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L’édito de Hédi Mechri – UGTT/État : vers un nouveau pacte social pour relancer l’économie ?

11. April 2026 um 06:00

Qui peut vouloir porter atteinte à l’UGTT et l’anéantir ? Il n’est à craindre que ce ne soit l’UGTT elle même. Inutile de revenir sur les péripéties et les contradictions qui l’ont minée de l’intérieur, au risque de la faire imploser. L’amendement aventureux du règlement intérieur qui avait fait sauter le verrou de plafond de deux mandats des instances dirigeantes a mis le feu aux poudres. Si l’UGTT voulait se saborder et signer son arrêt de mort, elle ne se serait pas prise autrement.

L’organisation salariale, la centrale-phare du monde arabo-africain, qui fut sans doute l’unique modèle d’exercice démocratique, avait pris le risque d’un suicide collectif en reniant son propre ADN. La mesure était on ne peut plus controversée, parce que contraire à l’esprit et à la lettre d’une centrale ouvrière bâtie sur l’idée d’un contre-modèle, d’un contrepoids des régimes politiques aux velléités autoritaires.

Tout au long des trois dernières années, l’UGTT a perdu de sa cohérence, de sa crédibilité et de sa puissance. L’estocade finale lui a été portée par l’Etat, qui l’a privée, le plus légalement du monde, d’une ostentatoire manne financière au titre des versements directs des « cotisations » des employés des institutions étatiques, comme s’il s’agissait d’un impôt spécial prélevé au profit de la centrale ouvrière.

 

Les pères fondateurs, Hached, Tlili et Achour, doivent se retourner dans leurs tombes. Contestée, divisée et affaiblie de l’intérieur, marginalisée et mise sous embargo de l’extérieur, l’UGTT partait en vrille. Elle a, tout au long de ces trois dernières années, perdu de sa cohérence, de sa crédibilité et de sa puissance. L’estocade finale lui a été portée par l’Etat, qui l’a privée, le plus légalement du monde, d’une ostentatoire manne financière au titre des versements directs des « cotisations » des employés des institutions étatiques, comme s’il s’agissait d’un impôt spécial prélevé au profit de la centrale ouvrière.

Il est peu probable – à moins d’un retour à la situation antérieure – que le recours aux cotisations volontaires individuelles puisse assurer ne serait-ce que le minimum vital pour la sur vie de la centrale. L’argent, il est vrai, est le nerf de la guerre. L’ennui est qu’en l’espèce, le tarissement des sources de financement ne signifie pas la fin de l’histoire. Il ne mettra pas le pays à l’abri de l’irruption d’une guérilla syndicale aux capacités de nuisance très préjudiciables pour l’économie nationale et pour le pays. Dieu merci, on n’en est pas là aujourd’hui. Et on est fondé d’envisager d’autres scénarios que celui du pire qui hantait, il y a peu, les murs de la centrale ouvrière. Elle n’avait jamais paru aussi menacée dans son existence. Sans visibilité et sans ligne directrice, elle avançait à tâtons, au gré de circonstances pour le moins difficiles. Elle manquait d’autant plus d’assurance, qu’elle avait dégradé ses rapports avec le reste de la population et abîmé son image dans le pays.

L’arrogance des syndicats de l’éducation nationale, qui ont pris en otage le pays, l’indifférence des agents paramédicaux et des salariés du transport qui n’hésitaient pas à débrayer à tout bout de champ au grand désarroi des usagers, ont laissé des traces et des lésions chez les parents d’élèves et chez les contribuables. L’UGTT, dans toutes ses composantes (la direction n’avait plus de prise sur elles), avait présumé de sa force, notamment à l’occasion de l’éclipse et de l’effacement de l’Etat. Elle n’était plus dans son rôle, au sens historique du terme.

 

L’UGTT, dans toutes ses composantes (la direction n’avait plus de prise sur elles), avait présumé de sa force, notamment à l’occasion de l’éclipse et de l’effacement de l’Etat. Elle n’était plus dans son rôle, au sens historique du terme.

 

Elle avait outrepassé sa mission de contre-pouvoir pour s’ériger en véritable détenteur du pouvoir dans la fonction publique et les entre prises d’Etat. Elle est restée sous l’emprise de la vieille idée du siècle dernier d’un syndicalisme relégué aujourd’hui dans le musée de l’histoire. L’offensive syndicale tous azimuts de la décennie écoulée, au-delà des revendications qui pouvaient paraître tout aussi légitimes qu’excessives, a freiné l’élan du pays et ruiné l’espoir de développement des entreprises publiques. Là où la puissance syndicale a pu exercer son hégémonie et son diktat – autant dire dans l’ensemble des entreprises publiques, hier figures de proue de notre économie -, l’herbe ne pousse plus.

Les courbes de productivité et de compétitivité y sont au plus bas, sous l’avalanche de recrutements et d’octroi de salaires que rien ne justifie. Les profits qui alimentaient les caisses de l’Etat ont cédé la place au cumul des déficits et des dettes. L’investissement n’est même plus une simple option. La croissance et le développement ne sont plus à l’ordre du jour. L’agitation permanente portée à son plus haut niveau par l’UGTT a été au final contre-productive, elle n’aura servi qu’à dégrader les fondamentaux de l’économie, tout en abîmant l’image de la centrale ouvrière. Elle n’était pas de nature à susciter des avancées économiques et sociales.

Grisée par le pouvoir, l’UGTT a laissé passer le train du changement qui l’aurait propulsée au rang de partenaire incontournable. Au lieu de quoi, elle s’est laissé entraîner dans un état quasi conflictuel avec le nouveau pouvoir en place. A mesure que l’étau se resserrait, que les pressions et les difficultés prenaient une plus grande résonance, la centrale ouvrière, à travers ses différentes structures, affichait des postures et des gesticulations qui jetaient de l’huile sur le feu. De quoi approfondir les raisons d’une crise systémique qui a pour effet de déstabiliser ses centres de décision, sa chaîne de commandement et la cohésion du groupe dirigeant. Les cadres syndicaux étaient déboussolés, les adhérents ne savaient plus à quel saint se vouer. Le démon numide refait surface. Les luttes fratricides menaçaient d’effondrement la doyenne des centrales syndicales arabes et africaines. Celle-ci n’a pas vu venir le changement qui a révolutionné l’univers du travail. Elle ne voyait pas le monde qui arrivait, elle ne mesurait pas non plus les conséquences de la révolution technologique sur les conditions de vie, de travail et d’action syndicale.

L’UGTT, plutôt que de s’adapter au nouveau monde, cherchait à tout prix à s’accrocher à l’ancien via le terreau de la fonction publique et des entreprises d’Etat. Il y a pourtant longtemps que les cols bleus ne dominent plus la classe ouvrière. La tertiarisation des activités, l’envolée de la financiarisation de l’économie, ailleurs plus qu’ici, ont changé la donne, sans que l’UGTT y prête attention et y prenne garde. La parcellisation du travail, le développement du travail à distance, la forte mobilité du personnel – toutes compétences confondues -, l’irruption dans notre vie des technologies émergentes, de l’intelligence artificielle ont brisé en plusieurs endroits la chaîne de solidarité ouvrière.

 

Plutôt que de s’adapter au nouveau monde, la centrale syndicale cherchait à tout prix à s’accrocher à l’ancien via le terreau de la fonction publique et des entreprises d’Etat. Il y a pourtant longtemps que les cols bleus ne dominent plus la classe ouvrière.

 

Le syndicalisme à l’ancienne du type du 20ème siècle a vécu. L’action syndicale dans une économie ouverte doit impérativement s’inscrire dans le mouvement de la mondialisation. Le basculement géopolitique en cours n’y changera pas grand-chose. La dérive des continents sous l’effet de la tectonique des plaques Nord-Sud en modifiera la forme, mais ne changera rien quant au fond. Une mondialisation rénovée, plus régionalisée, de proximité, entre amis pour ainsi dire, est en train de se dessiner tout à l’avantage de notre pays. La Tunisie a toutes les chances de se positionner dans la recomposition des nouvelles chaînes d’approvisionnement de valeur, profitant ainsi de notre proximité de l’Europe. L’UGTT doit pouvoir évoluer sur une ligne de crête, se focaliser sur un point d’équilibre entre droit des travailleurs et attractivité du site Tunisie. Elle doit repenser son mode de fonctionnement et ses modalités de lutte, se réinventer pour se donner un avenir qui ne soit pas pure illusion.

Moralité : le syndicalisme n’est pas mort, il ne doit pas mourir et disparaître. Mais il doit muter. Et s’impliquer autrement dans le vécu national, dans la vie sociale et professionnelle. En conscience et en responsabilité. Le pays a besoin d’un syndicat ouvrier fort, représentatif, crédible, ouvert sur le monde. En cohérence et en ligne avec les exigences de compétitivité et des responsabilités sociales et environne mentales des entreprises. Un syndicat qui a droit au chapitre national, capable de développer une vision d’avenir, un projet de société et un programme d’action qui ne soit pas en conflit avec l’impératif d’émergence économique, financière et sociale. Le temps presse et ne joue pas en notre faveur. Mettre fin au déclassement du pays et amorcer au plus vite le redressement de l’économie en ces temps de marasme mondial sont une ardente obligation. Une nouvelle page s’ouvre avec l’émergence de la nouvelle direction issue du récent congrès quasiment fondateur.

Portée par sa longue histoire, par son passé militant, par la qualité de ses cadres enseignants universitaires, par celles et ceux qui sont au service des services publics, elle est en capacité de gérer et de maîtriser le changement. La puissance publique ne pouvait rêver meilleure configuration. Le nouveau bureau exécutif, qui s’affirme hostile à toute forme d’affrontement stérile, affiche haut et fort sa volonté de concertation et de dialogue. Signe d’un syndicalisme d’avant-garde, soucieux autant d’équité dans le partage de la valeur ajoutée que de l’impératif d’efficacité économique. Il est dans son rôle quand il s’oppose à la baisse du pouvoir d’achat, aux inégalités sociales et régionales, à la dégradation de l’air et de l’environnement.

 

… Un syndicat qui a droit au chapitre national, capable de développer une vision d’avenir, un projet de société et un programme d’action qui ne soit pas en conflit avec l’impératif d’émergence économique, financière et sociale. Le temps presse et ne joue pas en notre faveur. Mettre fin au déclassement du pays et amorcer au plus vite le redressement de l’économie en ces temps de marasme mondial sont une ardente obligation. Une nouvelle page s’ouvre avec l’émergence de la nouvelle direction issue du récent congrès quasiment fondateur.

 

L’UGTT, nouvelle saison, n’aura aucune peine à revenir à ses fondamentaux originels tout en changeant de mode opératoire, repenser son propre logiciel de pensée et d’action, regarder devant plutôt que loin derrière. Elle a été et doit rester un espace de liberté, de pratique démocratique et de droits humains.

D’un mot, un acteur central dans le mode de régulation et de justice sociale. La bonne nouvelle est que la direction de l’UGTT, sous la houlette du nouveau SG, Slaheddine Selmi, se dit ouverte au dialogue et à la concertation. Elle appelle de ses vœux la réactivation du contrat social et serait favorable à un pacte de croissance. Autant de signes et de gestes qui doivent accélérer le dégel et la fonte des glaces entre la centrale ouvrière et le pouvoir exécutif. L’Etat ne pouvait rêver meilleure situation : le pays doit pouvoir profiter de cet alignement des planètes pour sortir de l’ornière. Le moment est venu pour réinventer le dialogue national entre le pouvoir et l’organisation ouvrière relégitimée, fort représentative, ouverte au dialogue, en rupture avec le raidissement du passé. C’est l’heure de déterrer la hache de guerre, l’ultime heure de se convaincre, d’un côté comme de l’autre, de la nécessité d’un syndicat ouvrier, responsable, reconnu et respecté par sa base. Le voir ou – qu’à Dieu ne plaise, le faire disparaître, cela revient à ouvrir la boîte de Pandore, à libérer la voie à l’agitation et à l’instabilité permanentes, à l’irruption des « coordinations » qui ont sévi dans les champs pétroliers et dans le bassin minier du sud tunisien. Ces mouvements « spontanés », incontrôlés et incontrôlables n’ont d’autre vocation que de semer le désordre et le chaos.

L’Etat a besoin de partenaires sociaux indépendants, libres de toute interférence pour construire de nouveau la confiance, l’apaisement et la sérénité dont le pays a besoin. Sans quoi, il faut se préparer au pire. Et le pire n’est jamais exclu.

 

Le moment est venu pour réinventer le dialogue national entre le pouvoir et l’organisation ouvrière relégitimée, fort représentative, ouverte au dialogue, en rupture avec le raidissement du passé. C’est l’heure de déterrer la hache de guerre, l’ultime heure de se convaincre, d’un côté comme de l’autre, de la nécessité d’un syndicat ouvrier, responsable, reconnu et respecté par sa base.

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L’édito de Hédi Mechri – Relever le défi de l’indépendance face aux crises mondiales

31. März 2026 um 05:15

L’agression américano-israélienne contre l’Iran n’a pas fait que des victimes humaines, détruit et endommagé des infrastructures, des bases militaires et des installations industrielles. Elle a, comme on pouvait le craindre, fait exploser le cours du pétrole. Une catastrophe, une hécatombe mondiale. Le Moyen-Orient est une véritable poudrière de par sa nature, ses richesses pétrolières, les tensions qui le fracturent et les conflits qui le déchirent. Les Israéliens et leur supplétif américain ont de nouveau mis le feu aux poudres. Et embrasé toute la région.

De toute évidence, les pétromonarchies du Golfe, les plus grands producteurs de pétrole et de gaz dans le monde, devenus les proxys des Américains, sinon des Israéliens, n’y ont pas échappé.

L’Iran, pris dans une guerre asymétrique, se devait de se défendre comme il pouvait en ripostant par une sorte de guérilla globale à travers « le blocus » du détroit d’Ormuz et de missiles balistiques d’une efficacité redoutable et d’une précision chirurgicale qui ne finissent pas d’infliger d’immenses dégâts aux pays qui hébergent les bases militaires américaines, comme chez les instigateurs de cette guerre en violation du droit international.

 

La chance de survie de l’Iran face à la supériorité militaire et technologique et au déluge de feu américano-israélien réside dans sa capacité d’internationaliser le conflit, provoquant ainsi une grave crise économique mondiale. L’explosion du prix du baril et la désorganisation du commerce mondial lui servent d’armes de dissuasion massive.

 

La chance de survie de l’Iran face à la supériorité militaire et technologique et au déluge de feu américano-israélien réside dans sa capacité d’internationaliser le conflit, provoquant ainsi une grave crise économique mondiale. L’explosion du prix du baril et la désorganisation du commerce mondial lui servent d’armes de dissuasion massive.

Dans ce registre guerrier, l’Iran a de solides attributs, de par son passé plusieurs fois millénaire, sa résilience et sa capacité de se défendre. Le président Trump projetait une guerre-éclair, abusé qu’il est par la propagande des faucons qui l’entourent.

Objectif: décapiter le régime, fermer une fois pour toutes la parenthèse islamiste et régner en maître sur le pays. Erreur fa tale : la guerre s’enlise, le cours du baril s’envole à plus de 100 dollars, les signes de récession, voire de l’une des plus grandes dépressions économiques mondiales déjà visibles, provoquent partout inquiétude et incertitude. A moins d’un arrêt des hostilités dans l’immédiat qui paraît peu probable, la peur de l’inconnu s’installe dans tous les esprits. La destruction jusqu’à l’effondrement de l’Iran n’est pas exclue, mais sa capitulation l’est beaucoup moins.

Quelle que soit l’issue de cette guerre au relent colonial, elle fera rebattre les cartes. Peut-être même, contre toute attente, sonnera le glas de la présence des forces militaires américaines dans la région. La volonté de domination et le rêve du Grand Israël – qui ne semblent pas altérer la conscience des puissances occidentales – ne sortiraient pas indemnes de cette nouvelle conflagration.

 

En attaquant l’Iran au mépris du droit international, sous des prétextes fallacieux, les Amé ricains et les Israéliens «jouent à qui gagne perd». L’Iran est loin d’être le Venezuela, l’Irak, l’Afghanistan, la Syrie, la Libye, et encore moins Gaza. Son unité et sa capacité de résister sont sans commune mesure. L’onde de choc sera autrement plus dévastatrice dans la région et dans le monde.

 

En attaquant l’Iran au mépris du droit international, sous des prétextes fallacieux, les Amé ricains et les Israéliens «jouent à qui gagne perd». L’Iran est loin d’être le Venezuela, l’Irak, l’Afghanistan, la Syrie, la Libye et moins encore Gaza. Son unité et sa capacité de résister sont sans commune mesure. L’onde de choc sera autrement plus dévastatrice dans la région et dans le monde.

L’inflation reprend déjà de plus belle, le commerce mondial est largement impacté, les marchés financiers s’affolent, la croissance est en sursis. Et pour couronner le tout, l’économie mondiale affiche des signes de détresse. L’économie nationale n’échappera pas à ce désastre annoncé. Elle est même parmi les plus exposées au choc pétrolier, au regard de sa dépendance énergétique.

Dans l’immédiat, nous allons souffrir et nous soumettre à un régime spartiate. L’explosion de la facture pétrolière nous obligera à faire des choix douloureux, cornéliens, à sabrer dans l’importation de produits de première nécessité pour l’industrie comme pour la consommation des ménages. Avec pour effet une contraction de l’activité, déjà réduite à sa plus simple ex pression depuis plus d’une décennie.

Difficile de faire plus et mieux quand l’UE, notre principal partenaire économique et financier, se prépare à une lente agonie en raison de la facture pétrolière, de la montée du protectionnisme et de la perte de ses lucratifs marchés moyen-orientaux. Les autorités publiques seraient bien inspirées de répercuter la hausse des prix du carburant à la pompe. A croire que le poids exorbitant des dépenses de subventions qui plombent le budget de l’Etat n’y suffisait pas. Le réajustement des prix – ailleurs quasi mécanique – pour ne pas aggraver le déséquilibre des finances publiques est économiquement nécessaire et moralement justifiable. Ce n’est pas user de moyens détournés que de profiter de cette fenêtre de tir pour mettre un peu plus de rationalité dans la consommation d’énergie. Les gens comprendront, moyennant le déploiement d’une pédagogie de crise et d’enjeu au ton juste et sincère.

L’année du 70ème anniversaire de la proclamation de l’In dépendance nous mettra à rude épreuve. Il nous faut impérativement reprendre le combat qui nous a permis de nous libérer de la tutelle coloniale, nous armer de rigueur, de discipline, de convictions solides, de vision lointaine et de justice, et pas que sociale. Nous devons oser le futur sans hésitation, sans crainte, avec détermination et une capacité d’anticipation en cohérence avec notre intelligence collective. La préservation de notre cohésion et de notre souveraineté nationales est à ce prix. Ce coût serait-il des plus élevés qu’il est largement à notre portée, si tant est qu’on le désire. En 70 ans, le pays n’a pas réussi partout où il le pouvait.

 

Le réajustement des prix… est économiquement nécessaire et moralement justifiable. Ce n’est pas user de moyens détournés que de profiter de cette fenêtre de tir pour mettre un peu plus de rationalité dans la consommation d’énergie. Les gens comprendront, moyennant le déploiement d’une pédagogie de crise et d’enjeu au ton juste et sincère. 

 

Les 20 dernières années furent des plus difficiles et des plus douloureuses. Nos concurrents d’hier nous ont surclassés sans qu’ils soient mieux pourvus en moyens hu mains, physiques et financiers. Sans doute pour avoir choisi un mode de gouvernance, un modèle et une trajectoire de développement meilleurs et plus efficaces que ce ne fut le cas chez nous. Inutile d’invoquer les vicissitudes du temps, les rendez-vous manqués et l’exacerbation de la concurrence mondiale. Osons regarder droit devant nous.

Le fait est qu’aujourd’hui, le pays est mieux pourvu, mieux armé en capital humain et physique qu’il ne l’a jamais été. Il a à son actif une riche expérience industrielle et nous pouvons beaucoup apprendre de nos fautes et de certaines de nos dérives. Notre potentiel de développement n’a jamais été aussi grand. Que faire ? Transformer l’essai. On ne devrait même pas se poser la question tellement elle paraît inéluctable. A condition de renouer avec les fondamentaux qui ont consacré dans les faits notre indépendance nationale. Il faut retrouver l’élan des pionniers de la première heure, le courage, l’audace, la volonté de transformation politique, économique, sociale et sociétale qui furent les leurs.

La première décennie postindépendance a, à tous égards, changé la physionomie du pays, consacré la rup ture avec le passé. Et élevé la modernité au rang d’ultime emblème. Par moments, le taux d’investissement s’élevait à près de 40% du PIB. On ne saurait mieux exprimer, au lendemain de l’Indépendance, notre préférence du futur, au détriment du présent fait de sacrifice et d’abstinence.

Qu’est-ce à dire, sinon que pour sortir de la crise qui frappe à nos portes, il nous faut retrouver l’esprit du 20 mars 1956, sans perdre de vue les causes qui ont fait le lit de la domination coloniale. Le combat est le même, quoiqu’avec des armes rénovées, dans un contexte mondial à la fois plus difficile, plus complexe, mais qui n’offre pas moins de véritables issues salutaires. La croisade menée par le couple belliqueux Israël-USA contre l’Iran est dans le droit-fil du passé des empires coloniaux de l’Occident collectif. Si elle échoue, ce serait la dernière tentative et l’annonce de la fin de la domination du Nord collectif, et peut-être l’amorce de la montée du Sud global. Mais, quoi qu’il arrive, cette croisade au relent religieux, raciste et colonial, va modifier l’architecture du Moyen-Orient. Les pays du Golfe, aujourd’hui sous les bombes, auront beaucoup plus de mal à l’avenir pour faire de la sécurité et de la stabilité à long terme leur principal argument d’attractivité. Les commodités offertes, les complaisances financières, la sophistication de la logistique n’y suffiront pas.

 

La croisade menée par le couple belliqueux Israël-USA contre l’Iran est dans le droit-fil du passé des empires coloniaux de l’Occident collectif. Si elle échoue, ce serait la dernière tentative et l’annonce de la fin de la domination du Nord collectif, et peut-être l’amorce de la montée du Sud global.

 

Ils payent déjà le prix de leurs liaisons dangereuses en termes d’exode de sociétés étrangères, d’expatriés, de touristes et de compétences en tout genre au profit d’autres destinations prometteuses, plus sûres et tout aussi attractives. On aurait aimé que cette guerre ignoble n’ait pas eu lieu, qu’un éventuel redéploiement des chaines d’approvisionnement et de valeur ne soit pas évoqué, fût-ce par décence. Mais on ne change pas le cours des choses.

Nous ne serons pas les seuls à vouloir profiter de ce nouvel effet d’aubaine. Et il serait inadmissible de ne pas se positionner sur la ligne de départ parmi l’ensemble des prétendants. C’est moins une option qu’une nécessité pour ne pas subir les affres de la crise économique, sans réels moyens de défense. Nous allons payer un lourd tribut à cause de cette guerre. Nous risquons un arrêt de la croissance pour ne pas avoir cherché à nous positionner dans la nouvelle architecture en devenir des chaînes de valeur mondiales. Et à faire valoir les arguments qui nous ont valu par le passé les faveurs des investisseurs étrangers. Il est de bonne stratégie de mettre en avant notre proximité de l’Europe, tout en étant le point focal de l’Eurafrique. A quoi s’ajoutent la sécurité, la stabilité, un savoir-faire et une élite managériale ouverte sur les langues, sur le monde et sur les technologies émergentes. Qu’est-ce qui peut expliquer les hésitations, le peu d’empressement et d’engouement des investisseurs étrangers? Comment se fait-il qu’avec autant d’atouts le pays subisse une sorte de déclassement mondial ?

L’Administration tunisienne doit se poser ce genre de questions et entre prendre au plus vite une véritable révolution culturelle. Sa frilosité, son aversion pour le risque freinent, quand elles ne limitent pas, les transformations économiques, sociales et financières. Elle donne à penser qu’elle a pour principale vocation de contrôler, superviser, régenter et sanctionner, alors qu’on attend d’elle qu’elle stimule, incite, encourage les acteurs économiques et leur vienne en appui, tout en se projetant dans le monde qui arrive. Nous avons manqué d’audace et d’imagination quand il fallait agir au plus vite, voir grand et frapper fort. Les défaillances de notre infrastructure, l’absence de logistique digne des économies en émergence rapide, les balbutiements et l’ambiguïté d’un code de change que plus rien ne justifie, si ce n’est la persistance de tout un faisceau de malentendus.

 

La Tunisie 2026 est, d’une certaine manière, malade de sa bureaucratie administrative, de ses lois et législations qui inhibent toute velléité d’innovation et d’entrepreneuriat. Le sempiternel sentiment de méfiance à l’égard de l’appareil administratif ne l’incite pas à restaurer et à construire la confiance, principal carburant de la croissance. Sortir d’une crise globale n’a rien d’une sinécure. Mais l’espoir est permis si l’on prend pleinement conscience que chaque crise est porteuse de nouvelles opportunités.

 

La Tunisie 2026 est, d’une certaine manière, malade de sa bureaucratie administrative, de ses lois et législations qui inhibent toute velléité d’innovation et d’entrepreneuriat. Le sempiternel sentiment de méfiance à l’égard de l’appareil administratif ne l’incite pas à restaurer et à construire la confiance, principal carburant de la croissance. Sortir d’une crise globale n’a rien d’une sinécure. Mais l’espoir est permis si l’on prend pleinement conscience que chaque crise est porteuse de nouvelles opportunités. Nous avons raté par le passé plusieurs rendez-vous qui auraient pu accélérer notre émergence.

Nous avons perdu plus d’une fois nos illusions de faire de la Tunisie une place financière et un hub technologique dans le bassin méditerranéen, chaque fois que s’ouvrait pour nous une fenêtre d’opportunité. Nous n’avons plus le droit – ne serait-ce que par fidélité à nos martyrs et aux pionniers de l’Indépendance – de laisser passer sans doute l’ultime chance de rattraper le temps et le terrain perdus. Nous n’avons pas d’autre choix que de défier la cohorte des dragons qui lorgnent du côté du Moyen-Orient. S’il y a une place à prendre, il n’y a aucune raison qu’on en soit exclu. On ne s’en sortira pas autrement. Cela est aujourd’hui possible, quelle que soit la puissance du choc externe. La balle est dans le camp de l’Etat.

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