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Comar d’Or : après le faste des prix, les lauréats livrent les coulisses de leurs romans

05. Juni 2026 um 14:05

Les discours officiels ont laissé place aux confidences littéraires. Quinze jours après la cérémonie des Comar d’Or, les lauréats de la 30ᵉ édition étaient conviés à Tunis par Comar Assurances, le 4 juin 2026, pour un face-à-face inédit avec le public. Objectif : abandonner le protocole des remises de prix pour explorer ce qui nourrit véritablement l’écriture — la naissance des textes, les obsessions qui les traversent et les chemins empruntés par leurs auteurs.

Devant un auditoire mêlant écrivains, journalistes, jurés et passionnés de lecture, la rencontre a pris des allures de cercle littéraire, loin du faste de la cérémonie officielle. L’exercice visait à laisser la parole aux auteurs pour explorer les coulisses de leurs œuvres primées.

En préambule, Lotfi Ben Haj Kacem, directeur général de Comar Assurances, a souligné la singularité de cet anniversaire – les trois décennies d’existence du prix – et rappelé l’indépendance des jurys, présentée comme une clé de la légitimité du label. Il a également salué la vigueur de la production romanesque tunisienne, illustrée par un record de soumissions : 92 romans examinés cette année, du jamais-vu, selon les organisateurs. Au-delà du volume, les membres des jurys ont insisté sur la tenue des ouvrages en compétition et sur la densité des débats ayant précédé le choix final.

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Seul Sofiane Ben M’rad, récompensé par le Prix Découverte en langue française pour Tunis Arkana, était absent. Le débat était bel et bien riche et constructif. Hichem Ben Azouz, lauréat du Comar d’Or francophone pour Sangoma le guérisseur, a retracé son parcours ayant abouti à un récit où se croisent médecine, introspection spirituelle et confrontation avec des savoirs alternatifs. Hella Feki, Prix spécial du jury pour Une reine sans royaume, a expliqué son attachement aux trajectoires d’exil et aux vies oubliées par l’histoire.

Du côté des œuvres en arabe, Nasr Belhaj Beltaïeb (Comar d’Or pour سيف الصوان), Fahmi Balti (Prix spécial du jury pour دم سيّئ) et Najwa Kaddari (Prix Découverte pour الماجدة) ont dévoilé leurs sources d’inspiration, la construction de leurs univers et la part d’intime déposée dans leurs personnages.  

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Edgar Morin, le dernier grand passeur de la Méditerranée

30. Mai 2026 um 12:00

La disparition de Edgar Morin, survenue ce samedi à l’âge de 104 ans, marque la fin d’un siècle intellectuel.

Résistant, sociologue, philosophe, théoricien de la complexité, il fut l’un des rares penseurs à avoir traversé plus de huit décennies de débats politiques et culturels sans jamais céder aux dogmatismes.

Son œuvre, fondée sur le dialogue entre les disciplines, les cultures et les peuples, a profondément influencé plusieurs générations d’intellectuels du Sud, notamment en Afrique du Nord.

La relation de Morin avec la Tunisie ne fut ni superficielle ni simplement académique. Dès les années 1960, il fréquente le milieu intellectuelle cosmopolite de Tunis, invité notamment par Jean Duvignaud, alors enseignant à Tunis. Il y noue des amitiés durables avec des intellectuels tunisiens et découvre une Tunisie ouverte, méditerranéenne, à la croisée des héritages arabes, africains et européens. Il évoquera plus tard avec émotion ses séjours à Sidi Bou Saïd et dans le Sud tunisien comme des moments fondateurs de sa réflexion sur la pluralité culturelle.

 

Des figures de la sociologie tunisienne comme Abdelwahab Bouhdiba, Abdelkader Zghal… ont évolué dans un espace intellectuel où les questions de modernité, d’identité et de dialogue des cultures rejoignaient souvent les préoccupations moriniennes.

Son influence sur la vie intellectuelle tunisienne fut considérable, bien que souvent discrète. Les travaux de Morin sur la « pensée complexe » ont inspiré plusieurs générations de sociologues, philosophes, pédagogues et chercheurs tunisiens confrontés aux limites des approches idéologiques rigides. Des figures majeures de la sociologie tunisienne comme Abdelwahab Bouhdiba, Abdelkader Zghal ou Khelil Zammiti ont évolué dans un espace intellectuel où les questions de modernité, d’identité et de dialogue des cultures rejoignaient souvent les préoccupations moriniennes. Lors de la remise du Prix Ibn Khaldoun à Tunis en 2015, Morin fut d’ailleurs honoré aux côtés de plusieurs grandes figures tunisiennes des sciences sociales, reconnaissance symbolique de cette proximité intellectuelle.

Après la révolution tunisienne de 2011, il observa avec attention l’expérience démocratique du pays. Contrairement à de nombreux commentateurs occidentaux, il refusait les lectures simplistes du « printemps arabe ». Il préférait parler de « métamorphose », c’est-à-dire d’un processus mêlant continuité et changement, héritage et invention. Pour lui, la Tunisie incarnait la possibilité rare d’articuler droits humains, démocratie, émancipation des femmes et fidélité à une identité culturelle propre.

 

Opposant précoce à la guerre d’Algérie, défenseur des mouvements de décolonisation, critique des impérialismes comme des autoritarismes, il considérait l’Afrique non comme une périphérie du monde mais comme l’un des lieux où se jouait l’avenir de l’humanité.

 

Face à la montée des radicalismes religieux et identitaires, Morin défendit constamment l’éducation, la culture et l’esprit critique comme remparts contre le fanatisme. Lors d’une conférence à Tunis en 2016, il appelait à enseigner la compréhension de l’autre, l’acceptation de l’incertitude et la complexité du réel, thèmes devenus centraux dans les débats éducatifs tunisiens contemporains.

Son engagement progressiste dépassait largement la Tunisie. Opposant précoce à la guerre d’Algérie, défenseur des mouvements de décolonisation, critique des impérialismes comme des autoritarismes, il considérait l’Afrique non comme une périphérie du monde mais comme l’un des lieux où se jouait l’avenir de l’humanité.

Jusqu’à ses dernières années, il demeura attentif au devenir de la démocratie tunisienne. En 2023 encore, il s’associait à des intellectuels et défenseurs des droits humains pour alerter sur les risques de régression des libertés dans le pays. Cette fidélité témoigne d’un attachement ancien à la Tunisie et à ses aspirations démocratiques.

 

Dans un monde fragmenté par les certitudes et les passions identitaires, sa leçon conserve une actualité remarquable : comprendre avant de juger, relier plutôt que séparer, dialoguer plutôt que s’exclure. C’est sans doute là que réside la part la plus durable de son héritage.

 

Avec Edgar Morin disparaît un intellectuel universel, mais aussi un ami de la Tunisie. Son héritage demeure vivant dans les universités, les centres de recherche, les débats pédagogiques et chez tous ceux qui refusent les explications simplistes pour penser la complexité des sociétés méditerranéennes et africaines. Dans un monde fragmenté par les certitudes et les passions identitaires, sa leçon conserve une actualité remarquable : comprendre avant de juger, relier plutôt que séparer, dialoguer plutôt que s’exclure. C’est sans doute là que réside la part la plus durable de son héritage.

Kamel Grar

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Morin s’éteint. Qui osera encore penser aussi grand ?

30. Mai 2026 um 10:38

 Edgar Morin, philosophe et sociologue de génie français, s’est éteint ce vendredi 29 mai 2026, à l’âge de 104 ans. L’humanité  perd l’un de ses derniers grands intellectuels universels.

Né Edgar Nahoum en 1921 à Paris, dans une famille juive séfarade originaire de Salonique, il grandit à l’ombre de l’Histoire avec un grand H. Résistant sous l’Occupation, il adopte le pseudonyme de Morin, celui qui restera. Chercheur au CNRS, penseur inclassable, il refusera toute sa vie les carcans disciplinaires. Il avait traversé un siècle entier comme on traverse une forêt,  les yeux grands ouverts, sans jamais prétendre en connaître tous les chemins.

Son œuvre monumentale, La Méthode, en six volumes, aura constitué une révolution épistémologique : contre la pensée réductrice et fragmentée, il aura plaidé inlassablement pour une pensée complexe, capable d’embrasser les contradictions du réel sans les effacer. Sociologue, philosophe, écologue avant l’heure, théoricien du cinéma, Morin était tout cela à la fois, et c’était précisément son propos.

À 104 ans, il écrivait encore. Il publiait encore. Il s’indignait encore, contre les guerres, les haines, les simplifications qui défigurent le monde. Il nous laisse une pensée vivante, exigeante, nécessaire. Dans un communiqué publié sur X ce samedi 30 mai, Emmanuel Macron lui a rendu hommage. Il salue notamment son « humanisme », sa « bienveillance » et sa « curiosité ».

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