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Maroc et Équateur, un vent de fraîcheur dans le football mondial

04. April 2026 um 08:02

Cela peut paraître surréaliste, mais le match de préparation à la Coupe du monde de football 2026 aux Etats-Unis-Mexique et Canada, qui s’est déroulé à Madrid, samedi 29 mars 2026, entre le Maroc et l’Équateur, pourrait tout à fait représenter une répétition en vue du dernier carré du prochain Mondial. Le 1-1 qui a sanctionné l’issue de l’événement a été instructif sur plusieurs plans.

Jean-Guillaume Lozato

Sur le plan géopolitique, ce match a été le bienvenu. L’affiche contrastait avec le climat planétaire tendu et délétère qui secoue la tectonique diplomatique de cette année de Coupe du Monde.

En proposant une affiche entre deux nations éloignées par la distance et les très grandes différences culturelles, tout en appartenant à des zones climatiques «chaudes».

L’Équateur et le Maroc sont tous deux bordés par l’immensité océanique, le Pacifique pour le premier nommé et l’Atlantique pour le second nommé. Et de l’Atlantique à l’atlantisme il manque peu, puisque les deux contrées sont liées à l’Amérique. La nation équatorienne, ancrée dans ce que l’on appelle l’Amérique latine, est bien entendu liée aux États-Unis. Le royaume marocain, lui, bien que situé en Afrique, entretient des relations avec les États-Unis depuis leur création officielle, ce qui est exceptionnel dans le monde arabe. Le lieu du prochain tournoi planétaire peut donc se présenter comme un effet d’aubaine.

Les deux équipes nationales représentent ensuite deux anciens grands empires. De surcroît au contact avec l’Espagne des Conquistadors par le passé. Avec les liens, de résidence ou sportifs, entre la péninsule ibérique et certains internationaux marocains (Brahim Diaz, Achraf Hakimi, Yassine Bounou, Youssef En-Nesyri, Abdessamad Ezzalzouli, Ilias Akhomach…), il semblerait que l’espagnol soit devenu la langue vernaculaire du foot de haut niveau.

Sportivement parlant

L’historique marocain à la plus prestigieuse compétition dédiée au ballon rond a évolué d’abord par tranches puis s’est apparenté à une continuité. Les Lions de l’Atlas ont agrémenté le tournoi majeur footballistique de leur présence et de leur spontanéité dès l’ère moderne du sport de haut niveau. La progression constatée dès les années soixante ont permis d’aboutir à une première participation honorable en 1970… au Mexique, déjà pays organisateur. Pour s’y retrouver seize ans plus tard et y livrer une performance en tant que première équipe nationale arabe et africaine à accéder au deuxième tour. Puis un retour en coupe du monde en 1994 aux… USA, une présence en France en 1998, une en Russie en 2018. L’apothéose s’étant produite en 2022, au Qatar, avec l’accession aux si prestigieuses demi-finales.

Tandis que l’Équateur a suivi un historique beaucoup plus en pointillés : trois participations au total en coupe du monde (2002,2006,2014). Avec quelques signes encourageants (une prestation d’ensemble pas trop mauvaise en 2022, le franchissement du premier tour en 2006 avant de perdre de justesse contre l’Angleterre de David Beckham, un 0-0 accrocheur contre la France en 2014).

Le match amical en Espagne

En Espagne, les deux équipes ont livré une partie disputée. La première demi-heure de jeu a vu des Marocains décidés, néanmoins un peu timorés au point de trop se reposer sur les épaules de leur grande star Achraf Hakimi. Une domination maghrébine a bien eu lieu les trente premières minutes de jeu. Entre des Marocains en voie de confirmation mais en rodage suite au changement impromptu de sélectionneur, et des Equatoriens décomplexés mais pas inconscients pour autant. Les «Rouges» ont opté pour un 4-2-3-1 se métamorphosant en 4-4-2 sous l’impulsion d’“Ez Abde” Ezzalzouli. Pendant que les «Jaunes» se sont appliqués à mettre un 4-2-3-1 de base, avec des variantes passant du 4-2-4 au 3-5-2 en phase plus offensive. Un piège du «faux» 3-5-2 qui rappelle le schéma employé par Ricardo La Volpe lorsqu’il dirigeait la sélection nationale mexicaine, un entraîneur argentin, comme l’actuel sélectionneur équatorien Sebastian Beccacece, homme également à la personnalité affirmée et au look singulier.

Cette disposition a mis les Marocains en difficulté, au point de les voir menés sur un beau tir de John Yeboah Zamora. Ils ont puisé dans leurs ressources pour égaliser en fin de match par Neil El Aynaoui le milieu de l’AS Roma. Autres joueurs en vue au cours de cette rencontre : le toujours vaillant Moises Caicedo, passé par la Lazio et désormais à Chelsea, puis bien évidemment Achraf Hakimi.

Sur la route du Mondial 

Les deux équipes concernées ont donné à voir du spectacle au public, alors qu’une telle affiche aurait très bien pu déboucher sur 0-0 en raison du sentiment d’inconnu qui prédominait auprès de deux équipes qui ne s’étaient jusqu’alors jamais affrontées.

Côté nordafricain, on est attente d’une consolidation et d’un retour à la sérénité après une finale de CAN marquée par la polémique. Les «Lions de l’Atlas» devront gérer, la pression, leurs émotions, à l’image du penalty raté au cours de leur opposition aux Equatoriens.

Pour sa part, la «Tri» obéit à des perspectives bien différentes. Bien qu’absente au Qatar, elle représente une valeur montante. Cette courbe ascendante s’est traduite au niveau des résultats en éliminatoires en battant l’Argentine et en tenant en échec le Brésil. Suite à un travail de fond qui avait été entamé dès 2014, où les hommes au maillot jaune avaient développé un jeu efficace en même temps qu’une certaine esthétique du football. Ils semblent par ailleurs plus enclins à la flexibilité tactique que leurs homologues du royaume maghrébin.

Un point commun rassemble ensuite les deux formations, qui pourrait s’avérer déterminant. C’est celui de la diversité des types physiques des membres qui les composent. Ce qui était un point fort pour des équipes comme le Brésil, la Belgique ou la France notamment de l’époque «BBB» (Black-Blanc-Beur), n’est plus un privilège exceptionnel. En effet, l’Equateur et le Maroc comptent parmi leurs joueurs des protagonistes déclinant un véritable arc-en-ciel de phénotypes. Ce qui donne un style de jeu à l’impact physique afro-latin et afro-maghrébin, et qui pourrait poser des problèmes aux plus grandes équipes.

Du typé européen hispanique Hernan Galindez au négroïde Willian Pacho en passant par le métis hispano-indien Piero Hincapié, la défense équatorienne symbolise cet état de fait.

Quant à l’équipe nationale marocaine, elle compte le défenseur maroco-sénégalais Issa Diop, et un joker comme l’attaquant Amir Richardson. Sans compter l’hispano-marocain Brahim Diaz. Une ouverture qui s’est déjà traduite dans d’autres sports avec le skieur italo-marocain Pietro Tranchina et l’athlète italo-marocaine Nadia Battocletti.

La Coupe du Monde de football est l’occasion de célébrer le multiculturalisme sportif. Avec un match amical comme celui dont nous parlons ici, nous sommes en train d’assister à un magnifique avant-goût de ce qui sera une célébration inédite de par son format et du fait de l’accentuation de la diversité. Nul doute qu’une demi-finale entre Equateur et Maroc aurait tous les atouts pour séduire le public cet été.

Tout comme les Jeux Olympiques, cette Coupe du monde est une fête. Le Maroc avait illuminé Qatar 2022. L’Equateur pourrait bien, lui, insuffler un vent de fraîcheur sur une épreuve qui promet d’être spectaculaire à défaut de garantir encore des certitudes. Pour anticiper tout cela, il suffit de faire appel à la science du sport de haut niveau et à la méta-géographie…

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