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La Tunisie aura-t-elle traversé l’une des saisons estivales les plus éprouvantes de son histoire ?

02. September 2026 um 07:49

Canicules à répétition, délestages électriques, coupures d’eau potable, pénurie d’eau en bouteille, tensions dans les commerces et accumulation des déchets sur le littoral : l’été 2026 aura concentré une succession de crises qui ont directement touché le quotidien des Tunisiens. Au-delà de leur caractère parfois conjoncturel, leur simultanéité pose une question plus profonde : la Tunisie est-elle en train d’entrer dans une période où les infrastructures et les services publics peinent à absorber les effets combinés du changement climatique, de la hausse de la demande et de leurs propres fragilités structurelles ?

Le thermomètre aura été le premier révélateur de cette vulnérabilité. En juillet, plusieurs régions tunisiennes ont enregistré des températures proches ou supérieures à 48 °C. À Kairouan, le mercure a atteint 49,7 °C, dépassant l’ancien record de 49,2 °C, tandis que Zaghouan a enregistré 48,6 °C.

Cette chaleur exceptionnelle n’a toutefois pas constitué une crise isolée. Elle a déclenché un effet domino sur plusieurs services essentiels.

Lorsque les températures ont grimpé, la consommation électrique a fortement augmenté, notamment avec le recours massif à la climatisation. Le réseau s’est retrouvé sous pression et la STEG a dû recourir à plusieurs reprises à des délestages tournants qui sont actuellement maintenus meme en septembre.

Le problème n’est donc plus celui d’une panne ponctuelle. La répétition des délestages pendant plusieurs semaines révèle la difficulté du système à absorber les pics de demande lors des épisodes de chaleur extrême. Et l’électricité ne constitue pas un service isolé.

Quand l’électricité manque, l’eau devient à son tour vulnérable

La crise électrique a eu un autre effet : elle a compliqué le fonctionnement de systèmes qui dépendent eux-mêmes de l’énergie, notamment le pompage et la distribution de l’eau potable.

À la fin du mois d’août, alors qu’une nouvelle vague de chaleur portait les températures à 48-49 °C dans certaines régions, plusieurs zones du pays ont été confrontées simultanément à des coupures d’électricité et à des interruptions de l’approvisionnement en eau.

Le phénomène est révélateur d’une interdépendance devenue critique : lorsque l’électricité est sous tension, l’alimentation en eau peut l’être également. Et lorsque les températures augmentent, la demande en eau et en électricité progresse en même temps.

La question de l’eau apparaît ainsi comme l’une des grandes crises structurelles de l’été 2026. Un expert en ressources hydriques cité par La Presse a qualifié la problématique de « crise structurelle », soulignant notamment le rôle des coupures électriques, des difficultés de pompage, de la hausse des températures et de l’augmentation de la demande.

Le paradoxe de l’été : chercher de l’eau… puis ne plus trouver de bouteilles

C’est probablement l’un des épisodes les plus symboliques de cet été.

Alors que l’accès à l’eau potable devenait plus difficile dans certaines régions, l’eau embouteillée, devenue un produit de consommation quasi indispensable pour une partie de la population, s’est elle aussi raréfiée.

Depuis juillet, les stocks ont progressivement diminué avant que la situation ne se transforme en véritable pénurie au mois d’août. À la fin du mois, les rayons de nombreux commerces et grandes surfaces étaient toujours vides.

Cette pénurie n’est pas imputable à une seule cause. Elle résulte de la combinaison d’une demande exceptionnellement forte, de perturbations de la production liées notamment aux coupures d’électricité et de difficultés dans les circuits de distribution.

La crise a rapidement dépassé le simple problème logistique. Files d’attente, tensions entre consommateurs et commerçants, accusations de stockage spéculatif et interventions des autorités ont fait de la bouteille d’eau un véritable marqueur de la crise estivale.

Le phénomène est d’autant plus préoccupant que la Tunisie est devenue fortement dépendante de l’eau embouteillée. Selon les données citées par Le Monde, la consommation annuelle moyenne serait passée de 87 litres par personne en 2010 à environ 225 litres en 2020, puis à quelque 241 litres en 2024.

Autrement dit, la pénurie de bouteilles n’a pas seulement révélé une difficulté industrielle ou commerciale. Elle a également mis en évidence une crise de confiance plus profonde autour de l’eau du robinet.

Une crise qui dépasse l’eau : la question de la propreté

À cette succession de difficultés s’est ajoutée une autre réalité estivale : l’état des espaces publics et du littoral. Le bilan à mi-parcours du programme national de nettoyage des plages est particulièrement révélateur. Près de 6 000 m³ de déchets avaient été collectés sur 152 plages tunisiennes au début du mois d’août.

Ce chiffre ne signifie évidemment pas que toutes les plages tunisiennes étaient sales ni qu’il existe une mesure unique permettant de comparer mécaniquement cet été aux précédents. Mais il donne une idée de l’ampleur de la pression exercée sur le littoral durant la haute saison.

La propreté devient ainsi une autre dimension de la même équation : concentration massive de population dans les zones touristiques, forte fréquentation des plages, consommation accrue de produits emballés et capacité limitée des systèmes de collecte et de traitement des déchets.

Le problème n’est d’ailleurs pas nouveau. Les autorités ont encore dû multiplier les campagnes de nettoyage et de sensibilisation durant l’été 2026, tandis que la question des dépôts sauvages et de la gestion des déchets reste régulièrement soulevée dans plusieurs villes.

Un été révélateur plutôt qu’un simple « été difficile »

Pris séparément, aucun de ces épisodes ne suffit à qualifier l’été 2026 de catastrophe nationale. Une canicule peut provoquer des pics de consommation. Une panne électrique peut perturber un réseau d’eau. Une hausse exceptionnelle de la demande peut provoquer une tension temporaire sur l’eau embouteillée. La fréquentation estivale peut mécaniquement augmenter la quantité de déchets.

Lire aussi : Tunisie : Août est fini, les délestages maintenus et le calvaire se prolonge après l’été

Mais c’est leur combinaison qui interpelle. La chaleur augmente la consommation d’électricité. La pression sur le réseau électrique perturbe certains services. Les difficultés énergétiques affectent à leur tour le pompage et la distribution de l’eau. Les coupures d’eau et la méfiance envers l’eau du robinet renforcent la demande d’eau embouteillée.

Cette demande exceptionnelle met sous tension la production et la distribution des bouteilles. Parallèlement, la fréquentation touristique et estivale accroît la pression sur les réseaux de collecte des déchets. L’été 2026 aura donc fonctionné comme un véritable test grandeur nature de la résilience des infrastructures tunisiennes.

Le vrai bilan : une succession de crises ou une seule crise systémique ?

C’est probablement la question la plus importante que laisse derrière elle cette saison. La Tunisie n’a pas découvert en 2026 ses problèmes d’eau, d’électricité ou de déchets. Ces difficultés existaient auparavant. Mais le changement climatique transforme leur fréquence, leur intensité et surtout leurs interactions.

Des températures proches de 50 °C ne constituent plus seulement un problème météorologique. Elles deviennent un problème énergétique, sanitaire, hydrique, économique et social.

La question n’est donc plus uniquement de savoir comment gérer une coupure lorsqu’elle survient ou comment distribuer des bouteilles lorsqu’elles manquent.

Il faut désormais penser les infrastructures comme un système interdépendant. Une politique de l’eau ne peut plus être pensée indépendamment de la politique énergétique. La planification électrique doit intégrer l’évolution des vagues de chaleur. La gestion des déchets doit anticiper la concentration estivale de la population. Et la sécurité hydrique ne peut pas reposer de manière croissante sur la consommation d’eau embouteillée.

L’été 2026 comme avertissement

La Tunisie sort de cet été avec une série de signaux d’alerte. Le premier est climatique : les épisodes de chaleur extrême mettent les infrastructures sous une pression croissante.

Le deuxième est énergétique : les délestages montrent que les pics de demande peuvent encore fragiliser le réseau. Le troisième est hydrique : l’accès régulier à l’eau reste vulnérable dans plusieurs régions.

Le quatrième est économique et social : lorsqu’un produit aussi basique que l’eau en bouteille devient difficile à trouver, la crise touche immédiatement les ménages.

Le cinquième est environnemental : les volumes de déchets collectés sur le littoral témoignent de la pression exercée sur les espaces naturels durant l’été.

La question n’est donc peut-être pas de savoir si l’été 2026 aura été « le pire été de l’histoire » de la Tunisie. Une telle affirmation nécessiterait des indicateurs historiques comparables sur plusieurs décennies.

Il est en revanche possible d’affirmer que l’été 2026 aura été l’un des plus révélateurs des fragilités cumulées du pays.

Et derrière la succession des bouteilles introuvables, des robinets à sec, des quartiers plongés dans le noir et des plages confrontées à des volumes importants de déchets, se dessine une même question : la Tunisie est-elle suffisamment préparée à des étés où les températures extrêmes deviendront plus fréquentes et où plusieurs infrastructures essentielles seront sollicitées simultanément ?

C’est probablement le véritable bilan de cet été : moins une succession de crises qu’un avertissement sur la capacité du pays à maintenir ses services essentiels face à des conditions climatiques et sociales de plus en plus difficiles.

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Empfangen — 31. August 2026 Actualités Tunisie webdo.tn

Carnet de voyage : Sur les traces de la nouvelle Pologne, un pays qui a changé

31. August 2026 um 19:26

Il y a quelques années encore, dans l’imaginaire de nombreux Tunisiens, la Pologne évoquait surtout une Europe de l’Est confrontée aux difficultés économiques, au passé communiste et à un niveau de vie longtemps éloigné de celui de l’Europe occidentale.

En quelques jours de voyage, cette image se fissure. Invité en Pologne, j’ai découvert un pays qui veut désormais raconter une tout autre histoire : celle d’une nation européenne moderne, ambitieuse et en pleine transformation.

Varsovie, le premier choc

La première impression vient de Varsovie. La capitale porte encore les traces d’une histoire particulièrement violente, mais elle affiche aussi une étonnante modernité. Les monuments historiques côtoient les gratte-ciel, les quartiers d’affaires et des infrastructures qui donnent à la ville l’allure d’une capitale européenne en pleine expansion.

Varsovie semble avoir fait de sa reconstruction une force. Derrière cette transformation urbaine se trouve aussi une transformation économique. La Pologne est aujourd’hui devenue une économie à hauts revenus selon la Banque mondiale, bien loin de l’image d’un pays pauvre qui subsiste encore dans certains imaginaires. Son économie a connu une croissance remarquable depuis la chute du communisme et son intégration à l’Union européenne.

Cracovie, entre histoire et modernité

À Cracovie, le décor change. L’ancienne capitale royale offre une autre image du pays : celle d’une Pologne attachée à son patrimoine, mais parfaitement intégrée à l’Europe contemporaine.

Les places historiques, les monuments, les restaurants et les rues animées par les touristes donnent à la ville une atmosphère particulière. Ici, l’histoire n’est pas seulement conservée : elle est devenue une partie de l’attractivité du pays.

La même impression se retrouve à Wieliczka. Descendre dans cette célèbre mine de sel, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, c’est découvrir plusieurs siècles d’histoire sous terre. Galeries, chapelles et sculptures témoignent d’un patrimoine devenu aujourd’hui une véritable destination touristique internationale.

Auschwitz, le silence au milieu du voyage

Puis vient Auschwitz. Après l’animation de Varsovie et de Cracovie, le voyage change brutalement de ton.

Auschwitz n’est pas une simple étape touristique. C’est un lieu de mémoire qui impose le silence et rappelle que la Pologne moderne s’est construite sur une histoire faite de guerres, d’occupations et de traumatismes.

La visite donne une autre profondeur au voyage : impossible de regarder la modernité polonaise sans regarder aussi ce qu’il y avait avant.

Une nouvelle image à construire

De Varsovie à Cracovie, de Wieliczka à Auschwitz, le voyage raconte finalement une même transformation. La Pologne ne veut plus être perçue uniquement à travers son passé ou les difficultés économiques de son ancienne image.

Elle veut désormais être reconnue pour son dynamisme économique, ses infrastructures, son patrimoine, ses universités, son industrie et son poids croissant en Europe.

Et cette nouvelle image concerne aussi la Tunisie. Varsovie cherche à renforcer ses relations avec les pays du Sud de la Méditerranée, notamment dans le tourisme, l’économie, l’enseignement et la coopération. En quittant la Pologne, une impression demeure : parfois, ce ne sont pas seulement les pays qui changent. C’est notre regard sur eux qui tarde à changer.

La Pologne que j’ai découverte n’est plus celle que j’avais en tête avant de partir. C’est une Pologne qui assume son histoire, revendique sa modernité et veut désormais être regardée comme ce qu’elle est devenue : un acteur majeur de la nouvelle Europe.

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Empfangen — 22. August 2026 Actualités Tunisie webdo.tn

Quand trouver devient plus important que choisir : La Tunisie bascule dans une économie de pénuries ?

22. August 2026 um 15:54

Eau, électricité, eau minérale, médicaments, produits alimentaires subventionnés… Après les files d’attente observées devant les stations-service ces derniers jours, une question s’impose dans le débat public : la Tunisie est-elle en train de basculer vers une économie où la rareté devient une donnée ordinaire du quotidien ? L’expression est forte. La réalité, elle, mérite d’être analysée avec davantage de précision.

Les longues files de voitures devant certaines stations-service du Grand Tunis ont ravivé une inquiétude désormais familière. Sur les réseaux sociaux, beaucoup ont immédiatement vu dans ces images l’annonce d’une nouvelle pénurie : après l’eau, l’électricité, l’eau minérale ou certains médicaments, le carburant allait-il rejoindre la liste des produits et services devenus difficiles à obtenir ?

Le diagnostic doit pourtant être nuancé. Dans le cas du carburant, il ne s’agissait pas, à ce stade, d’une pénurie nationale de produits pétroliers. La perturbation est née d’une grève surprise des chauffeurs de camions de transport de carburant dans la zone pétrolière de Radès, qui a momentanément bloqué la distribution vers les stations-service. La grève a ensuite été levée et l’approvisionnement a repris. Mais les files ont parfois persisté, notamment en raison du retard dans la normalisation de la distribution et de la ruée des automobilistes vers les pompes.

C’est précisément là que se trouve l’un des aspects les plus intéressants du phénomène actuel : une perturbation ponctuelle suffit désormais à déclencher une réaction collective de stockage, de précaution et parfois de panique.

Le problème n’est pas seulement la pénurie, mais l’anticipation de la pénurie

Les économistes distinguent généralement la pénurie physique — lorsque l’offre est réellement insuffisante — des difficultés de disponibilité provoquées par la distribution, la spéculation, le stockage, les défaillances logistiques ou les comportements d’achat exceptionnels.

Or, en Tunisie, ces différentes situations semblent aujourd’hui se superposer dans l’imaginaire collectif.

Lorsqu’un Tunisien voit une station-service avec une file d’attente, son réflexe n’est plus nécessairement de se dire qu’il attendra demain. Il peut décider de remplir immédiatement son réservoir. Lorsqu’un produit manque dans un magasin, le consommateur peut en acheter davantage dès qu’il réapparaît. Ce comportement, individuellement rationnel, peut collectivement aggraver le déséquilibre : la peur de la pénurie produit une demande supplémentaire et contribue elle-même à vider les stocks disponibles.

Autrement dit, la Tunisie ne vit pas nécessairement une pénurie permanente de tout, mais elle semble être entrée dans une période où l’incertitude sur la disponibilité de certains produits essentiels est devenue suffisamment forte pour modifier les comportements.

Une succession de crises qui finit par produire un sentiment de rareté

C’est cette accumulation qui explique l’apparition, sur les réseaux sociaux, de l’expression « économie des pénuries ».

L’eau potable est devenue un sujet récurrent, notamment pendant les périodes de forte chaleur et de stress hydrique. Les coupures et perturbations électriques ont également marqué l’été 2026 dans plusieurs régions. Le marché de l’eau minérale a connu récemment des tensions et des difficultés d’approvisionnement, dans un contexte de forte demande et de problèmes de disponibilité. Les services du contrôle économique ont d’ailleurs annoncé avoir relevé 291 infractions dans le secteur de l’eau minérale et saisi plus de 186 000 litres au cours de la première moitié du mois d’août.

Le secteur de la santé n’est pas épargné. En mars dernier, la présidence du gouvernement a elle-même fait état de pénuries et de ruptures répétées de certains médicaments essentiels et spécifiques, une situation ayant conduit les autorités à examiner des mesures urgentes et une réforme plus profonde du système d’approvisionnement.

À cela s’ajoutent les difficultés périodiques concernant certains produits alimentaires, particulièrement ceux dont les prix sont administrés ou subventionnés : sucre, huiles végétales, dérivés des céréales et autres produits de base.

La liste n’est donc pas imaginaire. Mais elle ne signifie pas que le pays aurait officiellement adopté une « économie des pénuries ».

Une économie des pénuries suppose une organisation durable de la rareté

Historiquement, l’expression « économie de pénurie » renvoie à une situation plus profonde qu’une succession de ruptures d’approvisionnement. Elle désigne généralement un système dans lequel les déséquilibres entre l’offre et la demande deviennent structurels, les prix ne jouent plus pleinement leur rôle d’ajustement et les consommateurs doivent consacrer du temps et de l’énergie à trouver des produits ou des services pourtant ordinaires.

Les files d’attente deviennent alors une institution économique. Le consommateur ne choisit plus seulement entre plusieurs produits ou plusieurs prix : il doit d’abord trouver le produit.

C’est ici que la Tunisie se situe dans une zone intermédiaire. Le pays n’est pas une économie administrativement organisée autour de la rareté. Les marchés fonctionnent, les produits continuent globalement de circuler et les ruptures ne touchent pas en permanence l’ensemble des biens essentiels. Mais plusieurs secteurs présentent des fragilités structurelles qui rendent les tensions répétitives : dépendance aux importations, difficultés financières de certaines entreprises publiques, infrastructures vieillissantes, contraintes hydriques et énergétiques, système de subventions complexe, problèmes logistiques et spéculation.

Lire aussi : Tunisie : Kais Saied dénonce les « cartels » et appelle à lutter contre les pénuries

Le système tunisien de compensation contribue, par exemple, à maintenir des prix accessibles pour plusieurs produits et services essentiels. Depuis des décennies, les pouvoirs publics interviennent directement sur les prix des produits alimentaires de base, des hydrocarbures et de certains médicaments. Mais ce mécanisme peut aussi créer des tensions lorsque le coût réel du produit augmente, que l’approvisionnement est perturbé ou que les circuits de distribution sont détournés. L’OCDE relevait déjà les limites et les effets pervers d’un système de subventions généralisées, notamment les risques de contrebande et de mauvaise allocation des ressources.

Le ministère des Finances continue, pour sa part, de présenter les dépenses de compensation comme un instrument destiné à soutenir le pouvoir d’achat et à stabiliser les prix des produits de base, des carburants et des transports.

Le vrai changement est peut-être dans le comportement des Tunisiens

C’est sans doute le point le plus important du débat. Les textes largement partagé sur les réseaux sociaux parle d’un citoyen qui deviendrait progressivement un « gestionnaire de crise », préoccupé non plus par l’amélioration d’un service mais par la nécessité de le trouver.

L’idée mérite d’être entendue, mais elle doit être formulée sans caricature. Oui, les habitudes de consommation peuvent changer lorsque les ruptures deviennent répétitives. Les ménages développent des stratégies d’adaptation : conserver des réserves, acheter davantage lorsqu’un produit est disponible, multiplier les solutions alternatives, s’informer sur les réseaux sociaux, appeler des proches ou se déplacer vers plusieurs points de vente.

Le temps devient alors lui-même un coût économique. Faire la queue pour acheter du carburant, chercher une pharmacie disposant d’un médicament, stocker de l’eau ou modifier son organisation quotidienne en fonction des coupures n’apparaît pas nécessairement dans les statistiques du PIB. Pourtant, ces heures perdues et cette énergie mobilisée représentent un coût réel pour les ménages et pour l’économie.

Lorsque les perturbations se répètent, le citoyen peut finir par considérer comme normal ce qui devrait rester exceptionnel. Une coupure devient « habituelle », une rupture « prévisible », une file d’attente « ordinaire ». La capacité d’adaptation de la société, qui constitue au départ une force, peut alors avoir un effet paradoxal : elle réduit la pression immédiate créée par la crise parce que chacun finit par trouver, individuellement, ses propres solutions.

Mais attention au raccourci politique

Faut-il pour autant conclure que « personne ne demande plus de comptes » ou que les Tunisiens se seraient résignés à vivre dans la pénurie ?

Ce serait aller trop loin. L’existence d’une forte capacité d’adaptation ne signifie pas l’absence de mécontentement. Les réactions massives sur les réseaux sociaux, les critiques contre la qualité des services publics et les demandes d’explication montrent au contraire que la question reste au cœur du débat.

Le problème est plutôt celui de la transformation de la colère collective en stratégies individuelles de survie quotidienne. Quand la priorité devient de trouver de l’eau, de l’électricité, un médicament ou du carburant, le débat public peut effectivement se déplacer. La question « pourquoi ce service dysfonctionne-t-il ? » risque d’être remplacée, temporairement, par « où puis-je le trouver aujourd’hui ? ».

Ce déplacement est moins une preuve de soumission politique qu’un mécanisme classique de gestion de l’incertitude.

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