:02

En Tunisie, les maladies chroniques ne pèsent pas uniquement sur la santé. Elles s’installent aussi dans le budget des ménages, avec des dépenses qui se répètent mois après mois. Consultations, médicaments, analyses, examens et, dans les cas les plus graves, hospitalisations : la prise en charge peut rapidement devenir une charge financière durable.

Dans cet entretien exclusif accordé à L’Économiste Maghrébin, Chokri Arfa, professeur universitaire et expert en économie et financement de la santé, analyse le coût souvent invisible des maladies chroniques et plaide pour un rééquilibrage du système de santé en faveur de la prévention et des soins de première ligne.

Les chiffres donnent la mesure du problème. En 2016, l’hypertension artérielle concernait 29 % des Tunisiens âgés de 15 ans et plus, tandis que le diabète touchait 16 % de cette population. Cinq ans plus tard, en 2021, la dépense directe de santé par personne atteignait environ 397 dinars dans les ménages comptant au moins un membre atteint d’une maladie non transmissible, contre environ 176 dinars dans les autres ménages. Soit une dépense moyenne 2,25 fois plus élevée.

Ce chiffre ne signifie évidemment pas que chaque patient coûte exactement 2,25 fois plus cher. Il traduit toutefois un écart considérable entre les ménages concernés et les autres, dans un pays où les familles supportent déjà directement une part importante des dépenses de santé.

Car contrairement à une affection ponctuelle, une maladie chronique impose une prise en charge dans la durée. Le patient doit consulter régulièrement, effectuer des analyses, suivre son traitement et surveiller son état de santé. Lorsque la maladie est mal contrôlée, le risque de complications augmente, tout comme le recours à des soins plus lourds et plus coûteux.

À mesure que ces pathologies progressent, la pression ne se limite donc plus aux ménages. Elle concerne également la CNAM et les finances publiques. Derrière la question médicale se pose ainsi celle de la soutenabilité du financement de la santé.

Une pression qui risque de s’accentuer

Cette pression pourrait encore s’intensifier avec le vieillissement de la population tunisienne. Selon le RGPH 2024 de l’Institut national de la statistique, les personnes âgées de 60 ans et plus représentent désormais 16,9 % de la population.

Or, l’avancée en âge s’accompagne généralement d’une augmentation des besoins en soins et d’une prise en charge plus longue. Le système de santé doit donc se préparer à accompagner un nombre croissant de patients vivant avec une ou plusieurs maladies chroniques.

Mais le problème ne réside pas uniquement dans la prévalence de ces maladies. Leur dépistage et leur contrôle restent également insuffisants. Selon la Banque mondiale, seuls 11 % des cas d’hypertension et 14 % des cas de diabète étaient contrôlés.

Le défi est donc double : diagnostiquer plus tôt, mais surtout mieux suivre les patients une fois la maladie identifiée. Une prise en charge régulière au niveau des soins de première ligne pourrait permettre d’éviter que des pathologies souvent contrôlables ne se transforment en complications nécessitant des soins plus complexes.

Cette évolution est d’autant plus importante que certains patients cumulent plusieurs pathologies et ont besoin de traitements et d’un suivi au long cours. Une situation qui alourdit progressivement les dépenses publiques, les coûts supportés par l’assurance maladie et, surtout, les budgets des ménages.

Une facture qui ne s’arrête jamais

Le coût d’une maladie chronique ne se limite pas au prix des médicaments. Il faut également compter les consultations, les analyses, les examens médicaux et les déplacements. Lorsque l’état de santé se dégrade, les hospitalisations et les traitements plus complexes viennent alourdir davantage la facture.

Le niveau de contrôle de la maladie devient alors déterminant. Moins une pathologie est maîtrisée, plus le risque de complications augmente et plus la prise en charge devient coûteuse.

C’est précisément là que la prévention prend toute son importance. Or, selon la Banque mondiale, plus de 80 % des dépenses publiques de santé sont consacrées aux fonctions curatives, contre environ 5 % seulement à la prévention et aux fonctions de santé publique.

Ce déséquilibre pose question. Dépister une maladie à temps et assurer son suivi peut permettre de la contrôler pendant des années. À l’inverse, une prise en charge tardive peut déboucher sur des complications, des hospitalisations et des traitements plus coûteux.

Pour les familles, la différence est très concrète. Même lorsque leurs revenus stagnent, les dépenses liées à la maladie continuent de s’accumuler. Les médicaments constituent à cet égard le principal poste de dépense. Ils représentent plus des deux tiers des paiements directs de santé. En 2021, leur part atteignait 78 % dans le quintile le plus pauvre, contre 64 % dans le quintile le plus riche.

La maladie chronique transforme ainsi une dépense de santé ponctuelle en une charge financière régulière. Et lorsque les médicaments ou les prestations nécessaires ne sont pas disponibles dans le secteur public, le poids se reporte davantage sur les familles, notamment à travers les achats dans les pharmacies privées.

La prévention, un investissement plutôt qu’une dépense

Pour Chokri Arfa, cette situation impose de revoir les priorités. La CNAM ne devrait pas intervenir uniquement lorsque la maladie est déjà installée et que les dépenses ont commencé à s’accumuler. Elle pourrait également jouer un rôle plus actif dans le dépistage, la prévention et le suivi des maladies chroniques.

L’objectif est à la fois sanitaire et économique : éviter aujourd’hui des complications humaines et financières beaucoup plus lourdes demain.

Le renforcement des soins de santé primaires constitue, dans cette perspective, un levier essentiel. Un dépistage plus précoce de l’hypertension et du diabète, associé à un suivi régulier et à une meilleure observance des traitements, pourrait réduire le recours à certaines hospitalisations et à des soins spécialisés qui auraient pu être évités.

L’enjeu devient encore plus important avec le vieillissement de la population et la progression des maladies chroniques. Les parcours de soins s’allongent alors même que le système de santé doit composer avec des contraintes financières importantes.

Le chiffre de 2021 résume à lui seul l’ampleur du défi : la dépense directe de santé par personne était 2,25 fois plus élevée dans les ménages touchés par une maladie non transmissible que dans les autres ménages.

Derrière cette moyenne se cache une réalité beaucoup plus concrète : pour de nombreuses familles, la maladie représente une dépense qui revient chaque mois, parfois pendant des années.

La question n’est donc plus seulement de savoir combien de Tunisiens vivent avec une maladie chronique. Il faut également s’interroger sur le coût collectif de l’insuffisance du dépistage, du contrôle des maladies et de l’investissement dans la prévention.

La CNAM appelée à changer de rôle

La transformation pourrait également passer par la digitalisation et l’intelligence artificielle. Sous réserve d’un cadre strict de protection des données personnelles, les informations disponibles auprès des structures sanitaires et de la CNAM pourraient contribuer à identifier les profils à risque, orienter le dépistage et améliorer le suivi des patients.

L’objectif serait notamment de mieux anticiper les complications et d’intervenir plus tôt, avant que la situation ne nécessite des soins lourds.

Cette évolution permettrait aussi de faire progressivement passer la CNAM d’un simple rôle de payeur à celui d’acheteur stratégique de soins, capable d’orienter les ressources vers la prévention, la qualité et la continuité des parcours de santé.

Pour le système de santé comme pour les familles, l’enjeu est considérable. En santé, prévenir une complication coûte souvent moins cher que la traiter. Mais le bénéfice de la prévention ne se mesure pas uniquement en dinars : il se mesure aussi en années d’autonomie préservées, en hospitalisations évitées et en familles moins exposées à une charge financière durable.

Prévenir aujourd’hui, c’est donc protéger les familles demain. Pour y parvenir, la Tunisie devra renforcer les soins de première ligne, investir davantage dans le dépistage et la prévention et repenser le rôle de ses mécanismes de financement de la santé.

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