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Salon “ArtiCrea”: 85 MD à l’export, quels nouveaux marchés pour l’artisanat tunisien?

06. Oktober 2026 um 09:46

Poterie de Sejnane, céramique, bijoux, textile, cuir, bois ou encore cosmétiques. La diversité des produits exposés au salon professionnel des métiers d’art “ArtiCrea” rappelle la richesse des savoir-faire artisanaux tunisiens.

Cette 3e édition veut toutefois aller au-delà de la mise en valeur du patrimoine. Elle s’ouvre pour la première fois à des invités étrangers, avec la participation de représentants du Canada, de Malte et de la Suède, ainsi que d’acheteurs et de journalistes internationaux, selon les propos relayés par l’agence TAP. La poterie de Sejnane figure parmi les exemples cités par Leïla Msallati, directrice générale de l’Office national de l’artisanat tunisien (ONAT). De nouvelles créations ont été développées dans le cadre d’un programme de coopération de six mois. Une démarche qui permet de travailler sur de nouveaux produits tout en conservant le savoir-faire qui caractérise cette production artisanale. Cette ouverture trouve écho dans les résultats enregistrés à l’export. 

Leïla Msallati a indiqué que les exportations du secteur ont atteint environ 85 millions de dinars à fin août 2026, en hausse de 3 % par rapport à la même période de 2025. Elles représentent, selon elle, près de 2 % de la valeur totale des exportations tunisiennes. “Le marché américain reste la première destination des exportations tunisiennes de produits artisanaux”, déclare-t-elle. La participation, pour la première fois, de la Chambre de commerce tuniso-américaine à ArtiCrea reflète d’ailleurs l’intérêt porté à ce marché. Pour l’ONAT, la présence de professionnels étrangers doit notamment contribuer à multiplier les contacts commerciaux et à renforcer l’accès des artisans tunisiens aux marchés extérieurs. 

Notons que cette édition d’ArtiCrea a rassemblé 228 entreprises artisanales venues de différentes régions du pays. Selon les données communiquées par l’ONAT, 60% d’entre elles sont dirigées par des femmes et 40 % par des diplômés de l’enseignement supérieur.

Organisée par l’ONAT en partenariat avec la Fédération nationale de l’artisanat et la Société des foires internationales de Tunis, la manifestation réunit également plusieurs structures appelées à accompagner les artisans dans leur développement commercial. Le CEPEX, La Poste Tunisienne et l’Office national tunisien du tourisme participent ainsi à l’organisation de cette édition. Au total, 12 institutions publiques et privées contribuent, selon Leïla Msallati, au soutien du secteur de l’artisanat et à la promotion de ses exportations.

Valoriser l’artisanat passe aussi par sa médiatisation

Présent à l’ouverture du salon, le ministre du Tourisme et de l’Artisanat, Sofiane Tekaya, a échangé avec plusieurs artisans et chefs d’entreprises artisanales sur leurs préoccupations, notamment celles liées au développement de leurs activités, aux conditions de travail et à la commercialisation de leurs produits. D’ailleurs, plusieurs ateliers sont au menu. Ce mardi 6 octobre, le programme d’ArtiCrea prévoit notamment une session dédiée à “Raïdet Store”, la plateforme nationale destinée à la commercialisation des produits des femmes. L’atelier porte sur les possibilités offertes par la plateforme pour promouvoir les produits et élargir leurs débouchés. D’autres sessions aujourd’hui sont consacrées à l’exportation et aux opportunités d’accès aux marchés extérieurs.

Par ailleurs, le ministre a également salué le rôle de l’Agence Tunis Afrique Presse (TAP) comme partenaire médiatique du secteur du tourisme et de l’artisanat. Il a souligné les efforts de l’agence pour couvrir les principaux événements du secteur et contribuer à faire connaître les produits artisanaux tunisiens, leurs innovations ainsi que les initiatives portées par les artisans.

Cette visibilité concerne aussi les marchés extérieurs. En relayant les créations et les initiatives du secteur en Tunisie comme à l’étranger, la couverture médiatique participe, selon le ministre, à mieux faire connaître la richesse de l’artisanat tunisien.

ArtiCrea se poursuit jusqu’au 11 octobre, de 10h à 19h, au Palais des Expositions du Kram.

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Capacités productives: 99e mondiale, la Tunisie devance le Maroc et l’Algérie, mais…

05. Oktober 2026 um 14:15

La Tunisie fait partie des économies africaines qui disposent du socle productif le plus solide. Mais elle n’en tire pas encore tout le potentiel. C’est, en creux, ce que raconte le nouvel Indice des capacités productives (PCI) de la CNUCED. Avec un score de 47,2 sur 100 en 2024, la Tunisie se classe au 99e rang mondial parmi 195 économies. Un résultat qui la place devant une grande partie du continent, sans pour autant la rapprocher des économies les plus performantes à l’échelle mondiale.

Le PCI ne mesure pas uniquement ce qu’un pays produit aujourd’hui. Il cherche à regarder les capacités qui permettent de produire davantage demain. Capital humain, technologies, énergie, transports, institutions, secteur privé, capital naturel et changement structurel sont pris en compte dans l’indice. C’est justement cette lecture qui rend le cas tunisien intéressant. Le pays possède plusieurs atouts, mais ceux-ci ne progressent pas au même rythme.

Le premier contraste apparaît dans les technologies de l’information et de la communication. Avec un score de 58,7, les TIC constituent la dimension la mieux notée dans le profil tunisien. La Tunisie dispose donc d’une base numérique relativement favorable. Cela compte dans une économie où les services, l’industrie et même l’accès aux marchés extérieurs dépendent de plus en plus des infrastructures numériques.

Mais le numérique ne fait pas tout. Un bon niveau de capacité technologique ne se transforme pas automatiquement en gains de productivité. Pour que cet avantage pèse davantage sur l’économie, il doit se retrouver dans les entreprises, dans leurs procédés de production, dans leur capacité à innover et surtout dans les produits et services qu’elles arrivent à vendre à l’extérieur.

Le changement structurel obtient également un score supérieur à la moyenne tunisienne, à 55,4. C’est probablement l’un des éléments les plus intéressants du profil du pays. La Tunisie n’est pas une économie figée autour d’un seul secteur. Elle dispose d’une industrie exportatrice, d’un secteur des services développé et de plusieurs activités qui l’insèrent dans les chaînes de valeur internationales.

Le problème est plutôt celui de la profondeur de cette transformation. Changer de structure productive ne signifie pas nécessairement monter suffisamment en gamme. Une économie peut diversifier ses activités tout en restant concentrée sur des segments où la valeur ajoutée demeure limitée. Le véritable saut consiste à passer de la sous-traitance et de l’assemblage vers davantage de conception, de recherche, d’innovation et de production à forte valeur ajoutée.

Le capital humain, avec 50,6, se situe lui aussi au-dessus du score global. La Tunisie dispose depuis longtemps d’un avantage dans ce domaine. Mais ici encore, le chiffre doit être lu avec un peu de recul. Former des diplômés ne suffit pas. Encore faut-il que les entreprises puissent utiliser ces compétences, que les secteurs productifs évoluent suffisamment vite pour les absorber et que les profils qualifiés trouvent des perspectives dans l’économie nationale.

Le même raisonnement peut être appliqué à l’énergie, qui affiche un score de 51. Cette capacité devient pourtant de plus en plus stratégique pour l’industrie tunisienne. Le coût de l’énergie, la transition vers les renouvelables et les nouvelles exigences environnementales des marchés extérieurs vont progressivement peser sur les décisions d’investissement et sur la compétitivité des entreprises.

C’est dans les transports que le décalage devient le plus visible. La dimension obtient un score de 32,2, très inférieur au résultat global. Pour une économie ouverte comme celle de la Tunisie, ce n’est pas un détail.

La performance d’une entreprise exportatrice ne dépend pas uniquement de ce qu’elle sait produire. Elle dépend aussi de la facilité avec laquelle elle peut faire entrer ses matières premières, déplacer ses marchandises et les expédier vers ses clients. Chaque retard, chaque surcoût logistique ou chaque rupture dans la chaîne de transport réduit une partie de l’avantage que peuvent procurer les compétences ou la compétitivité industrielle.

C’est probablement l’un des points sur lesquels le PCI apporte une lecture utile du problème tunisien. Le pays dispose d’un tissu productif et d’un capital humain relativement solides, mais certaines infrastructures ne suivent pas au même rythme. Le risque est alors de disposer de capacités qui restent sous-utilisées.

Le secteur privé présente un autre résultat à surveiller, avec un score de 44,5. Là encore, le sujet dépasse la création d’entreprises. La question est celle de leur capacité à investir, à innover et surtout à changer d’échelle.

La Tunisie compte de nombreuses PME et un tissu entrepreneurial actif. Mais passer d’une petite entreprise à une entreprise capable d’investir lourdement, d’exporter sur plusieurs marchés ou de financer sa propre innovation reste difficile. L’accès au financement, la taille du marché intérieur et les contraintes administratives pèsent alors sur la trajectoire de croissance.

Le score de 47,3 obtenu dans la dimension institutionnelle se situe quasiment au niveau général du pays. Ce n’est pas le plus mauvais résultat du profil tunisien, mais ce n’est pas non plus un avantage marqué. Or, les institutions jouent un rôle transversal. Elles donnent aux entreprises le degré de visibilité nécessaire pour investir, recruter et développer des projets qui se construisent sur plusieurs années.

Le classement africain permet de remettre ces résultats en perspective. La Tunisie fait partie des économies les mieux positionnées du continent, aux côtés notamment de l’Afrique du Sud et du Maroc. Les économies insulaires de Maurice et des Seychelles figurent également parmi les meilleures performances africaines.

Mais cette position ne doit pas être interprétée comme une avance confortable. Elle signifie surtout que la Tunisie dispose d’une base productive plus diversifiée que beaucoup d’autres économies africaines. À l’échelle mondiale, l’écart reste important avec les économies développées.

C’est là que le PCI devient plus intéressant qu’un simple classement. Il permet de voir où se situe la Tunisie, mais surtout pourquoi elle n’est pas plus haut.

Le pays possède les compétences. Il possède une base industrielle. Il dispose d’un niveau numérique appréciable et d’une économie relativement diversifiée. Mais les maillons ne sont pas toujours suffisamment connectés. La recherche ne se transforme pas assez rapidement en produits. Les compétences ne trouvent pas toujours leur place dans les secteurs les plus dynamiques. Les entreprises capables d’exporter restent confrontées à des contraintes de financement et de logistique.

Le sujet n’est donc plus vraiment de construire une capacité productive à partir de rien. Il est de faire fonctionner ensemble celles qui existent déjà.

Cette question devient d’autant plus importante que la compétition internationale évolue. Les entreprises cherchent désormais des territoires capables de proposer non seulement une main-d’œuvre compétitive, mais aussi des infrastructures fiables, des compétences techniques, de l’énergie, des services numériques et un environnement permettant d’investir sur le long terme.

Sur ce terrain, la Tunisie possède plusieurs cartes. Mais le PCI montre aussi que certaines d’entre elles sont encore mal jouées.

Le score global de 47,2 ne raconte donc ni une réussite éclatante ni un décrochage. Il décrit plutôt une économie qui dispose d’un potentiel productif réel, mais dont les performances restent limitées par quelques maillons faibles. Le transport en est le cas le plus visible. Le financement et la capacité de passage à l’échelle des entreprises constituent d’autres points de vigilance.

Pour la Tunisie, l’enjeu des prochaines années sera moins de multiplier les atouts que de mieux les relier. Une meilleure articulation entre formation et industrie, numérique et productivité, investissement et innovation, production et logistique pourrait faire davantage pour la montée en gamme que l’accumulation de nouveaux dispositifs pris séparément.

Le PCI place ainsi la Tunisie dans une position plutôt confortable à l’échelle africaine, mais suffisamment loin des meilleurs scores mondiaux pour rappeler une réalité simple: avoir les capacités ne suffit pas. Encore faut-il réussir à les transformer en production, en innovation et en valeur ajoutée.

 

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