Iran | La course contre le temps du Pentagone
Une guerre à large échelle, sans perspective de fin et très coûteuse. Alors que les États-Unis ne veulent montrer aucun signe de faiblesse et imposent toujours l’image du dominateur invincible, le Pentagone et le complexe militaro-industriel américain se débattent pour répondre aux besoins bellicistes de l’administration Trump mais rien ne garantit qu’ils pourront surmonter les contraintes auxquelles ils sont confrontés. (Photo: Des incendies et de la fumée se sont élevés mercredi après l’interception d’un drone près d’une zone pétrolière à Fujairah, aux Émirats arabes unis. Amr Alfiky/Reuters).
Imed Bahri
Dans le Wall Street Journal, Marcus Weisgerber et Drew FitzGerald affirment, en citant des sources proches du dossier, que des responsables du Pentagone travaillent sur des plans de remplacement des munitions américaines utilisées jusque-là dans la guerre contre l’Iran et ce, dans le cadre des efforts déployés par l’administration Trump pour accroître considérablement la production annuelle de missiles.
Des membres du Congrès ainsi que des représentants de l’industrie de la défense s’attendent à ce que le Pentagone soumette une demande de financement pour couvrir les coûts liés à la guerre. Ce nouveau financement permettrait l’acquisition de systèmes de missiles Patriot, Tomahawk et Thaad, largement utilisés depuis le début des frappes américaines et israéliennes, ont indiqué les sources du WSJ.
Financer une guerre sans perspective de fin
Les récents combats au Moyen-Orient ont réduit les stocks de certaines de ces armes, ce qui représente un nouveau défi pour le ministère de la Guerre qui doit trouver des solutions pour financer une guerre sans perspective de fin. Le ministère doit également faire face à une industrie de la défense déjà sous pression pour répondre à la demande actuelle et contrer les menaces potentielles de la Chine.
Le président Trump a envisagé un budget beaucoup plus important pour les munitions et d’autres priorités du ministère de la Guerre. En janvier, il s’est engagé à ce que le prochain budget de la défense atteigne 1 500 milliards de dollars, soit une augmentation de près de 500 milliards par rapport au niveau actuel.
La porte-parole de la Maison-Blanche, Carolyn Leavitt, a déclaré : «L’armée américaine dispose de munitions, d’équipements et de stocks largement suffisants pour atteindre les objectifs de l’opération Epic Fury fixés par le président Trump et même davantage!» Elle a ajouté que le président «continuera d’exhorter les entreprises de défense à accélérer la production d’armes de fabrication américaine, les meilleures au monde».
Un porte-parole du département de la Guerre a, pour sa part, refusé de commenter et a renvoyé les questions concernant la demande de dépenses au Bureau de la gestion et du budget de la Maison-Blanche.
Les grands fabricants d’armes sous pression
Des responsables de l’administration Trump ont passé des mois à faire pression sur les principaux groupes de défense comme Lockheed Martin et RTX pour qu’ils triplent, voire quadruplent, leur production annuelle de missiles de pointe.
L’année dernière, le Pentagone a lancé une initiative visant à accélérer la production de missiles et d’autres équipements afin de renforcer les stocks nationaux limités. En juin, des responsables ont convoqué plus d’une douzaine de grands fabricants d’armes pour les inciter à investir rapidement dans l’augmentation de la production.
Le secrétaire adjoint à la Défense, Steve Feinberg, s’est également entretenu chaque semaine avec certains PDG de ces entreprises pendant plusieurs mois afin de réaffirmer ce message.
Les dirigeants ont répondu par de nouveaux investissements, tout en soulignant que l’augmentation de la production ne se résume pas à la construction de nouvelles usines, car les hausses nécessaires dépendent également des petits sous-traitants de la chaîne d’approvisionnement.
Michael Duffey, principal responsable au Pentagone des acquisitions de missiles et d’autres armements, a déclaré mercredi lors d’une audition à la Chambre des représentants : «Nous travaillons sur ce problème d’approvisionnement en munitions depuis longtemps, même avant ce conflit. Connaître le volume de nos stocks ne me fera pas gagner du temps. Nous travaillons aussi vite que possible».
Les quatre premiers jours de frappes contre l’Iran auraient coûté environ 11 milliards de dollars, selon une analyse d’Elaine McCusker, ancienne haute responsable du budget du Pentagone lors de la première administration Trump.
Le coût estimé de l’opération Epic Fury comprend le déploiement de plus de 12 navires et 100 avions au Moyen-Orient depuis des bases situées aux États-Unis et en Europe depuis fin décembre.
McCusker a déclaré que le Pentagone avait probablement déployé pour 5,7 milliards de dollars de missiles intercepteurs afin d’abattre les missiles balistiques et les drones iraniens, en plus de 3,4 milliards de dollars pour des bombes et d’autres types de missiles.
Cette estimation ne tient pas compte des salaires des troupes, de leur formation ni de l’utilisation des ressources nationales déployées dans la région.
De hauts responsables gouvernementaux ont reconnu que le conflit avec l’Iran mettait à rude épreuve les ressources. Des armes essentielles, telles que les missiles intercepteurs utilisées pour abattre les missiles.
Dans une publication sur les réseaux sociaux lundi, Trump a affirmé que les stocks américains d’armes de moyenne et haute puissance étaient «pratiquement illimités», tout en reconnaissant que les équipements les plus coûteux étaient très demandés.
«Au plus haut niveau, nous disposons de bons approvisionnements mais nous n’avons pas encore atteint le niveau souhaité», a-t-il écrit.
Forte augmentation des dépenses militaires
Fin 2019, les responsables du Pentagone ont demandé au Congrès un financement supplémentaire de 28 milliards de dollars pour financer de futurs contrats d’armement.
Cependant, la commission des crédits de la Chambre des représentants, frustrée par cette demande tardive, n’a approuvé qu’environ 8 milliards de dollars de ce financement supplémentaire, laissant un déficit d’environ 20 milliards de dollars.
Cette situation pose problème aux entreprises de défense, dont certaines se sont engagées à augmenter leur production de missiles au cours des sept prochaines années. Or, les dirigeants affirment que leurs plans d’investissement nécessitent la confirmation de contrats du Pentagone pour être mis en œuvre.
Une augmentation des dépenses militaires pourrait s’avérer nécessaire pour atteindre les objectifs du président, notamment le développement du système de défense antimissile Golden Dome et la construction d’une nouvelle flotte de navires de guerre.
Toutefois, une augmentation des dépenses pourrait se heurter à l’opposition de certains parlementaires, surtout si les démocrates remportent la majorité à la Chambre des représentants lors des élections de novembre. À eux seuls, les fonds ne suffiront peut-être pas à résoudre les autres problèmes immédiats liés au réapprovisionnement des stocks de munitions.
«Tant qu’ils continueront à lancer des missiles, nous devrons continuer à les intercepter», a déclaré Tom Karako, expert en missiles au Center for Strategic and International Studies (CSIS) basé à Washington avant d’ajouter : «Nous devons mettre fin à cette guerre au plus vite».
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