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Riadh Sidaoui : « L’enlèvement de Maduro est une guerre indirecte contre la Chine »

04. Januar 2026 um 17:58

Riadh Sidaoui, directeur du Centre arabe de recherches et d’analyses politiques et sociales, décrypte pour L’Économiste Maghrébin les véritables enjeux géopolitiques derrière l’opération militaire américaine au Venezuela.

L’arrestation du président vénézuélien Nicolás Maduro et de son épouse par une brigade des forces Delta américaines dans la nuit du 3 janvier 2026 marque, selon l’analyste, un tournant dans les relations internationales. Au-delà de la rhétorique officielle sur la lutte contre le narcotrafic, cette opération révèle une stratégie américaine visant à isoler la Chine et à réaffirmer la suprématie des États-Unis sur l’Amérique latine.

L’analyse de Riadh Sidaoui est sans appel : Donald Trump cherche avant tout à couper Pékin de ses alliés économiques. Les liens sino-vénézuéliens sont substantiels : la Chine absorbe 70 % des exportations de pétrole vénézuélien et a investi des milliards dans le pays. Une importante délégation chinoise se trouvait à Caracas au moment de l’opération. La réaction chinoise, ferme, témoigne selon lui de l’importance de l’enjeu : Pékin condamne l’acte américain et exige la libération immédiate de Maduro.

Trois scénarios possibles pour l’avenir

Selon Riadh Sidaoui, trois scénarios se dessinent pour l’avenir du Venezuela. Premier scénario : les Américains ont enlevé Maduro, mais le régime révolutionnaire pourrait, estime le politologue, persévérer avec un soutien chinois accru, tant militaire qu’économique. Ce scénario suppose qu’il n’y a pas eu de trahison, mais simplement une faille sécuritaire exploitée par Washington. La nouvelle cheffe d’État et le ministre de la Défense pourraient maintenir le cap malgré l’absence de Maduro.

Le deuxième scénario consiste en une  réorientation progressive : face à l’impossibilité de confronter directement les États-Unis, la nouvelle direction pourrait se réconcilier progressivement avec Washington. Cette évolution se ferait graduellement pour ne pas brusquer les partisans de Maduro au sein du parti au pouvoir. Il s’agirait d’un changement de politique étrangère menant le Venezuela à devenir un allié américain plutôt qu’un opposant à l’impérialisme de Washington.

La troisième scénario consiste  en  la déchirure interne et la division du pays. Les dernières élections démocratiques n’ont accordé à Maduro qu’une majorité très limitée face à son rival de droite. Une division au sein des forces armées et du peuple pourrait, d’après Sidaoui, conduire le Venezuela vers une guerre civile dévastatrice.

Comment s’est déroulée l’opération

La facilité de l’opération soulève, selon Sidaoui, des interrogations. Certains analystes évoquent une complicité au sein de l’appareil d’État vénézuélien, voire de l’armée. Difficile toutefois de répondre sans éléments tangibles, pour notre invité. D’après l’analyste, Maduro n’avait peut-être pas pris les précautions nécessaires. Un protocole strict aurait dû l’empêcher de dormir plusieurs nuits au même endroit. Son maintien dans une résidence fixe a constitué une faille exploitée par les forces américaines.

Des affrontements ont eu lieu. Selon Donald Trump, les forces américaines ont subi quelques blessés et un hélicoptère a été touché. Les gardes du corps de Maduro ont résisté. Le ministre de la Défense et la vice-présidente vénézuéliens affirment maintenir la ligne politique de Maduro et poursuivre la lutte. La suprématie militaire américaine est écrasante : le Venezuela dispose d’une armée de 100 000 hommes équipée d’armes obsolètes, face à la puissance du Pentagone. Le temps permettra de confirmer ou d’infirmer la thèse d’une trahison.

Le Venezuela, front indirect d’une confrontation sino-américaine

Donald Trump, qui menace le Venezuela depuis son arrivée au pouvoir, a intensifié la pression ces dernières semaines, allant jusqu’à contacter directement Maduro pour lui demander de quitter le pouvoir. L’objectif stratégique : isoler la Chine.

Les deux grandes puissances susceptibles de menacer l’hégémonie américaine sont la Russie et la Chine. La Russie, engagée dans la guerre en Ukraine, a relâché son emprise internationale. Trump accélère un processus de paix favorable aux intérêts russes. Reste la Chine, dont la montée en puissance économique et militaire inquiète Washington. Les stratèges américains prédisent qu’en 2030, le PIB chinois dépassera celui des États-Unis. La Chine s’arme massivement (trois porte-avions, bientôt quatre ou cinq) et veut reconquérir Taïwan. Face à cette montée en puissance, explique-t-il, le Pentagone veut isoler la Chine et affaiblir ses partenaires économiques : Venezuela, Iran. L’Amérique latine devient le terrain de cette confrontation indirecte.

L’effet domino latino-américain

Si Trump remporte un succès complet au Venezuela, il se dirigera vers la Colombie, puis vers Cuba. L’île représente toutefois un défi plus complexe : le régime cubain est puissant et possède une longue expérience face aux complots américains depuis la baie des Cochons en 1961. Cette offensive s’inscrit, d’après l’analyste, dans une guerre indirecte contre la Chine. Trump est calculateur et n’attaque que les cibles faciles. Il avait menacé la Corée du Nord durant son premier mandat avant de serrer la main de son président, se vantant d’avoir établi la paix mondiale. Trump évalue toujours où il peut gagner et où il risque de perdre. La capture de Maduro illustre, selon Riadh Sidaoui, cette stratégie : frapper des cibles accessibles pour affaiblir progressivement l’influence chinoise en Amérique latine, tout en évitant une confrontation directe avec Pékin.

Une violation flagrante du droit international

Selon Riadh Sidaoui, l’intervention américaine constitue une transgression manifeste du droit international. La Charte des Nations unies consacre le principe d’autodétermination des peuples : ce sont les nations qui choisissent leurs dirigeants, non des forces étrangères. Toute intervention militaire nécessite l’activation du chapitre 7 de la Charte et une résolution du Conseil de sécurité.

L’administration Trump n’a respecté aucune de ces procédures juridiques. Aucun juriste ne saurait donner raison aux États-Unis sur le plan du droit international. Cette violation s’inscrit dans une longue tradition d’interventions unilatérales américaines, comparable à l’invasion de l’Irak en 2003.

Un précédent historique : l’intervention au Panama en 1989

Cette opération rappelle, selon le politologue, des précédents. En 1989, le président du Panama avait déjà été kidnappé. L’histoire se répète : après la chute de l’Union soviétique, les Américains cherchaient à maintenir leur suprématie mondiale. Aujourd’hui, face à l’émergence de la Russie et surtout de la Chine, Washington réactive les mêmes mécanismes.

La logique du Pentagone, explique Sidaoui : tant que nous sommes forts, isolons nos adversaires. Incapables d’affronter directement la Russie ou la Chine, ils éliminent leurs alliés, en commençant par l’Amérique latine. La Colombie et Cuba pourraient être les prochaines cibles. Ce n’est pas la première tentative américaine, rappelle le politologue. La CIA avait orchestré un coup d’État contre Hugo Chávez. L’agence dirige traditionnellement ces opérations secrètes, mais lorsqu’elle échoue, c’est le Pentagone qui intervient. Le ministère de la Défense, devenu en réalité un département de la guerre, a lancé cette opération en collaboration avec la CIA. L’histoire dira, conclut le politologue, si cette stratégie impériale, héritée de la doctrine Monroe, parviendra à enrayer la montée en puissance chinoise ou si elle ne fera qu’accélérer la multipolarisation du monde.

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