L’hôtel du Lac, symbole architectural menacé : l’appel à la sauvegarde
L’hôtel du Lac de Tunis, joyau du style brutaliste imaginé par l’architecte italien Raffaele Contigiani entre 1970 et 1973, se distingue par sa silhouette audacieuse en pyramide inversée et ses façades en béton brut renforcées de métal venu d’Autriche. Pendant des décennies, il a accueilli des stars internationales, dont le légendaire James Brown, et représenté un symbole fort de la modernisation ambitieuse d’une Tunisie alors toute jeune.
Mais aujourd’hui, cet édifice emblématique, chargé de mémoire et d’histoire, est en grand danger. Ses nouveaux propriétaires, un fonds libyen qui l’a acquis en 2010, souhaitent le démolir pour y bâtir un hôtel de luxe à vingt étages avec un centre commercial. Ce projet soulève une profonde inquiétude chez ceux qui voient dans l’hôtel du Lac bien plus qu’un simple bâtiment, mais un patrimoine architectural à préserver, un témoignage vivant de l’identité tunisienne et de son héritage moderniste. Le bras de fer entre développement économique et sauvegarde culturelle bat son plein, au cœur d’un débat crucial pour l’avenir de Tunis.
Lors de son intervention sur les ondes de la radio nationale ce samedi 30 août 2025, Amel Meddeb, députée membre de la Commission de la planification stratégique, du développement durable, des transports, des infrastructures, de l’aménagement urbain et du logement, s’est exprimée sur l’histoire, l’importance patrimoniale et les récents développements liés à l’hôtel du Lac à Tunis, un emblème architectural construit dans les années 1970.
Architecte de formation et engagée dans des associations de sauvegarde du patrimoine architectural, Amel Meddeb a expliqué que l’hôtel du Lac dépasse sa simple fonction d’hébergement : il est un symbole historique de l’ère post-indépendance, marquant un tournant dans l’architecture et la modernisation de Tunis.
Elle a rappelé que sa construction était un défi technique majeur à l’époque, nécessitant plusieurs années pour stabiliser la structure, et qu’il faisait partie intégrante de l’identité urbaine de la ville.
Cependant, depuis plusieurs années, l’avenir de l’hôtel est incertain. Il a été vendu sur la base d’un terrain « blanc », sans bâtisses légalement reconnues, ce qui a entrainé de nombreuses contestations autour des projets de démolition et de reconstruction.
Lors de son intervention d’aujourd’hui, Amel Meddeb a évoqué les procédures administratives complexes, notamment les demandes de permis de démolition, les demandes de protection patrimoniale déposées par des associations, ainsi que les décisions provisoires du ministère des affaires culturelles en faveur d’un gel des travaux.
La députée a insisté sur la nécessité d’un équilibre entre conservation du patrimoine et développement économique. Elle a souligné la volonté d’accompagner l’investissement tout en maintenant l’identité et la mémoire architecturale du site, avec des projets qui respectent la structure initiale, la typologie et le style architectural.
Amel Meddeb a aussi critiqué la lenteur et les dysfonctionnements des commissions chargées du patrimoine, appelant à plus de transparence et d’efficacité pour protéger ce patrimoine.
Enfin, elle a déclaré qu’en tant que députée est prête à porter ces questions au Parlement pour veiller à un développement urbain transparent, durable et respectueux de l’histoire, rappelant la reconnaissance internationale de l’hôtel comme icône architecturale tunisienne.
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