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Crise politique en Turquie : quand la rue se dresse contre Erdogan

29. März 2025 um 10:22

Une semaine après l’arrestation du maire d’Istanbul, les mouvements de contestation continuent en Turquie. Il s’agit d’une crise politique inédite qui menace directement le pouvoir vieillissant du président Recep Tayyip Erdoğan.

 

Qui a dit que la flamme sacrée de la liberté finit toujours par renaître de ses cendres ? Souvenez-vous qu’il y a plus d’une décennie, le mouvement Gezi en Turquie débute le 28 mai 2013 par un simple sit-in d’une cinquantaine d’écologistes et de riverains du parc Taksim Gezi à Istanbul ; lesquels s’opposent à la destruction de ce parc qui est l’un des rares espaces verts du centre de la capitale économique turque. Et ce, pour reconstruire la caserne Taksim et y installer un centre commercial.

Printemps turc ​

Sauf que la violente éviction des manifestants par la police provoqua  une vague de manifestations à travers le pays, exprimant un mécontentement plus large envers le gouvernement du Premier ministre de l’époque Recep Tayyip Erdoğan. Les protestataires dénonçaient notamment des atteintes à la liberté de la presse, d’expression et de réunion, ainsi qu’une érosion de la laïcité en Turquie. S’en est suivie ​une sévère répression des manifestations avec un usage excessif de la force par la police, entraînant des milliers de blessés et plusieurs décès.

Ces événements, que certains ont comparés au Printemps arabe, auront laissé derrière eux une cicatrice indélébile dans l’histoire turque.

Bras de fer

Qui a dit que les mêmes causes produisent les mêmes effets ?

12 ans plus tard, c’est l’arrestation d’Ekrem Imamoglu – maire d’Istanbul, figure clé de l’opposition et surtout potentiel rival du président Recep Tayyip Erdogan lors de la prochaine élection présidentielle de 2028 – qui ralluma la mèche d’un mécontentement populaire qui couve dans le pays depuis l’arrivée des islamistes au pouvoir et déclencha des manifestations massives à travers toute la Turquie et galvanisa la foule dans au moins 55 des 81 provinces du pays. Les manifestations ont été interdites dans les trois plus grandes villes du pays, en l’occurrence Istanbul, Ankara et Izmir, et plus de 1 130 personnes ont été interpellées en six jours, tandis que 43 ont été arrêtées le soir du lundi 24 mars, selon le ministre de l’Intérieur.

Pourtant, à l’appel de l’opposition et bravant les interdictions de rassemblement, des dizaines de milliers de manifestants, souvent des jeunes étudiants, se retrouvent chaque soir à l’emblématique place Taksim, au cœur d’Istanbul, pour défier cette décision et crier leur colère contre le régime d’Ankara.

Or, au lieu de calmer les esprits, le pouvoir boucle la place Taksim par un impressionnant dispositif policier avec à l’appui gaz lacrymogènes, barrages et interpellations massives. Pourtant, chaque soir, les rues d’Istanbul deviennent le théâtre d’un bras de fer entre le pouvoir et une population qui refuse de plier. Pis, la foule revient, plus nombreuse, plus déterminée, défiant un pouvoir vacillant qui mise sur la violence débridée pour se maintenir le plus longtemps possible au pouvoir.

Rappelons à cet égard que le 23 mars 2025, un tribunal turc a ordonné l’incarcération de cette figure politique turque de premier plan et membre du Parti républicain du peuple (CHP), principal parti d’opposition en Turquie. Et ce, en attendant son procès pour des accusations de corruption, de soutien présumé à une organisation terroriste armée en raison de sa coopération avec une coalition politique de gauche lors des élections locales de l’année 2024. Cependant, le tribunal a décidé que sa détention pour les accusations financières était suffisante à ce stade, sans inclure les charges liées au terrorisme.

Ainsi, dans le contexte d’une profonde inquiétude concernant la démocratie, l’État de droit, ainsi que l’indépendance du système judiciaire en Turquie, l’opposition perçoit l’arrestation du populaire maire d’Istanbul comme une tentative judiciaire destinée à entraver les ambitions politiques de l’homme qui était pressenti pour être le candidat de son parti aux élections de 2028. ​

D’ailleurs, Amnesty International a appelé les autorités turques « à mettre fin à l’usage inutile et aveugle de la force par les forces de sécurité contre des manifestants pacifiques et enquêter sur les actes de violence illégaux commis par la police ».

Pour sa part, l’ONU a exprimé mardi son inquiétude sur des arrestations massives en Turquie : « Nous sommes très préoccupés par l’arrestation d’au moins 92 personnes par les autorités turques au cours de la semaine écoulée, dont Ekrem Imamoglu, le maire d’Istanbul, démocratiquement élu », lit-on dans un communiqué publié mardi 25 mars.

Turbulences

Rappelons enfin que déjà aux prises avec une grave crise inflationniste, l’économie turque est mise sous pression par les récents événements, entraînant une chute de la livre turque, tombée à son plus bas historique face au dollar et obligeant la Banque centrale à intervenir en puisant dans ses réserves à hauteur de 27 milliards de dollars pour stabiliser la monnaie. Et ce n’est qu’un début.

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Olfa Hamdi ou l’art de savoir « vendre » son image

27. März 2025 um 12:05

Comment se positionner sur l’échiquier politique en vue d’un éventuel portefeuille au gouvernement de Sarra Zaafrani Zenzri? Olfa Hamdi, la présidente du parti « La Troisième République » nous livre des éléments de réponse.

Encore une annonce éphémère qui ne fera pas date? Souvenez-vous que Olfa Hamdi – qui  n’avait pas à l’époque l’âge légal pour participer à la course à Carthage, étant née en 1988, aura bravé la Constitution de 2022 qui dispose dans son article 89 que « le candidat ou la candidate doit être, au jour du dépôt de sa candidature, âgé(e) de quarante ans au moins et jouir de ses droits civils et politiques » – s’est présentée contre vent et marée en novembre 2023 comme étant « une alternative face aux échecs essuyés par la politique du président actuel, Kaïs Saïed ». Tout en « assurant qu’elle était capable de répondre aux attentes des Tunisiens et de leur offrir un avenir meilleur », pour annoncer sa candidature à la prochaine présidentielle de 2024.

Revirement

Retournement spectaculaire de veste. Dans une lettre ouverte publiquement diffusée sur Facebook le 25 mars 2025, la présidente du parti « La Troisième République » interpelle le président Kaïs Saïed contre lequel elle avait l’intention de se présenter en novembre dernier. Et ce, en indiquant sans détours que son parti « ne se considère pas comme un opposant politique au président de la République, mais aspire à travailler avec lui en tant que garant des institutions de l’État pour sauver le pays ».

Ainsi, pour faire face à la crise économique, Olfa Hamdi appelle à la formation d’un gouvernement de sauvetage au sein duquel son parti « jouera un rôle actif ». Et ce, sur la base de trois priorités stratégiques : la mise en place immédiate de la Cour constitutionnelle; l’élaboration d’un plan d’urgence économique; et l’activation du dialogue social.

« Face aux défis économiques sans précédent traversés par la Tunisie, notamment la baisse des réserves souveraines et l’aggravation de la dette, une coopération nationale permettrait d’éviter une crise majeure », a-t-elle écrit.

Le dialogue « une obligation légale »

Et de poursuivre : « La période exceptionnelle justifiant la reconstruction institutionnelle est désormais révolue, avec l’achèvement du projet constitutionnel et l’élection du président du Conseil des régions et des districts. Dès lors, le rôle du président de la République devait être celui d’un garant des institutions et non d’un acteur isolé dans la prise de décisions stratégiques. »

D’où la nécessité, estime-t-elle « d’une lecture constitutionnelle qui exige, en période de crise, une coopération entre les différentes forces nationales pour assurer la continuité et la stabilité de la République ». Par quel biais? En activant le Conseil national du dialogue social, prévu par la loi n° 2017-54, à ses yeux « une obligation légale et non un simple choix politique », a-t-elle encore argué.

Une manière de mettre le chef de l’Etat au pied du mur : choisir la voie du dialogue avec les partis d’opposition, les organisations nationales et les composantes de la société civiles; ou opter pour les décisions unilatérales, quitte à tomber dans un isolement stérile.

Expertise douteuse

Enfin, le parti La Troisième République s’est déclaré prêt à contribuer activement à sauver la Tunisie. Et ce, en apportant des solutions techniques aux défis économiques et financiers. De quelle manière? C’est là que le bât blesse.

C’est que cette jeune femme dont la modestie est loin d’être une vertu cardinale – ne s’est-elle pas comparée dans une publication FB du 15 mars 2024, au légendaire général carthaginois, Hannibal Barca? Tout en écrivant sans rire : « J’ai sûrement les mêmes gènes que Hannibal […] Nous nous frayons un chemin lorsqu’on nous bloque la route […] Nous sommes attachés à la réussite de la Tunisie-Carthage […] Nous sommes aussi patients qu’un éléphant […] Le travail continue quel que soit le climat politique. »

Or, nous savons tous que Mme Hamdi, la présidente d’un parti unipersonnel, avec des adhérents qui ne rempliraient pas un bus, sans implantation nationale, a décroché en 2007 son bac avec une moyenne exceptionnelle de 19 sur 20. Elle est titulaire en 2012 d’un master en sciences mécaniques et ingénierie de l’Ecole centrale de Lille, d’un master de management de grands projets industriels de l’université du Texas à Austin en 2014, ainsi que d’un diplôme supérieur en règlement extrajudiciaire des différends, obtenu entre le secteur privé et public à la Texas School of Law. Un cursus universitaire certes impressionnant, mais pas plus.

Alors, quand la trentenaire qui présida, par accident, aux destinées de Tunisair en janvier 2021 avant d’être  limogée sept semaines plus tard par sa hiérarchie pour avoir « commis beaucoup d’erreurs », avance sans preuve avoir à cet âge précoce géré aux Etats-Unis de grandes entreprises et travaillé pour de mégas projets, on veut bien la croire. Par courtoisie.

De là à proposer son expertise pour apporter des solutions techniques aux défis économiques et financiers auxquels notre pays est confronté, c’est une autre paire de manche.

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