Dans la nuit de samedi à dimanche, les forces de la Garde nationale et de la sécurité publique ont procédé à l’évacuation du plus grand camp de migrants irréguliers originaires d’Afrique subsaharienne, qui étaient installés dans des camps informels dans les délégations d’El Amra et de Jbeniana, dans le gouvernorat de Sfax.
L’opération, qui a démarré jeudi dernier, a impliqué la participation de divers groupes de sécurité, ainsi que de la protection civile et du Croissant-Rouge tunisien. Ces institutions ont collaboré pour mener à bien cette campagne de démantèlement des camps informels.
Des fermes d’oliviers dégradées et des terres agricoles perdues
Cette campagne, visant à détruire les camps installés dans des zones agricoles dans les délégations d’El Amra et de Jbeniana, a permis de libérer les terres agricoles des migrants irréguliers. Depuis plusieurs années, ces terres, autrefois utilisées pour l’agriculture, notamment la culture d’oliviers, ont été occupées par des milliers de migrants originaires d’Afrique subsaharienne. Ces zones étaient devenues, après la révolution de décembre 2010 / janvier 2011, les plus grands foyers de concentration pour les migrants dans la région.
Les fermes d’oliviers, qui étaient une source de subsistance pour les paysans locaux, ont été gravement dégradées. Au milieu des buissons des fermes, des déchets plastiques et des restes de détritus jonchent le sol, tandis que des fosses, témoignant de la dégradation de la structure du sol, sont visibles partout.
Ahmed Ben Hamadi, un fermier local, a exprimé son désarroi : “Ces oliviers étaient autrefois florissants et constituaient notre principale source de subsistance avant de devenir ce qu’ils sont aujourd’hui”, a-t-il affirmé, soulignant que l’évacuation des migrants de ses terres agricoles d’une superficie de 4 hectares lui redonnait espoir de restaurer la fertilité de ses terres.
Un problème sanitaire préoccupant
Dans une déclaration à l’agence Tap, Aymen Maaoui, président du conseil municipal d’El Amra, a exprimé ses préoccupations concernant les risques sanitaires associés à cette occupation massive des terres agricoles. “La situation des migrants irréguliers suscite des craintes quant à la propagation de maladies, en raison de l’absence de mesures de sécurité et de santé. En outre, de nombreux migrants n’ont pas été vaccinés contre plusieurs maladies”, a-t-il déclaré. Il a aussi souligné que cette situation risquait d’entraîner une transmission d’épidémies dans la région.
Maaoui a salué l’efficacité de l’intervention sécuritaire, affirmant que le démantèlement des camps informels représentait un grand pas vers la réduction des tensions dans la région. Il a ajouté que l’évacuation des camps constituait une avancée importante dans la résolution de la crise des migrants irréguliers à Sfax, tout en rassurant les habitants sur la protection de leurs biens et terres.
Une nouvelle vie pour les terres agricoles
Le fermier Ahmed Ben Hamadi a révélé les conséquences dramatiques de l’occupation des terres par les migrants : “Les terres étaient cultivées chaque année avec des légumes et des fruits, à l’ombre des oliviers, mais en quelques années, elles sont devenues des terrains stériles à cause de l’occupation intensive par des milliers de migrants”. Certains migrants ont même eu l’habitude de piller les canaux d’irrigation pour en faire des supports pour leurs tentes, ce qui a aggravé la situation.
“Certains oliviers ont vu leurs branches coupées, car les migrants les utilisaient pour se chauffer ou pour cuisiner sur un feu de bois”, a-t-il ajouté, précisant que l’évacuation des camps informels apportait un espoir de redonner vie aux terres agricoles.
Il est à rappeler que l’évacuation des camps informels dans les délégations d’El Amra et de Jbeniana marque une étape préliminaire dans un processus plus large visant à organiser le retour volontaire des migrants dans leurs pays d’origine. Ce programme, qui sera mis en œuvre en coordination avec l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), s’inscrit dans une démarche humanitaire visant à offrir aux migrants une solution dignes pour leur réinsertion.
Les autorités tunisiennes ont souligné l’importance de cette initiative et de la coopération entre les autorités locales, les habitants et les organisations internationales afin de résoudre la question de l’immigration irrégulière dans le pays.
Par ailleurs, les autorités locales et les habitants d’El Amra et de Jbeniana ont exprimé la nécessité de maintenir une vigilance constante pour empêcher la réinstallation de migrants irréguliers dans la région. “Nous remercions les forces de sécurité et la Garde nationale pour l’opération d’évacuation de nos terres agricoles, et nous espérons que les services municipaux nous aideront à éliminer les déchets restants afin de pouvoir réhabiliter nos terres récupérées”, a déclaré Ahmed Ben Hamadi.
Rappelons aussi que la campagne d’évacuation des camps informels a vu la participation des forces de sécurité, de la protection civile, du Croissant-Rouge tunisien, ainsi que des autorités régionales et locales. Les ministères de la Santé, des Affaires sociales et de l’Agriculture ont également apporté leur soutien à l’opération, dans le cadre d’une approche coordonnée visant à résoudre la crise migratoire et à protéger les terres agricoles du pays.
Cette opération fait partie d’un programme plus large préparant le terrain pour un retour volontaire des migrants d’Afrique subsaharienne, en collaboration avec l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).