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Nostalgies : Si tu es pressé, prends un détour

19. Oktober 2026 um 11:13

Lorsque j’ai des vêtements à repriser, je vais toujours à la rue des Tanneurs, chez un tailleur qui, devant sa machine à coudre, dans un minuscule atelier, rend des services inestimables. De bon matin, alors que ses voisins ne sont pas encore ouverts, je lui apporte un pantalon dont je voudrais prolonger la vie et que je reviendrai chercher dans quelques heures.

La rue des Tanneurs s’éveille à peine. Seul le marchand de beignets s’active et sert des clients qui attendent calmement leur tour et une ftira croustillante. Le plus ancien des bouquinistes de cette rue est lui aussi dans son antre. Alors que je suis à sa hauteur, il est en train de disposer des classiques Larousse sur un étalage. Je ne peux résister à la vue des petits fasicules qui fleurent bon le théâtre de Racine et de Moliére, les tragédies antiques, les petits caprices de Marianne, les noces trépidantes de Figaro ou les odieuses fourberies de Scapin. Je m’empare de quatre fasicules et demande au bouquiniste de m’en garder un cinquième que je viendrai récupérer en même temps que le pantalon.

Heureux de ma prise matinale, je me dirige vers l’Avenue, non sans avoir caressé du regard la façade de l’immeuble où a longtemps vécu l’école de danse Tramoni & Caparros. Je m’arrête ensuite quelques instants devant le restaurant l’Orient dont l’enseigne ayant perdu son apostrophe, annonce désormais une ville de Bretagne. C’est dans les cuisines de ce restaurant que travaillait le père de Habib Hentati que j’avais croisé la veille. Cuisinier à l’ancienne, ce dernier faisait lui-même son marché et pouvait rien qu’en jaugeant le contenu des couffins, deviner si la journée serait fructueuse.

Avec son associé de la famille Fendri, le chef Hentati avait fait de l’Orient une table appréciée, aux spécialités très recherchées. Avec le Bagdad et le Malouf, l’Orient était le porte-drapeau de la cuisine tunisienne au centre-ville et si on y dégustait une excellente sole farcie, on y sacrifiait surtout à la salade de poulpe et l’agneau servi dans une gargoulette. Dans le temps, le célèbre Nanou était le voisin de l’Orient et servait ses plats tunisiens et son inimitable casse-croûte au thon juste à côté, drainant une clientèle inépuisable. Aujourd’hui, Nanou n’est plus là depuis longtemps et l’Orient se maintient vaille que vaille dans un Tunis en perte de repères gourmands.

Ces quelques pas matinaux dans une ville encore déserte ont convoqué le souvenir de plusieurs enseignes des rues que je viens de parcourir. Je préfère les noter pour mémoire, afin d’y revenir plus tard. À la rue des Tanneurs, les gâteaux secs de Victor ; rue d’Alger, le Chantilly tenu par la famille Grech ; rue Saint-Jean, le Bosphore qui est toujours ouvert ; le Hungaria et la brasserie Guillaume Tell qui ont disparu de la rue Ali Bach Hamba alors que le Carthage est toujours là ; l’Orient enfin qui a gardé de beaux restes après le départ des fondateurs.

Ce bref détour par les rues du quartier me mène jusqu’à l’avenue Bourguiba dont je regrette l’effritement de certaines façades Art Déco qui mériteraient un ravalement. Je m’assieds quelques instants sur les marches du théâtre, mon carnet numérique à la main. Je prends quelques notes pour comme qui dirait, alimenter la chronique et nourrir les pages de ce journal extime. La ville continue à s’éveiller : l’équipe du Théâtre municipal est déjà à pied d’œuvre, accrochant des affiches et nettoyant les abords de la Bonbonnière. Comme j’ai le temps et quelques dizaines de minutes à tuer, je file vers la porte de service de la rue de Grèce et me dirige vers le bureau du directeur du théâtre.

Abbés Libirsou est déjà arrivé. Il organise la journée de travail et la soirée de représentation. C’est toujours avec nostalgie que je viens dans ce bureau où flotte le souvenir de mes amis Mohsen Ben Abdallah et Youssef Slama. Je profite de mon passage pour faire quelques pas sur scène, devant la salle vide puis je déambule dans les couloirs, admire les portraits des gens de théâtre et la silhouette en Caligula d’Aly Ben Ayed. Je suis comme dans un cocon, la matrice de tant de souvenirs liés à ce théâtre centenaire.

Je me lance ensuite dans un tour de la ville pour glaner des émotions et des réminiscences et accessoirement récupérer un livre et un pantalon. Je profite de la matinée pour payer quelques factures et rendre visite à la rédaction de Tunis Hebdo. Je prends aussi quelques photos et, sans m’en rendre compte, me retrouve dans la médina.

J’arpente la rue Zarkoun, le souk Grana et arrive à la Hafsia. Je cherche à me procurer une veste et tombe sur une pépite de la marque Dockers qui ne me coûte qu’une poignée de dinars. Je reviens ensuite vers le souk du Cuivre puis la rue de la Kasbah et bifurque vers le Divan ottoman du seizième siècle. Je continue ma vadrouille impromptue qui n’est qu’une manière d’attendre en mouvement que mon pantalon soit reprisé. Je finis par aboutir à Bab Carthagène et me laisse aller jusqu’à mon point de départ. Je récupère livre et pantalon et poursuis mon chemin après ce long détour.

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Embouteillages: la Tunisie fait légèrement mieux que ses voisins

19. Oktober 2026 um 10:25

À Tunis, il ne suffit plus toujours d’éviter les heures de pointe pour échapper aux embouteillages. Entre les déplacements domicile-travail, les trajets scolaires et la concentration des activités dans certains quartiers, la circulation peut se transformer en épreuve de patience bien au-delà des créneaux traditionnellement chargés. Une impression largement partagée par les automobilistes, mais qui mérite encore d’être mesurée à l’échelle de la journée.

Le classement de mi-2026 de Numbeo donne un premier aperçu de la situation. La Tunisie y occupe la 51ᵉ place sur 89 pays, avec un indice de trafic de 128,24 et un temps de trajet estimé à 32,47 minutes. Ces données placent le pays loin des scores les plus élevés du classement, sans pour autant rendre compte des difficultés rencontrées à chaque carrefour ni des variations entre les villes.

À l’échelle africaine, la Tunisie se classe derrière le Nigeria, le Kenya, l’Égypte et l’Afrique du Sud, mais devant le Maroc. L’écart avec ce dernier reste toutefois limité : son indice atteint 129,23, contre 128,24 pour la Tunisie. Un classement comparatif, donc, plutôt qu’un diagnostic détaillé de la circulation dans les deux pays.

La congestion routière ne date pas d’hier. Une étude consacrée aux principaux axes du Grand Tunis, présentée lors d’un congrès scientifique en 2019, relevait déjà des ralentissements marqués entre 7 h et 9 h le matin, puis entre 17 h et 19 h. Elle mettait notamment en cause la concentration des horaires de travail et les déplacements simultanés entre domicile et lieu d’activité.

Depuis, la question de la mobilité urbaine reste entière. L’étalement des zones résidentielles, l’insuffisance de certaines dessertes collectives et la dégradation de la qualité du service compliquent les déplacements. Dans un article publié en avril 2025,  évoquait également les retards de projets, les contraintes de financement et la fragmentation de la gouvernance parmi les difficultés qui freinent le développement d’une mobilité plus durable.

La réponse ne peut donc pas se limiter à élargir les routes ou à multiplier les infrastructures. Elle passe aussi par une meilleure utilisation du réseau existant: réexaminer les plans de circulation, synchroniser les feux aux carrefours, réserver des voies aux bus sur les axes où cela est pertinent et faciliter les correspondances entre bus, métro et train. À plus long terme, des transports collectifs réguliers et fiables pourraient inciter davantage d’automobilistes à laisser leur voiture au garage.

Un projet de coopération lancé en octobre 2024 par l’Agence japonaise de coopération internationale (JICA) avec les autorités tunisiennes va dans cette direction. Il prévoit l’élaboration d’un plan directeur de mobilité urbaine pour le Grand Tunis, afin de définir des projets prioritaires et de réduire notamment les embouteillages et la pollution.

Ainsi, reste à savoir jusqu’où s’étend aujourd’hui la congestion au-delà des créneaux habituels. Pour le mesurer, il faudrait disposer de données récentes sur les temps de parcours, les axes les plus saturés et les variations du trafic entre le matin, la mi-journée et la soirée. Car si les automobilistes ont le sentiment que les heures de pointe débordent désormais sur une grande partie de la journée, seule une observation systématique permettrait d’en établir l’ampleur et d’orienter les solutions.

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