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Ennahdha dissout, la jamaa continuera

02. Februar 2026 um 20:39

Les lourdes condamnations à des dizaines d’années de prison pour les principaux dirigeants du Mouvement Ennahdha et notamment de son leader Rached Ghannouchi, pour « complot contre la sécurité de l’Etat » et d’autres crimes et délits extrêmement graves ne laisse plus aucun doute quant au sort qui sera réservé à cette organisation. Elle sera probablement dissoute, comme structure légale. Ce qui serait logique en raison de sa nature, puisqu’elle ne correspondrait pas, dans ses actions, son mode de fonctionnement et son vrai programme, à ce qu’on a l’habitude d’appeler un parti politique, et pas seulement en Tunisie, mais dans tous les pays du monde, et selon toutes les législations.

La dissolution serait, dans ce cas, la fin d’un processus légal, suite à des condamnations définitives, et après de multiples procès, qui ne seront certainement pas les derniers. Les péripéties juridiques, et notamment procédurales, et les protestations qu’elles ont soulevé chez les avocats des accusés et même chez des ONG nationales et internationales de défense des droits de l’Homme, toutes relayées par les médias locaux et internationaux, ne font que renforcer l’idée que le parti Ennahdha, tel qu’il était, ne peut être considéré comme un parti politique.

Les accusations prononcées par les tribunaux et jugées le présentent, comme une structure équivalente aux groupements et organisations terroristes, complotistes, insurrectionnels. Et ses chefs comme des conspirateurs, des complotistes, qui visent à changer la nature de l’Etat, par la violence et l’action subversive.

Changer c’est trahir sa foi

En réalité, ce n’est pas la première fois que cette mouvance, fondée en avril 1972 et appelée au début, el-jamaa el islamiya, est accusée et condamnée pour les mêmes crimes, aussi bien sous Bourguiba que sous Ben Ali. Toujours avec le même dirigeant et chef suprême Rached Ghannouchi; même si elle a changé de nom, devenant successivement la Tendance Islamique (el ittijeh el islami) puis Ennahdha (La renaissance). Pourtant, aussi bien les présidents de la République que les différents gouvernements, depuis les année 80 jusqu’à maintenant, ont bien changé ainsi que la société tunisienne et ses élites politiques.

Mais cette jamaa ne semble pas avoir changé, ni son programme. Lequel est tout simplement l’instauration d’une théocratie religieuse assez proche du modèle iranien des mollahs, où un guide suprême, en l’occurrence Rached Ghannouchi, dirige le mouvement vers un objectif ultime, un gouvernement de l’islam politique qui applique strictement la charia, voire un Califat, si les conditions le permettent.

C’est le propre même des organisations de l’islam politique, que de rester fidèle à ses objectifs stratégiques, quel que soit le prix à payer. Car il s’agit d’un acte de foi et non d’un objectif politique, comme pour n’importe quel parti politique.

D’ailleurs, le texte fondateur qui résume les fondements et l’action des islamistes tunisiens n’a jamais été renié ou remanié. Il constitue une charte à laquelle tout adhérent doit obéir.

 

Lire aussi : Après le 25 juillet: fin de l’islam politique en Tunisie !

 

Par ailleurs, les procès en cours, contre les dirigeants de cette organisation sont traités en fonction des lois que, Ennahdha, comme parti politique participant au Parlement et au gouvernement dans la période allant de 2011 à 2021 avait promulguées et entérinées. Et il n’y’a pas eu depuis de nouvelles lois significatives, hormis le décret 54, qui criminalise les diffamations et les injures sur les réseaux sociaux.

La loi sur le terrorisme est d’ailleurs la principale loi invoquée dans les différents procès visant les chefs de ce mouvement. Ce qui laisse penser qu’il sera dissout, car accusé de s’être transformé en organisation terroriste. Le procès de l’assassinat du grand militant de gauche Chokri Belaïd, qui va se terminer en première instance, le 6 février 2026, 13 ans jours pour jour après son meurtre abject, s’il confirme l’implication de la direction de ce parti, serait la preuve ultime que l’existence de tel parti, Ennahdha ou un autre, est contraire à la législation en vigueur.

Avant 2011, la loi interdisait la création d’un parti religieux, sauf qu’après le tournant de 2011, cette loi a été jetée aux oubliettes, prétextant qu’elle était anti démocratique et fut dénoncée par toutes les ONG européennes et mondiales, ainsi que tunisiennes œuvrant dans le domaine des droits de l’Homme et de la démocratie. Ces mêmes organisations se taisent maintenant que les Américains et de plus en plus d’Etats européens classent les « Frères musulmans » comme une organisation terroriste; même si seules certaines sections de certains pays arabes sont concernées.

 

Le dossier d’El Tasfir, en cours, où sont impliqués tous les dirigeants nahdhaouis et qui sont responsables et impliqués dans l’envoi de milliers de nos jeunes combattre en Syrie, est largement suffisant pour mettre hors la loi, cette formation de l’islam politique.

 

Or, Ennahdha est une section de l’organisation mondiale des Frères musulmans, dont un des derniers dirigeants est Al Qardhaoui sous le Label l' »Union des savants musulmans » et dont Rached Ghannouchi est une des principales figures.

Les deux poids deux mesures des défenseurs occidentaux des droits de l’Homme, ne concernent pas seulement le génocide de Gaza, où l’absolution est donnée au criminel Netanyahu, mais ils concernent aussi les affaires politiques internes des Etats arabes ou musulmans, dont la Tunisie.

Lors de trois régimes politiques différents, sous Bourguiba, Ben Ali et sous Kaïs Saïed, les mêmes crimes ont été reprochés à ce parti, colonne vertébrale de l’islam politique. Avec toutes ses variantes, dont Ansar al Chariâa de triste renom qui avait assassiné nos soldats, nos policiers et nos citoyens, et qui n’est qu’un des bras armés de l’organisation locale des Frères musulmans, en Tunisie.

Le dossier d’El Tasfir, en cours, où sont impliqués tous les dirigeants nahdhaouis et qui sont responsables et impliqués dans l’envoi de milliers de nos jeunes combattre en Syrie, dont 300 affiliés à Daech qui sont détenus en Irak en ce moment, alors qu’ils étaient il y a quelques semaines dans une prison kurde en Syrie, et qui risquent de revenir à tout moment, est largement suffisant pour mettre hors la loi, cette formation de l’islam politique.

Sachant de plus, que plusieurs milliers de ces victimes de la propagande et de l’action d’Ennahdha sont retournés dans le pays. C’est dire combien le danger est réel. N’eusse été la vigilance de nos services de sécurité, qui continuent brillamment d’éliminer ces terroristes et d’arrêter les éléments les plus dangereux, notre pays aurait été dévasté à nouveau par le péril vert.

La jamaa continuera

Même si le parti en tant que tel, la jamaa islamiste, continuera d’exister. Rappelons que le nom initial de ce qui est appelé Ennahdha est el jamaa islamiya – littéralement « la communauté islamique » -, qui suppose que ceux qui se situent en dehors de cette jamaa ne sont nullement musulmans. Car ses membres ont prêté allégeance à la vie, à la mort au guide suprême, en l’occurrence Rached Ghannouchi en Tunisie.

Quitter la jamaa est un péché mortel qui frappe d’infidélité celui qui ose le déclarer. Alors que le parti Ennahdha n’est que la façade légale et officielle de la jamaa. Cette distinction est fondamentale pour comprendre ce qui se passe au sein de cette mouvance.

 

Quitter la jamaa est un péché mortel qui frappe d’infidélité celui qui ose le déclarer. Alors que le parti Ennahdha n’est que la façade légale et officielle de la jamaa. Cette distinction est fondamentale pour comprendre ce qui se passe au sein de cette mouvance.

 

Le 5 décembre 1980, les services de sécurité tunisiens avaient démantelé l’appareil secret de la jamaa. Et c’est seulement en 1981 que cette dernière tenait une conférence de presse à Tunis pour annoncer son existence en tant que mouvance, alors qu’elle avait été créée en 1972.

Les Frères musulmans tunisiens ne sont pas les seuls à user de ce stratagème. Il fait partie de l’essence même de la pensée politique islamiste partout dans le monde. D’ailleurs, avant même sa légalisation en 2011, la jamaa, alias Ennahdha, avait toujours tenu ses congrès clandestinement. Le premier, à La Manouba, avait réuni 60 congressistes; le second à Sousse, en avril 1981, toujours clandestin. Et ce, sans parler des réunions clandestines de leurs dirigeants, en Tunisie ou à l’étranger. Le culte du secret est le propre des organisations subversives comme la jamaa, il continuera à rythmer sa vie.

Or la jamaa est l’expression d’un phénomène social politico-religieux et ce n’est pas un simple acte de dissolution qui peut en finir avec la mouvance. Car depuis l’aube de l’Islam, ce genre de mouvances a existé et elle repose sur une lecture orthodoxe et dogmatique du texte révélé, le Coran.

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