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Le poème du dimanche | ‘‘Les pleurs de la mer’’ de Habib Zannad

30. November 2025 um 07:42

Habib Zannad est poète et enseignant. Voix singulière, à l’origine du mouvement d’avant-garde de la poésie tunisienne contemporaine.

Né en 1946 à Monastir, il est, avec les poètes Tahar Hammami et Fadhila Chebbi, les chefs de file du mouvement poétique «Fi ghayr al-‘amoudi wal–hurr» (Poésie autre que métrique et libre) au début des années 70, vraie révolution formelle se passant de la mesure, introduisant le dialecte arabe tunisien, s’attaquant à des thématiques sociales, populaires, souvent avec dérision et critique anti-conformiste, sans négliger des sujets plus intimes ou personnels.

Habib Zannad reste aujourd’hui, incontestablement, celui qui incarne le plus ce courant, non sans talent. Ses recueils, en arabe : ‘‘Al-Majzoum bi-lam’’ (Sur le mode négatif, 1970); ‘‘Kimiya’ al-alwan’’ (L’alchimie des couleurs, 1988).

Tahar Bekri

Novembre 1968, ma mère est morte. Sa mort m’a fait mal. Je suis resté à la mer. Ma mère aimait la mer. M’aimait.

Elle est sortie prospecter les amis

La mer était belle moqueuse menteuse

Elle y noua les souhaits de ses paupières

Lui jeta ce qu’elle avait dans l’âge de fatigue

Les palmiers lui plurent même irréels

Les palmiers étaient tristes éphémères

Les sables transparents mirages

……..

Donne-moi de ton sel mer

Donne-moi les tristesses

Saupoudre mes yeux n’aie pas crainte

Saupoudre-moi avec les vues des aveugles

Fais-moi entendre la rumeur des couleurs

Donne-moi de ton sel

Dérange mes rythmes

…….

Elle se réveilla au cri du coq

Elle fit signe à la lumière Entre

Ces fenêtres séduisent le soleil chaque matin

Aiment la colère du vent

La pagaille des poules

Et s’accommodent des pleurs des vagues

Donne-moi de ton sel mer

Epuise-moi

Frappe sur mon visage

Suspens-moi sur ta bleuté

N’aie pas crainte mer crucifie-moi

….…

Elle sortit chercher une joie attractive

Mit son sari

Blanc comme le matin sans haine

Ni couleur d’exil

Elle sortit affronter l’écume des vagues

Le mensonge des nuages

Entre porte ouverte et fermée

Des années enragées et un aimé absent

Donne-moi de ton sel mer

Sale mes mots

Donne-moi un poème pour mes morts

Quoi sur le monde ô toi aux couleurs opaques

O Destin violent

Quoi sur ce qui arrive ?

Elle promena ses yeux sur la mer

La mer trembla à ses regards

Sa bleuté se fit haute

Des signes d’un désir épuisant apparurent

La mer fit découvrir une vieille nostalgie dans ses tréfonds

Une brûlure

Qui aimait les amoureux

Qui savait ce que signifie leur manque

Ce que signifie la mer pleurant de ses profondeurs

Elle fut prise de tremblement

Fit quelques pas

Les mots bouillonnèrent dans sa poitrine

Dit : Ô mots

Devenez bulles de sang qui bout

Explosez-vous dans le cerveau assoiffé

Afin qu’il accepte un tel amour

Afin qu’il accepte l’amour éperdu de la mer

Mais la mer est une amoureuse folle

La mer est une malade qui aime les morts

La mer fait souffrir ses amoureux

Les tue et poursuit son errance

……

Donne-moi de ton sel

Hâte ma douleur

Je ne suis rien mer

Il n’y a rien dans le puits de mes jours

Eclate-moi donc

Ampute mes ans

Je ne savais pas qu’un jour viendra

Dans lequel se rompe le chant

Ou qu’un cœur s’arrête d‘irriguer les paroles

Finisse au plus haut de l’amour

Dans la fracture de l’interrogation

Comme un poème

Que lisent les gens

Et que plie l’histoire assassine

…….

Donne-moi de ton sel mer

Ne te moque pas de moi ne te moque pas

Chatouille-moi mer si tu y arrives

Ou recroqueville-toi sous les contorsions du soleil

Sois figée deviens pierre

….

Ce monde aux liens coupés

A des jours comptés

Ce monde

Ce monde

Ces destins

A chacun d’eux une fatalité

Ces destins

Ces destins

….

Nous  fûmes créés d’argile

L’argile sécha

Brûlée par le supposé soleil du jour

Ou le four des jours fiévreux

Nous étions des corps avides de feu

Des nerfs de céramique

….

Donne-moi de ton sel mer

Apprends-moi à me taire

Eduque-moi pour accepter l’ironie insoutenable

Apprends-moi à sourire au poisson

Devant la voleuse frustrée 

Qui prend quand elle veut les cœurs des foyers

Montre-moi mer comment mourir

Traduit de l’arabe par Tahar Bekri

Al- Majzoum bi-lam (Sur le mode négatif), 1970.

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