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Le poème du dimanche | ‘‘La stèle’’ de Moncef Louhaïbi

11. Januar 2026 um 07:30

Né en 1949 à Hajeb El Ayoun (Kairouan, Tunisie), Moncef Louhaïbi est poète, romancier et professeur de littérature arabe.

Voix importante de la poésie tunisienne et arabe, sa vision ancrée solidement dans l’héritage culturel arabo-musulman classique qu’il revisite avec des élans parfois soufis, est installée dans la modernité et l’une des plus ouvertes sur la poésie internationale. Son œuvre est récompensée de nombreuses distinctions.

Quelques titres (en arabe): Les filles de l’arc-en-ciel, 2015; Avec l’avant-dernier verre, 2019; La vie d’Al-Aghani, essai sur Aboulkacem Chebbi, Nihed, 2024 ; Qu’est-ce qui manque au bleu pour être ciel ?, autobiographie, Nihed, 2025.

En français : Que toute chose se taise, Bruno Doucey, 2012.

Tahar Bekri

Elle est comme la pierre…Ne nous doit rien

Toute stèle est un livre…ou une histoire de mort vivant…

Nous en avons le nom

ton témoin   Elle

Blanche jaune rouge ou couleur de poussière

Dans l’écume des soleils et son flottement

Eclaire notre vide et le sien

Garde-t-elle les morts ou les vivants ?

Ou est-elle monument de pierre comme cette tristesse rassemblée ?

Je t’aperçois aux seuils de mars. A travers les fenêtres

Dans la pluie du printemps et sa lumière mi-aveugle

Sans Norouz pour moi ni pour elle

Nulle ombre sauf la tienne transparente par-dessus mes rideaux

…dans leur nuit et jour

qu  flotte…par-dessus la soie de son velours

qui se noie puis flotte puis se noie

Ni poupées ni jouets pour jouer avec leur ombre

Et m’y fondre  comme elle s’en va

Peut-être suis-je… Peut-être est-elle

Nul héritage sauf celui des poètes  J’accorde les mots comme eux

Je les arrondis à leur rythme …les dirige

Et tourne autour de leur langue

J’attache mes cordes aux leurs

Si j’oubliais comme elle…

J’aurais desserré la ceinture de sa glace et de ses fers

Mais  elle est un miroir aux prismes cette pierre

Plutôt un mirage salé

Ne nous doit rien

Et nous lui sommes redevables

Te conduit  comme un menhir

dans l’écume des soleils nos yeux des diamants déformants

se pointant dans son flottement

Isole-t-elle les morts ?

Ou les vivants ?

Ou est-elle une promesse de mort prochaine ?

Si j’oubliais comme elle

Et mon poème ma tombe

Et ma stèle

Al-Qods al-‘arabi, 17 octobre 2025

(Remerciements à l’auteur)

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