Vingt jours se sont écoulés depuis le démarrage des soldes d’été 2025 et voilà que la plupart des commerçants du prêt-à-porter et du cuir et chaussure rechignent déjà ! Les vitrines continuent d’afficher des remises allant jusqu’à 50% et même plus, sans pour autant opérer l’impact incitateur requis. Lancés le 7 août et se poursuivant jusqu’au 17 septembre, les soldes d’été semblent être relégués au dernier plan ; d’autres priorités obligent !
La Presse — Il est 10h30 en ce mercredi 27 août 2025. Dans les zones du Bardo et d’El Manar, tout dénote une journée comme les autres, à l’exception d’un soleil de plomb. Les boutiques de prêt-à-porter et du cuir et chaussure prennent les couleurs des autocollants indiquant leur participation aux soldes d’été.
Des remises allant de 20% à 70% sont mentionnées en gras et en grand, dans l’espoir attirer les clients. Sauf que ces derniers se font rares. «L’activité commerciale durant l’été a été bien en deçà des objectifs escomptés. La qualité, le choix et les prix raisonnables ont été, pourtant, au rendez-vous.
Cependant, la demande s’était limitée à quelques clients par jour», indique Mohamed, vendeur dans une boutique de vêtements pour hommes. Croyant pouvoir recevoir plus de clients qu’en temps normal, ce vendeur s’était étonné de la stagnation commerciale durant les soldes. «Je sais pertinemment, poursuit-il, que le pouvoir d’achat ne permet plus des shoppings irréfléchis. Néanmoins, je m’attendais à ce que les férus de mode puissent trouver dans les remises une occasion pour renouveler leur garde-robe, ce qui n’est pas le cas».
L’interdiction des chèques anté-datés : un sérieux obstacle
A l’étonnement de Mohamed correspond la déception, voire le désespoir, d’une gérante dans une boutique de prêt-à-porter importé pour femmes. Asma Djobbi affirme même que les présents soldes sont les pires de tous ! «Depuis l’interdiction des chèques non versables et du paiement par facilité, les clientes se font rares.
C’est que la majorité des Tunisiens usaient de cette pratique afin de pouvoir acheter des vêtements neufs. D’ailleurs, en cette période de l’année, des enseignantes venaient souvent dénicher des articles qu’elles porteraient pour la rentrée scolaire. Or, à défaut de chèques anté-datés, elles ont renoncé à cette habitude», nous confie-t-elle.
La boutique que gère Asma regorge pourtant de vêtements distingués, de bonne qualité. «Nous appliquons, désormais, des réductions de 50%, en vain. Manifestement, les préparatifs de la rentrée scolaire et celles du Mouled ont eu droit des budgets des ménages», fait-elle remarquer. Cela dit, pour cette gérante, le problème de paiement par facilités constitue le principal obstacle qui entrave son activité.
«Certes, les billets à ordre sont opérationnels. Toutefois, ils sont généralement utilisés dans d’autres commerces, notamment celui de l’électroménagers, des meubles, mais pas celui des vêtements. Du coup, recommande-t-elle, il convient de trouver un autre moyen de paiement par facilités et ce, pour le bien des commerçants et des consommateurs».
Les «hics» d’une offre insatisfaisante
Mais en examinant les avis des consommateurs, on découvre, outre ces arguments, d’autres motifs de réticence. Pour Mohamed Jabbari, commerçant et père de famille, les soldes nécessitent un budget qui fait défaut, suite aux dépenses réservées aux vacances. «J’ai l’habitude de profiter des soldes en misant sur la crédibilité de certaines boutiques.
Sauf que cette année, je me suis retrouvé à court d’argent. Pourtant, je suis un bon gestionnaire», avoue-t-il. Néanmoins, il ne semble point frustré ! Il juge, en effet, que les soldes ont perdu de leur charme et de leur crédibilité, surtout les deux dernières années. «Le choix n’est plus tentant. Les remises aussi.
Seules quelques boutiques continuent à garantir une offre respectable», renchérit-il. Tout comme Mohamed Jabbari, Mohamed Ali Touati, coiffeur, n’accorde plus d’intérêt aux soldes. Il trouve que ces promotions annuelles manquent d’avantages au profit des consommateurs.
«Franchement, je n’y trouve ni un grand choix, ni une bonne qualité. Même les prix ne diffèrent pas trop de ceux initiaux. D’ailleurs, j’ai jeté un coup d’œil sur certaines boutiques croyant pouvoir acheter des vêtements spécial rentrée scolaire pour mes enfants mais ma curiosité a été, sitôt, estompée par la déception», indique-t-il.
Il faut dire que le choix pose un problème pour les consommateurs durant les soldes. Pour Sonia Fathallah, employée de banque, les soldes ne figurent pas sur la liste de ses priorités. «C’est que je ne trouve presque jamais ce qui me convient.
Les grandes enseignes saisissent l’occasion des soldes pour remettre en vitrine des collections vieilles de plusieurs années, stockées dans les dépôts et dépassées de mode. Pis encore, nous nous trouvons obligés de payer cher des vêtements qui ne coûtent pas grand-chose en Europe.
Finalement, nous sommes payés au dinar et nous achetons en euro, ce qui est absurde», explique-t-elle. Néanmoins, elle se fie à certaines marques locales lesquelles, en dehors de la période des soldes, s’adonnent souvent à des promotions au grand bonheur des clients.
En définitive, les soldes se sont révélés être, pour certains commerçants et autres, clients, un rendez-vous manqué, suite à moult causes qui, d’une année à une autre, approfondissent le déphasage entre une offre rechignée et une demande mal cernée.