Médina, plastique et dignité : le projet qui veut réinventer le recyclage
Ils sont plus de 8 000 à sillonner chaque jour les rues du pays, sacs et charrettes chargés de plastique récupéré dans les poubelles ou à même le sol. Ces collecteurs informels de déchets, les « barbachas », restent invisibles aux yeux du système. Pourtant, ils constituent le premier maillon vivant de toute économie circulaire. Un projet porté par l’association Tunis Clean Up entend changer la donne : les intégrer dans une filière formalisée de tri, de valorisation et de recyclage. Premier grand chantier visé : la Médina de Tunis.
Aucun système de recyclage performant ne peut fonctionner sans eux. Chaque jour, les barbachas récupèrent plastiques, métaux et cartons. Ils alimentent ainsi les filières industrielles de transformation des matières premières et réduisent les volumes de déchets enfouis. Leur apport est massif. Leur reconnaissance, inexistante. Ils ne bénéficient d’aucune protection sociale, d’aucun statut juridique, d’aucune sécurité professionnelle. Tunis Clean Up part de ce constat pour bâtir un cadre organisé. L’association entend former ces acteurs de terrain aux techniques de tri sélectif, aux normes de sécurité et aux circuits de valorisation. Elle prévoit également de les connecter directement aux restaurateurs, hôteliers et artisans de leur zone d’intervention. Une première phase de formation a d’ailleurs déjà démarré.
La Médina de Tunis, prochain laboratoire du recyclage intégré
Le choix de la médina comme territoire pilote est stratégique. Cet espace à forte densité artisanale et touristique génère des flux considérables de déchets valorisables. Le projet y prévoit un circuit complet : un centre de tri sélectif, des filières de transformation des matériaux récupérés et un espace d’exposition dédié aux produits issus du recyclage. Cette logique a déjà fait ses preuves dans la périphérie nord de la capitale. Des dispositifs similaires y ont permis de réduire la part des déchets non organiques, orientés ensuite vers le recyclage industriel ou la valorisation artistique. La médina représente donc l’étape suivante, plus visible, plus symbolique et plus complexe.
Trier différemment pour consommer autrement
Derrière l’enjeu opérationnel se dessine une ambition plus profonde. On ne peut pas traiter la gestion des déchets indépendamment des modes de production et de consommation. Généraliser le tri sélectif exige en effet une refonte des circuits de collecte, une montée en compétences de tous les acteurs et un changement de comportement à la source. En formalisant le rôle des barbachas, Tunis Clean Up ne règle pas seulement un problème social. L’association pose ainsi les fondations d’un écosystème économique et culturel où l’artisanat, le tourisme et l’environnement convergent autour d’une même matière première : le déchet.
L’article Médina, plastique et dignité : le projet qui veut réinventer le recyclage est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.