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Le capital humain, talon d’Achille des banques publiques en Tunisie

25. März 2026 um 07:30

Le Plan 2026-2030, finalisé et prochainement soumis au Parlement, place les banques publiques au cœur du financement de ses ambitions. Transition énergétique, soutien aux PME, investissement productif : des objectifs légitimes. Mais une question dérangeante reste sans réponse : ces institutions ont-elles le capital humain nécessaire pour les exécuter ? Les chiffres disponibles invitent au doute.

Abdelwaheb Ben Moussa *

Dans une tribune publiée sur Kapitalis, j’alertais sur le verrou bureaucratique qui étouffe l’investissement en Tunisie. La réforme de l’administration est une condition nécessaire. Elle n’est pas suffisante.

Il existe un second verrou, moins visible, tout aussi paralysant : la gouvernance du capital humain dans les banques publiques chargées de financer l’économie.

Ce n’est pas une question secondaire. Ce sont ces institutions qui orientent le crédit, stabilisent le système financier et fluidifient l’investissement productif. Quand elles dysfonctionnent, c’est l’ensemble de la chaîne de transmission des politiques économiques qui se grippe. Et les signaux de dysfonctionnement s’accumulent.

Un brain drain silencieux qui saigne le secteur

Le premier chiffre à retenir : selon un rapport de l’Institut tunisien des études stratégiques (Ites), près de 95 000 Tunisiens hautement qualifiés ont quitté le pays entre 2011 et 2021. Le gouverneur de la Banque Centrale estimait en avril 2024 que ce phénomène coûte 200 millions de dollars par an à l’économie nationale.

Dans le secteur bancaire, ce phénomène est aggravé par trois facteurs combinés : l’érosion des salaires réels par l’inflation, la dépréciation du dinar et des perspectives de carrière bridées par des structures peu méritocratiques.

Les banques publiques, contraintes dans leur politique salariale par leurs tutelles, sont les plus exposées. Les meilleurs profils partent. Et leur remplacement coûte entre une et deux fois leur salaire annuel — une perte invisible dans les bilans, bien réelle dans les capacités opérationnelles.

Quatre risques RH qui convergent

La fragilité du capital humain dans les banques publiques s’organise autour de quatre dimensions. Organisationnelle d’abord : turnover des talents, absence de plans de succession pour les postes critiques, écart générationnel croissant entre des effectifs seniors formés à la banque de guichet et des exigences actuelles en data, en cybersécurité et en finance structurée.

Financière ensuite : dans certaines entités, la masse salariale dépasse 55 % des charges d’exploitation, soit bien au-delà de la norme sectorielle internationale de 40 à 45 %. Un ratio qui grève la compétitivité sans pour autant se traduire par une meilleure performance.

Technologique également : des systèmes d’information fragmentés, une résistance culturelle à l’intelligence artificielle, des accès mal gérés qui exposent les institutions aux cyberattaques. Installer un système performant dans une organisation dont les circuits décisionnels sont fragmentés ne règle rien — cela ne fait que numériser le dysfonctionnement.

Enfin, et c’est la plus structurelle des fragilités : l’ingérence dans les nominations. Elle crée des asymétries de compétences au sommet, démotive les cadres méritocratiques et installe une culture où la prudence excessive devient la norme de comportement — un poison lent pour toute institution chargée de prendre des décisions économiques rapides et fondées.

Une réforme conditionne toutes les autres

Ces quatre dimensions partagent une racine commune : une gouvernance du capital humain insuffisamment structurée.

Dans toute institution financière, la performance résulte d’une chaîne claire : identifier le risque, l’évaluer, l’arbitrer, en assumer la responsabilité. Quand cette chaîne est fragmentée, chaque maillon en pâtit.

Réformer ne signifie pas tout centraliser. Cela signifie clarifier trois choses : qui décide quoi, selon quels critères documentés, et avec quelle responsabilité réelle.

Une décision de recrutement qui nécessite six niveaux de validation, une promotion fondée sur l’équilibre informel des influences plutôt que sur la performance, une procédure interne qui ne s’applique pas uniformément — ce sont autant de signaux d’une gouvernance qui étouffe l’initiative et décourage les talents.

Deux scénarios et une seule sortie

Sans réforme de la gouvernance du capital humain, le Plan 2026-2030 affronte deux risques symétriques. Soit la prudence excessive s’installe : le crédit circule au ralenti, les dossiers s’accumulent, les projets se financent ailleurs ou ne se financent pas. Soit, sous pression politique, une prise de risque mal structurée compense l’immobilisme précédent — au prix d’équilibres financiers déjà fragiles.

La sortie par le haut est connue : une gouvernance clarifiée génère de la prévisibilité, la prévisibilité génère la confiance, la confiance génère l’investissement. Ce cercle vertueux n’est pas une formule abstraite — c’est la condition concrète pour que les ambitions du Plan trouvent un bras armé à la hauteur.

La Tunisie ne manque pas de plans. Elle manque d’institutions capables de les exécuter. Et cette capacité se construit — ou se détruit — dans les banques publiques, chaque jour, par des décisions de recrutement, de nomination et d’arbitrage qui ne font jamais la une des journaux.**

* Ingénieur informatique et cadre bancaire.

** Cet article a été rédigé avec l’assistance d’un outil d’intelligence artificielle pour l’affinement du style, la structuration du propos et la vérification des données.

L’article Le capital humain, talon d’Achille des banques publiques en Tunisie est apparu en premier sur Kapitalis.

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